UNSpecial N° 622 — Octobre – October 2003
 

Les pyroconcerts de Talloires

Emmanuelle Gantet, ONU

La baie de Talloires, perle du lac d’Annecy, est une anse d’eau pure, adossée à la forêt du Roc de Cher, face à la chaîne étirée du Semnoz, et au pied de la plus haute montagne des bords du lac, la Tournette. Le lieu fut peint par Paul Cézanne et visité par maintes célébrités, l’impératrice Eugénie, La Reine Mère d’Angleterre et l’Aga Khan, Winston Churchill et Richard Nixon, Jean-Michel Jarre et Johnny Halliday…

En 1996, pour le centenaire de Paul Cézanne, furent créés fin août « Les chants de la Nuit » associant à la magie des lieux, l’émotion de spectacles musicaux mis en scène sur un radeau. Depuis deux ans, sous la direction artistique de Jean-Eric Ougier, créateur notamment des Eaux Musicales Nocturnes de Versailles ou des Fêtes de Genève, ces spectacles nocturnes, rebaptisés « Fêtes et feux », associent des chorégraphies pyrotechniques illuminant la beauté de la baie. Des artistes tels que le pianiste Jean-François René Duchable, le violoniste jazz Didier Lockwood, Claude Bolling et son Big Band, ou encore l’Orchestre des Pays de Savoie sous la direction de Marc Foster, la chanteuse Liz Mac Comb et les voix d’artistes tels que Jean-Claude Brialy ou Macha Méril ont participé à la renommée de ce rendez-vous musical de fin d’été.

La baie est comblée et comble. Les clients des hôtels Le Cottage ou du plus prestigieux Hôtel Le Père Bise peuvent savourer ces spectacles magiques aux premières loges, certains réservant même leur table d’une année sur l’autre. Les places proposées dans l’anse du port, assises ou non, donnent la liberté aux spectateurs de s’allonger sur l’herbe ou les pontons.

Les spectacles se sont enrichis cette année, avec plaisir et simplicité, d’un concert de chanteurs a capella ouvert à tous, au soleil rasant de fin de journée, et d’une séance de cinéma en plein air sur écran géant.

Ces partitions, très bien orchestrées depuis maintenant sept ans doivent cependant se plier aux forces de la nature. Ainsi d’une harmonie du ciel avec les arts, ces moments peu- vent devenir une fuite éperdue vers des abris. Cette année, pour la première fois, un concert a dû être annulé à cause de la pluie. Il était intitulé «Le concert est mort, vive la musique». Entouré d’André Dussolier, du trompettiste Jean-François Raymond et de quarante instruments à vents et percussion, le pianiste Jean-François René Duchable devait, à la fin de son spectacle, voir son piano, fidèle partenaire, s’envoler mystérieusement vers d’autres destinées.

Nous comptons sur Zeus pour être plus clément l’été prochain, et nous laisser à nouveau vivre ces moments privilégiés.