Le Palais des Nations, un lieu sécurisé?
Interview avec Roland De
Stickere, Chef de la Section
de la sécurité et de la sûreté
de l’ONU à Genève.
Ne pensez-vous pas que les événements
internationaux remettent en question la notion de lieu sécurisé?
A lexpression «lieu sécurisé» est
associée lidée de «protégé contre».
Cela signifie dans un premier temps dissuader toute attaque, dun
individu ou dun groupe, en créant des obstacles. Si les
obstacles ne suffisent pas, il faut alors avoir les moyens de résister,
voire daffronter et si nécessaire, organiser lintervention
de services de secours, lévacuation des lieux. Il est certain
que lONU comme «lieu à lécart de toute
menace» est une fiction qui a beaucoup souffert. Et qui saffaiblit
encore face aux menaces modernes.
Le Palais des Nations répond-il alors
à un lieu sécurisé?
Oui, en partie. Le Palais des Nations et son parc, dun lieu ouvert
à tous dans les années 50 fut ensuite protégé
par des clôtures denceinte et des entrées contrôlées.
Mais en 1999, le bâtiment des grandes salles de conférence,
investi par seulement une trentaine de manifestants potentiellement
dangereux dû être entièrement évacué
et isolé. En raison de menaces très concrètes envers
lONU et certaines missions, le Palais a ensuite vécu sous
un régime de haute protection par des forces armées suisses.
Ce dispositif lourd fut indispensable compte tenu de linsuffisante
sécurité principalement des clôtures et portails.
De nouvelles mesures de sécurité
ont donc dû être prises?
A lissue de cette époque troublée, lOffice
a participé, avec la Mission suisse et les autorités fédérales,
à lélaboration dun concept de sécurité
global qui couvrait autant la protection de lenceinte du Palais
que le bâtiment en lui-même, qui se devait dêtre
adapté aux nouvelles normes de sécurité. Lattentat
du 11 septembre 2001 fut un accélérateur du processus.
Les orientations choisies ont alors été renforcées,
dans le temps et dans leur réalisation.
Quest ce que cela signifie aujourdhui?
La refonte des entrées Chemin de fer et Pregny avec un sas
de contrôle renforcé, des circulations routières
plus fluides, un nouveau centre de contrôle avec un système
modernisé de surveillance par caméras, des clôtures
plus solides mais qui sintègrent tout de même au
domaine public
Le premier chantier a commencé ce mois de
septembre à lentrée Chemin de fer.
Et concernant lentrée des Nations?
Cette entrée, étroitement liée à laménagement
de la Place des Nations et au nouveau plan directeur de la Ville, nest
plus une priorité, surtout quelle avait déjà
été renforcée il y a quelques années. Il
est nécessaire pour nous de nous concentrer sur des chantiers
quil nous est possible de réaliser avec les fonds actuellement
disponibles.
Et que deviennent Les Feuillantines?
Toute laccréditation, courte et longue durée,
sera centralisée dans un nouveau bâtiment de contrôle
à lentrée Pregny. Là, des espaces visiteurs
et vente seront également prévus.
La sécurisation de lintérieur
du Palais est donc planifiée plus tard?
Les activités du courrier et de la valise diplomatique, situées
respectivement dans le bâtiment du Secrétariat et le nouveau
bâtiment, génèrent des flux dobjets dits à
risque rappelons-nous la menace de lanthrax en 2001. Elles
seront déplacées courant 2004 dans un bâtiment dans
le prolongement du magasin porte 30. Dans limmédiat seront
donc sécurisés la Cour du Secrétariat et le bâtiment
des grandes salles de conférences.
Comment vos équipes sadaptentelles?
Plus dhommes et plus de professionnalisme. Nous sommes maintenant
124 y compris leffectif des bâtiments annexes. En pratique,
nous fonctionnons plutôt à 150, compte tenu des renforts
dont on a presque en permanence besoin pour faire face aux événements
particuliers et aux remplacements du personnel en mission. En moyenne,
tout agent a une semaine de formation par an de remise à niveau
(tir,feu, etc.). Mais ils peuvent également suivre des formations
plus longues et plus spécialisées (colis piégé,
anthrax, explosif, etc.). Lobjectif est dêtre prêt
pour des opérations de courte durée, le temps nécessaire
aux services de secours du pays hôte dintervenir.
Vos hommes travaillent-ils conjointement
avec leurs homologues de la Ville?
Dans les domaines les plus importants tels que premiers secours jai
de solides équipes très compétentes mais, face
à une menace, sans la Police et les autres services spécialisés
du pays hôte, nous sommes peu!
Vous êtes attaché à
la défense du Palais depuis combien de temps?
Douze ans.
Nêtes vous pas trop angoissé
par vos responsabilités?
Non! La sécurité est une question dorganisation
et danticipation. Ainsi toute manouvre (accueil, cortège,
protection, etc.) a une procédure, qui se répète
autant de fois que nécessaire. Stressé oui. Angoissé,
peu. Une bonne planification rassure et puis, jai dexcellents
collaborateurs et collaboratrices.
Votre souhait pour une meilleure efficacité?
Plus deffectifs pour rendre un meilleur service.
Interview par Emmanuelle Gantet.