UNSpecial N° 622 — Octobre – October 2003
 

Le Palais des Nations, un lieu sécurisé?

Interview avec Roland De
Stickere, Chef de la Section
de la sécurité et de la sûreté
de l’ONU à Genève.

Ne pensez-vous pas que les événements internationaux remettent en question la notion de lieu sécurisé?
A l’expression «lieu sécurisé» est associée l’idée de «protégé contre». Cela signifie dans un premier temps dissuader toute attaque, d’un individu ou d’un groupe, en créant des obstacles. Si les obstacles ne suffisent pas, il faut alors avoir les moyens de résister, voire d’affronter et si nécessaire, organiser l’intervention de services de secours, l’évacuation des lieux. Il est certain que l’ONU comme «lieu à l’écart de toute menace» est une fiction qui a beaucoup souffert. Et qui s’affaiblit encore face aux menaces modernes.

Le Palais des Nations répond-il alors à un lieu sécurisé?
Oui, en partie. Le Palais des Nations et son parc, d’un lieu ouvert à tous dans les années 50 fut ensuite protégé par des clôtures d’enceinte et des entrées contrôlées. Mais en 1999, le bâtiment des grandes salles de conférence, investi par seulement une trentaine de manifestants potentiellement dangereux dû être entièrement évacué et isolé. En raison de menaces très concrètes envers l’ONU et certaines missions, le Palais a ensuite vécu sous un régime de haute protection par des forces armées suisses. Ce dispositif lourd fut indispensable compte tenu de l’insuffisante sécurité principalement des clôtures et portails.

De nouvelles mesures de sécurité ont donc dû être prises?
A l’issue de cette époque troublée, l’Office a participé, avec la Mission suisse et les autorités fédérales, à l’élaboration d’un concept de sécurité global qui couvrait autant la protection de l’enceinte du Palais que le bâtiment en lui-même, qui se devait d’être adapté aux nouvelles normes de sécurité. L’attentat du 11 septembre 2001 fut un accélérateur du processus. Les orientations choisies ont alors été renforcées, dans le temps et dans leur réalisation.

Qu’est ce que cela signifie aujourd’hui?
La refonte des entrées Chemin de fer et Pregny avec un sas de contrôle renforcé, des circulations routières plus fluides, un nouveau centre de contrôle avec un système modernisé de surveillance par caméras, des clôtures plus solides mais qui s’intègrent tout de même au domaine public… Le premier chantier a commencé ce mois de septembre à l’entrée Chemin de fer.

Et concernant l’entrée des Nations?
Cette entrée, étroitement liée à l’aménagement de la Place des Nations et au nouveau plan directeur de la Ville, n’est plus une priorité, surtout qu’elle avait déjà été renforcée il y a quelques années. Il est nécessaire pour nous de nous concentrer sur des chantiers qu’il nous est possible de réaliser avec les fonds actuellement disponibles.

Et que deviennent Les Feuillantines?
Toute l’accréditation, courte et longue durée, sera centralisée dans un nouveau bâtiment de contrôle à l’entrée Pregny. Là, des espaces visiteurs et vente seront également prévus.

La sécurisation de l’intérieur du Palais est donc planifiée plus tard?
Les activités du courrier et de la valise diplomatique, situées respectivement dans le bâtiment du Secrétariat et le nouveau bâtiment, génèrent des flux d’objets dits à risque – rappelons-nous la menace de l’anthrax en 2001. Elles seront déplacées courant 2004 dans un bâtiment dans le prolongement du magasin porte 30. Dans l’immédiat seront donc sécurisés la Cour du Secrétariat et le bâtiment des grandes salles de conférences.

Comment vos équipes s’adaptentelles?
Plus d’hommes et plus de professionnalisme. Nous sommes maintenant 124 y compris l’effectif des bâtiments annexes. En pratique, nous fonctionnons plutôt à 150, compte tenu des renforts dont on a presque en permanence besoin pour faire face aux événements particuliers et aux remplacements du personnel en mission. En moyenne, tout agent a une semaine de formation par an de remise à niveau (tir,feu, etc.). Mais ils peuvent également suivre des formations plus longues et plus spécialisées (colis piégé, anthrax, explosif, etc.). L’objectif est d’être prêt pour des opérations de courte durée, le temps nécessaire aux services de secours du pays hôte d’intervenir.

Vos hommes travaillent-ils conjointement avec leurs homologues de la Ville?
Dans les domaines les plus importants tels que premiers secours j’ai de solides équipes très compétentes mais, face à une menace, sans la Police et les autres services spécialisés du pays hôte, nous sommes peu!

Vous êtes attaché à la défense du Palais depuis combien de temps?
Douze ans.

N’êtes vous pas trop angoissé par vos responsabilités?
Non! La sécurité est une question d’organisation et d’anticipation. Ainsi toute manouvre (accueil, cortège, protection, etc.) a une procédure, qui se répète autant de fois que nécessaire. Stressé oui. Angoissé, peu. Une bonne planification rassure et puis, j’ai d’excellents collaborateurs et collaboratrices.

Votre souhait pour une meilleure efficacité?
Plus d’effectifs pour rendre un meilleur service.

Interview par Emmanuelle Gantet.