Le petit Village Aigues-Vertes doit
Se faire une beauté et grandir
Créé en 1961 par un groupe de parents, le village Aigues-Vertes
fut la première institution genevoise à venir en aide
aux personnes handicapées mentales adultes. Lové dans
un méandre du Rhône sur le territoire de la commune de
Bernex, il comprend vingt-trois maisons dont onze sont réservées
aux habitations. Les autres abritent les ateliers, soit : lépicerie,
la boulangerie, la poterie, le tea-room, le tissage, et la ferme qui
compte trente têtes de bétail. Il y a même une église
multiconfessionnelle et un petit cimetière. Le site a une superficie
de vingt-cinq hectares dont quatre sont consacrés aux maraîchers.
Toute la production de la ferme et du jardin est cent pour cent biodynamique.
Le village accueille actuellement septante sept personnes handicapées mentales qui y vivent à demeure, et neuf autres en externat, certains, depuis 1961 ! Cent-trente-cinq collaborateurs pluridisciplinaires les accompagnent au quotidien dans une optique de responsabilisation, cest-à-dire quils ont pour mission de les aider à apprendre le geste pour devenir chaque jour un peu plus autonomes. Cest une affaire de longue haleine comme on peut sen douter, mais les résultats ne tardent généralement pas à venir si lon se donne vraiment la peine. Tout le monde travaille selon son rythme et ses possibilités, mais lhoraire de trente heures hebdomadaires est le même pour tout le monde jusquà lâge de la retraite. Et quand la journée de travail est terminée, durant le week-end ou pendant les vacances, les personnes handicapées mentales peuvent participer à des activités culturelles ou sportives, à lintérieur du village ou ailleurs. Ainsi, le chant, la musique, la natation, le foot, le ski, la peinture, par exemple, sont-ils très présents au village dont la marraine nest autre que Cecilia Bartoli. Ce nest pas un hasard!
Le concept du village peut surprendre à plus dun titre, car il va à lencontre des idées reçues et de la surprotection naturelle que le handicap mental inspire généralement, lexemple le plus flagrant étant son ouverture. Les personnes handicapées mentales peuvent en effet aller et venir librement, prendre le bus TPG qui traverse le village Aigues-Vertes où nimporte qui peut aller comme on va dans un village plus «conventionnel ». On est donc très loin de la pratique qui prévalait jusquau début des années soixante quand la majorité des personnes handicapées mentales adultes vivaient recluses dans les asiles psychiatriques dont louverture na pas été sans poser de questions, quelque fois inattendues et à retardement comme celle que lon découvre de nos jours : le vieillissement de la population handicapée mentale. Quon en juge ! Du fait de la liberté dont elles jouissent maintenant, des progrès de la médecine, de lhygiène, mais aussi de leur possibilité de travailler, donc dapprendre, les personnes handicapées mentales ont vu leur espérance de vie augmenter de plus de trente ans en quarante ans ! Ainsi, au village Aigues-Vertes, la plus ancienne frise les quatre-vingt ans et elle est en parfaite santé ! Quant à la moyenne dâge, elle dépasse allègrement les quarante-cinq ans ! Naturellement, le constat ne vaut pas que pour la Fondation Aigues-Vertes.
La Fondation doit donc revoir son concept daccueil, car avec
lâge apparaissent ce que lon appelle des handicaps
associés, tels limpotence, la diminution de la vue, de
louie et la maladie. Elle doit notamment repenser larchitecture
de ses locaux pour permettre aux habitants du village de vieillir dans
leur maison, et elle en profitera pour les refaire tous, car les normes
daccueil en matière de personnes handicapées ont
largement changé en quarante ans, et parce que, eux aussi, ont
vieilli.
La Fondation Aigues-Vertes sest donc lancée dans un vaste programme architectural qui porte jusquen 2010 et au terme duquel tous les bâtiments auront été refaits. Dautres auront été en outre construits pour porter la capacité daccueil du site à cent-vingt places, car il en manque toujours plusieurs dizaines à Genève qui ne compte pas moins de huit cents personnes handicapées mentales. Louverture du chantier est prévue le 28 octobre prochain en présence du Président de la Confédération qui posera la première pierre de la nouvelle ferme.
Le budget des travaux est de lordre de cinquante millions dont un tiers à la charge de la Fondation Aigues-Vertes, soit un peu moins de dix-sept millions. Cest une somme considérable et cest pourquoi, le Conseil de Fondation a décidé dexplorer plusieurs pistes en direction de la population, persuadé que la générosité légendaire de Genève a su résister à la crise. La première piste fut le récital de Cecilia Bartoli en décembre dernier qui a permis de réunir plus de deux millions. Il entreprendra prochainement une campagne daffiches sur les bus des TPG avant dadresser un appel de dons à tous les résidents genevois.
Aujourdhui, cest la Genève internationale que la Fondation Aigues-Vertes interpelle. Elle souhaite que les fonctionnaires internationaux expriment leur solidarité envers des hommes et des femmes que le hasard de la vie a placés sous notre responsabilité, bien au-delà des nationalités et des religions. Elle leur demande de laider à mener à bien son projet de reconstruction, non sans préciser quil permettra à cent-vingt personnes de vivre dignement pendant cinquante ans. Les chiffres peuvent décourager; sachez que toute aide est la bienvenue, car selon le vieil adage, les petits ruisseaux font les grandes rivières.
Et pour celles et ceux qui veulent en savoir plus, par exemple sur les comptes de la Fondation Aigues-Vertres, il leur suffit de surfer sur son site Internet quils trouveront à la page www.aigues-vertes.ch ou mieux, de se rendre sur place. A noter quun petit marché se tient tous les vendredis matins où ils pourront acheter de magnifiques légumes, du pain et des oufs, mais surtout où ils pourront rencontrer des amoureux de la vie convaincus que la chance peut sourire à tout le monde, même si quelque fois, elle se présente sous des aspects surprenants.
Pour tout renseignement, vous pouvez contacter le Président de la Fondation, M. Serge Bednarczyk, au (0041) 079 202 74 74.
Fondation
Aigues-Vertes
29, route de Chèvres 1233
Bernex CCP 12-597-8.