UNSpecial N° 621 — August/September – Août/Septembre 2003
 

Le petit Village Aigues-Vertes doit

Se faire une beauté et grandir

Créé en 1961 par un groupe de parents, le village Aigues-Vertes fut la première institution genevoise à venir en aide aux personnes handicapées mentales adultes. Lové dans un méandre du Rhône sur le territoire de la commune de Bernex, il comprend vingt-trois maisons dont onze sont réservées aux habitations. Les autres abritent les ateliers, soit : l’épicerie, la boulangerie, la poterie, le tea-room, le tissage, et la ferme qui compte trente têtes de bétail. Il y a même une église multiconfessionnelle et un petit cimetière. Le site a une superficie de vingt-cinq hectares dont quatre sont consacrés aux maraîchers. Toute la production de la ferme et du jardin est cent pour cent biodynamique.

Le village accueille actuellement septante sept personnes handicapées mentales qui y vivent à demeure, et neuf autres en externat, certains, depuis 1961 ! Cent-trente-cinq collaborateurs pluridisciplinaires les accompagnent au quotidien dans une optique de responsabilisation, c’est-à-dire qu’ils ont pour mission de les aider à apprendre le geste pour devenir chaque jour un peu plus autonomes. C’est une affaire de longue haleine comme on peut s’en douter, mais les résultats ne tardent généralement pas à venir si l’on se donne vraiment la peine. Tout le monde travaille selon son rythme et ses possibilités, mais l’horaire de trente heures hebdomadaires est le même pour tout le monde jusqu’à l’âge de la retraite. Et quand la journée de travail est terminée, durant le week-end ou pendant les vacances, les personnes handicapées mentales peuvent participer à des activités culturelles ou sportives, à l’intérieur du village ou ailleurs. Ainsi, le chant, la musique, la natation, le foot, le ski, la peinture, par exemple, sont-ils très présents au village dont la marraine n’est autre que Cecilia Bartoli. Ce n’est pas un hasard!

Le concept du village peut surprendre à plus d’un titre, car il va à l’encontre des idées reçues et de la surprotection naturelle que le handicap mental inspire généralement, l’exemple le plus flagrant étant son ouverture. Les personnes handicapées mentales peuvent en effet aller et venir librement, prendre le bus TPG qui traverse le village Aigues-Vertes où n’importe qui peut aller comme on va dans un village plus «conventionnel ». On est donc très loin de la pratique qui prévalait jusqu’au début des années soixante quand la majorité des personnes handicapées mentales adultes vivaient recluses dans les asiles psychiatriques dont l’ouverture n’a pas été sans poser de questions, quelque fois inattendues et à retardement comme celle que l’on découvre de nos jours : le vieillissement de la population handicapée mentale. Qu’on en juge ! Du fait de la liberté dont elles jouissent maintenant, des progrès de la médecine, de l’hygiène, mais aussi de leur possibilité de travailler, donc d’apprendre, les personnes handicapées mentales ont vu leur espérance de vie augmenter de plus de trente ans en quarante ans ! Ainsi, au village Aigues-Vertes, la plus ancienne frise les quatre-vingt ans et elle est en parfaite santé ! Quant à la moyenne d’âge, elle dépasse allègrement les quarante-cinq ans ! Naturellement, le constat ne vaut pas que pour la Fondation Aigues-Vertes.

La Fondation doit donc revoir son concept d’accueil, car avec l’âge apparaissent ce que l’on appelle des handicaps associés, tels l’impotence, la diminution de la vue, de l’ouie et la maladie. Elle doit notamment repenser l’architecture de ses locaux pour permettre aux habitants du village de vieillir dans leur maison, et elle en profitera pour les refaire tous, car les normes d’accueil en matière de personnes handicapées ont largement changé en quarante ans, et parce que, eux aussi, ont vieilli.

La Fondation Aigues-Vertes s’est donc lancée dans un vaste programme architectural qui porte jusqu’en 2010 et au terme duquel tous les bâtiments auront été refaits. D’autres auront été en outre construits pour porter la capacité d’accueil du site à cent-vingt places, car il en manque toujours plusieurs dizaines à Genève qui ne compte pas moins de huit cents personnes handicapées mentales. L’ouverture du chantier est prévue le 28 octobre prochain en présence du Président de la Confédération qui posera la première pierre de la nouvelle ferme.

Le budget des travaux est de l’ordre de cinquante millions dont un tiers à la charge de la Fondation Aigues-Vertes, soit un peu moins de dix-sept millions. C’est une somme considérable et c’est pourquoi, le Conseil de Fondation a décidé d’explorer plusieurs pistes en direction de la population, persuadé que la générosité légendaire de Genève a su résister à la crise. La première piste fut le récital de Cecilia Bartoli en décembre dernier qui a permis de réunir plus de deux millions. Il entreprendra prochainement une campagne d’affiches sur les bus des TPG avant d’adresser un appel de dons à tous les résidents genevois.

Aujourd’hui, c’est la Genève internationale que la Fondation Aigues-Vertes interpelle. Elle souhaite que les fonctionnaires internationaux expriment leur solidarité envers des hommes et des femmes que le hasard de la vie a placés sous notre responsabilité, bien au-delà des nationalités et des religions. Elle leur demande de l’aider à mener à bien son projet de reconstruction, non sans préciser qu’il permettra à cent-vingt personnes de vivre dignement pendant cinquante ans. Les chiffres peuvent décourager; sachez que toute aide est la bienvenue, car selon le vieil adage, les petits ruisseaux font les grandes rivières.

Et pour celles et ceux qui veulent en savoir plus, par exemple sur les comptes de la Fondation Aigues-Vertres, il leur suffit de surfer sur son site Internet qu’ils trouveront à la page www.aigues-vertes.ch ou mieux, de se rendre sur place. A noter qu’un petit marché se tient tous les vendredis matins où ils pourront acheter de magnifiques légumes, du pain et des oufs, mais surtout où ils pourront rencontrer des amoureux de la vie convaincus que la chance peut sourire à tout le monde, même si quelque fois, elle se présente sous des aspects surprenants.

Pour tout renseignement, vous pouvez contacter le Président de la Fondation, M. Serge Bednarczyk, au (0041) 079 202 74 74.

Fondation Aigues-Vertes
29, route de Chèvres 1233
Bernex CCP 12-597-8.