Mélanie Mercier née Markowitz (6)
Le meurtre
Jean Michel Jakobowicz, ONU
Mélanie Mercier née Markowitz, chef
économiste adjoint dans le Département
des projections de l’Organisation
est la cible
d’étranges messages qui
menacent ses enfants
Isabelle 8 ans et
Benjamin 10 ans au point
qu’elle décide
de les mettre à l’abri chez ses
parents à
Paris. Entre temps, son collègue David
Garrido, qui essaie de l’aider à démêler
les fils de
son histoire, a disparu. (Vous
pouvez retrouver
les cinq premiers épisodes
de Mélanie sur le site
Internet de
UN Special):
http://www.unspecial.org
Après le départ des enfants les événements se sont précipités. Tout dabord, en arrivant le lendemain au bureau, une note de service mattendait. Une formule laconique écrite par mon chef direct, Hubert de la Seine, annonçait que pour des raisons de surcharge de travail et par « équité », jétais déchargée de lEtude économique de lorganisation et que Alexander Radronovi la terminerait à ma place.
Mon sang ne fit quun tour. Je décrochai le téléphone et appelai Hubert de la Seine pour lui dire ce que je pensais de son mémo. Il était parti, soi-disant en mission pour les huit prochains jours. Quand jessayai de joindre Wilfred Heman, le directeur de la Division, il était «en conférence et devait malheureusement lui aussi sabsenter, juste après ladite réunion. » Je reconnaissais bien là le « courage » de ces messieurs. Prendre une décision daccord mais lassumer jamais.
Je sortis dans le couloir pour aller voir un de mes chefs de section. En passant devant la salle de conférence de la Division dont la porte était ouverte, jentre aperçu Alexander Radronovi qui trônait en bout de table et mes autres collègues. Ils firent semblant de ne pas me voir. Même ma secrétaire baissa les yeux en me voyant rentrer. Je fermai brutalement la porte de mon bureau. Jétais au bord des larmes.
Quelle bande de lâche et de s. . Et en plus je ne savais même pas à qui confier ma rage. David navait toujours pas réapparu. Je décidais donc de téléphoner à mon amie Julia Thornbird, à qui jexpliquai tout ce qui venait de marriver.
Jarrive, me dit-elle, à peine avais-je fini mon
histoire. Cela me réconforta, au moins mes amies, mes vraies
amies ne me quittaient pas. Tu te rends compte, ils étaient
tous là à boire les paroles de cet imbécile dAlexander,
alors quhier encore ils ne ménageaient pas leurs critiques.
Aujourdhui, parce que cest lui qui dirige le projet, ils
rampent. Tous des lâches.
Mais pourquoi tout ça ? Pour quelques points de croissance
de plus ou de moins ? Quest-ce que ça peut faire ? me demanda
Julia. Ça fait
je nen sais plus rien. Mais
visiblement mes chefs trouvent que ça fait une différence.
Tout ce que je sais cest que jen ai ras le bol. Tu
devrais au contraire être contente, tu vas pouvoir aborder les
prochaines semaines sans stress, me dit Julia en essayant de se faire
convaincante. Parce que tu crois que je vais me laisser faire
par cette bande de machos ? Il faut que je prépare mon plan de
contre-attaque et pour ça, jai besoin de toi. A
vos ordres mon général, me répondit ma copine en
riant. Son rire était si communicatif que je ne pus mempêcher
de rire à mon tour. Dommage que David ne soit pas là,
il aurait sûrement pu nous aider. Toujours pas de nouvelles,
me demanda Julia ? Non, rien, mon père me dit que je devrais
moccuper de lui en priorité. Attends, je ne comprends
pas.
Soudain je me souvins que je navais pas parlé de mes histoires de messages anonymes à ma meilleure amie. Je mempressai de le faire.
Merci, pour la confiance, me dit-elle. Tu aurais pu men parler avant. Comme je tardais à répondre elle poursuivit. Ton père a raison il faut à tout prix retrouver David.
A peine avait-elle dit ces mots que mon téléphone sonna. La voix de ma secrétaire semblait pleine de respect ce qui tranchait avec son attitude lorsque jétais entrée dans le bureau.
Monsieur le Secrétaire général aimerait vous parler au plus vite, me dit-elle. Tu as entendu ? Demandais-je à Julia après avoir raccroché, le SG veut me parler. Et bien ma chère, dit-elle en riant. On peut dire que les nouvelles voyagent vite et que madame à des relations dans les hautes sphères. Quest-ce que tu vas lui dire ? Et bien je vais lui dire la vérité. Que les chiffres avancés par de la Seine et sa bande ne sont que des affirmations politiques sans fondements et que lon va droit dans le mur.
Le bureau du SG se trouvait au cinquième étage de limmeuble. Un long couloir kafkaïen y menait. Ce nétait pas la première fois que jallais lui rendre visite, mais jétais toujours aussi impressionnée, même si je lavais connu voilà bien des années alors quil nétait que directeur dune division et moi toute nouvelle arrivante. Nous avions sympathisé à lépoque et non rien, en plus jétais mariée.
Le bureau du Secrétaire général est très grand et un peu vieillot, avec des meubles assez disparates parce quofferts par différents Etats Membres de lOrganisation. On dirait un peu une brocante de luxe. Cette pensée me fit sourire. Pourtant lorsque je vis le visage du SG, mon sourire sévanouit immédiatement. Il avait lair particulièrement sombre.
Jallais me lancer dans des explications laborieuses, lorsque je maperçus quil nétait pas seul dans le bureau. Il y avait là le chef de la sécurité et le conseiller juridique ainsi quun homme que je ne connaissais pas.
Vous connaissez, tout le monde sauf peut- être Monsieur Savoy de la Police genevoise, dit le SG en sadressant à moi. Ces messieurs ont quelques questions a vous poser. Un frisson me glaça le dos. De quoi pouvait-il bien sagir ? Comme vous êtes couverte par limmunité diplomatique, me dit le policier, vous nêtes en aucun cas obligée de répondre à mes questions. Puis sans attendre il ajouta : Connaissez-vous un certain David Garrido ? une nouvelle décharge dadrénaline me traversa le corps. Je parvins tout de même à hocher la tête. Quand lavez-vous vu pour la dernière fois ? Il y a trois jours, javais des ennuis et il ma téléphoné en pleine nuit. Quels genres dennuis, me demanda le policier genevois ? Je me tournais vers le Secrétaire général et linterrogeai du regard. Le policier remarqua mon geste. Il ajouta dune voix faussement désinvolte. Vous avez la possibilité dinterrompre cet entretient à tout moment pour en discuter avec vos supérieurs. Le SG fit un signe de la tête qui ressemblait à un encouragement.
Mon récit commença tout doucement, comme si chaque mot me coûtait un effort surhumain. Puis le flot se déclencha et je racontais tout ce qui venait de marriver sans même reprendre mon souffle. La honte de parler de mes affaires devant ces quatre personnes avait laissé la place à une envie de me soulager dun secret trop lourd pour moi. Quand jen eus terminé, le silence régnait dans le grand bureau. Puis vint la question fatidique :
Et pourquoi navez vous pas prévenu la police, me demanda le policier ? Parce que vous mauriez rit au nez : il ny avait rien de répréhensible dans ce qui sest passé : un coup de fil anonyme, un SMS anonyme lui aussi. Rien dautre. Et que pensez-vous que M. Garrido ait fait après vous avoir téléphoné ? Je nen sais rien. Je nosais poser la question fatidique. Je me tournais désespérée vers le SG, qui dut lire ma question sur mon visage, car il dit : Le corps de David Garrido a été retrouvé dans les sous-sols de la gare de Lyon à Paris. Mon cour sarrêta de battre. Les murs se mirent à tourner. Je dus mévanouir car, linstant daprès le SG était penché sur moi et me tendait un verre deau. Comment vous sentez-vous, me demanda-t- il dune voix très douce? Je que lui est-il arrivé, demandai-je dune voix que je ne reconnus pas. On ne sait pas encore exactement, répondit le policier. Tout ce que lon sait cest quil a été tué par balle avant dêtre décapité. Quelle horreur ! Qui a pu faire une chose aussi horrible ? Des larmes me montèrent aux yeux et se mirent à couler sans que je puisse les retenir. Nous nen savons rien pour le moment, répondit le policier. Mais il est possible que ce meurtre ait un lien avec votre histoire. Cest pourquoi jaimerais que nous reprenions pas à pas tout ce qui vous est arrivé. Tout dabord quels étaient vos liens exacts avec M. Garrido ? La question me surprit. Certes je savais que les rumeurs allaient bon train dans lOrganisation mais de là à
Amicales, nous mangions souvent ensemble à midi avec mon amie Julia. Rien de plus . Si vous voulez savoir sil était mon amant, la réponse est « non ». Je laissai tomber ma tête dans mes mains et me remis à pleurer. Si vous le désirez nous pouvons reprendre la discussion un peu plus tard. Je secouai la tête négativement.
A suivre