Art vrai ou toxique
Siècle après siècle les artistes se suivent et
ne se ressemblent pas. Aujourdhui à lONU, Aldo Salvadori
et son école, hier
Ricardo Giordano, demain Carlos Jacanamijoy et Carlos Salas, mais la règle de cause à effet liée aux artistes quant à elle ne change jamais : beaucoup dombre pour ceux qui veulent « avoir » pour être artiste et les rayons du soleil pour ceux qui choisissent dêtre artiste pour « avoir ».
De nos jours, le flambeau de lart est devenu un refuge dans lequel chacun cherche à fuir et à se retrouver en lui-même sous la pression et la hiérarchisation des édifices structurels que nous bâtissons. Pendant que nous nous débattons pour sur-vivre, entre nos mains notre créativité ouvre des portes de sorties, voie de secours, à travers nos cadres administratifs et juridiques avec lidée de retrouver son esprit. Et parfois, soudainement, comme par magie, le chemin devant nous sillumine révélant un morceau de notre être à nos yeux, mais combien de larmes, de nuits blanches et de sueur aura t-il fallu déverser dans le creuset de lhumanité pour que notre vérité dévoile une partie de ses racinesà travers le don de soi?
Peu à peu les sentiments et les rêves sont devenus des attractions financières où les règles du jeu sont dictées par des images et des principes spirituels, humains et artistiques détournés à des fins commerciales et mercantiles au profil de nos media- market/business.
Lidée était si simple :
- Premièrement transformer des besoins matériels en besoins existentiels.
- Deuxièmement, faire croire que lamour, lestime, la confiance et la réalisation de Soi passent nécessairement par le grattage dun ticket de loterie ou le passage devant une caméra : médiatisation, peoplellinisation et starisation.
- Troisièmement, générer et attiser des sensations de manque, de frustration, de jalousie, de peur jusquà obtenir un sentiment de dépendance et de possession.
Par ailleurs, ces besoins programmés et destinés principalement à une élite ou pour ainsi dire à des « élus » obligent le spectateur à adhérer et cautionner lillusion affichée dans les rues, les magazines, les écrans,...
Cest ainsi que lon conduit en douceur un détenu à sa cellule en lui laissant penser quil agit à sa guise, pendant quautour de lui, on danse, on chante, on saime, on pleure et lon simagine vivre un doux songe qui nous appartient et nous appartiendra pour toujours, mais il nen est rien puisque nous sommes notre propre désir fantasmagorique et matérialiste. Alors, en un clin doil, tout seffondre en « live »; le paquet cadeau promis nous est repris de manière contractuelle et vénale. En quelques semaines, la vie perd son intérêt; on a été quelquun et lon est devenu personne. En fin de compte, des sentiments le vertige sest accru, du corps transpirant lénigme subsiste, des éclats de voix la parole est restée muette, « La Petite Maison Dans La Prairie » a pris les allures dune arène néo-romaine. Au bout du tunnel, tout est devenu droit et symétrique, mascarade après mascarade que reste t-il de lAmour et de lArt?
Le nombre croissant ces dernières années de vocations artistiques est le reflet du vide qui nous habite. On sattache au résultat et à la conséquence mais personne ne veut voir linstant et la cause. Par simplicité de consommation et pour ne pas effrayer les téléspectateurs, les contribuables et les citoyens, on a retiré les coloris de base à la création, à savoir : la méditation, lordre, la synthèse, le silence, la sensibilité, la communication, la souffrance, lhumilité, la patience, le courage, la passion, la discipline, linstinct, le respect et lintemporalité. Somme des parties intégrantes et matières vivantes dans le mouvement de lexistence de lindividu et de son art. Quelle utopie de croire que lon peut toucher du doigt la lune sans quitter en premier lieu sa torpeur, ne serait-ce pas sous estimer lexigence et le dévouement que le soleil demande aux étoiles?
Au cour de cette lessiveuse artistique fabriquée par de brillants animateurs, terrible sera la chute pour ceux qui ont cru « pouvoir faire avec sans jamais avoir vécu sans. » Au XXIe siècle, loin de luniformisation et du conformisme de notre monde, des artistes séveillent en créant inlassablement au sein de leur demeure, de leur travail et de leur famille. Tantôt bercé par le silence et tantôt nourri par la vie choisie, ils mènent leurs inspirations et leurs expirations dans luniversalité de leurs ouvres.
Il en va ainsi des hommes et des femmes qui se succèdent dans le Palais de Nations; la profondeur, la fraîcheur, la lumière, lénergie et lintensité de leur travail sont les garants de lauthenticité de ce quils sont : des individus libres. Pourtant, combien dentre nous prennent le temps de trouver le cour des choses avant de se revendiquer spécialiste dun métier ou dun autre?
Il fut un temps où les mots avaient un sens et une signification, où les couleurs avaient une intensité et un éclat, où les notes avaient un écho et une harmonie, où la terre avait des courbes et des senteurs, où la vie avait un rythme et une constance, où la nature avait la beauté et la grâce, nous en avons décidé autrement, alors quil en soit fait selon notre volonté.