UNSpecial N° 621 — August/September – Août/Septembre 2003
 

Art vrai ou toxique

Siècle après siècle les artistes se suivent et ne se ressemblent pas. Aujourd’hui à l’ONU, Aldo Salvadori et son école, hier

Ricardo Giordano, demain Carlos Jacanamijoy et Carlos Salas, mais la règle de cause à effet liée aux artistes quant à elle ne change jamais : beaucoup d’ombre pour ceux qui veulent « avoir » pour être artiste et les rayons du soleil pour ceux qui choisissent d’être artiste pour « avoir ».

De nos jours, le flambeau de l’art est devenu un refuge dans lequel chacun cherche à fuir et à se retrouver en lui-même sous la pression et la hiérarchisation des édifices structurels que nous bâtissons. Pendant que nous nous débattons pour sur-vivre, entre nos mains notre créativité ouvre des portes de sorties, voie de secours, à travers nos cadres administratifs et juridiques avec l’idée de retrouver son esprit. Et parfois, soudainement, comme par magie, le chemin devant nous s’illumine révélant un morceau de notre être à nos yeux, mais combien de larmes, de nuits blanches et de sueur aura t-il fallu déverser dans le creuset de l’humanité pour que notre vérité dévoile une partie de ses racinesà travers le don de soi?

Peu à peu les sentiments et les rêves sont devenus des attractions financières où les règles du jeu sont dictées par des images et des principes spirituels, humains et artistiques détournés à des fins commerciales et mercantiles au profil de nos media- market/business.

L’idée était si simple :

Par ailleurs, ces besoins programmés et destinés principalement à une élite ou pour ainsi dire à des « élus » obligent le spectateur à adhérer et cautionner l’illusion affichée dans les rues, les magazines, les écrans,...

C’est ainsi que l’on conduit en douceur un détenu à sa cellule en lui laissant penser qu’il agit à sa guise, pendant qu’autour de lui, on danse, on chante, on s’aime, on pleure et l’on s’imagine vivre un doux songe qui nous appartient et nous appartiendra pour toujours, mais il n’en est rien puisque nous sommes notre propre désir fantasmagorique et matérialiste. Alors, en un clin d’oil, tout s’effondre en « live »; le paquet cadeau promis nous est repris de manière contractuelle et vénale. En quelques semaines, la vie perd son intérêt; on a été quelqu’un et l’on est devenu personne. En fin de compte, des sentiments le vertige s’est accru, du corps transpirant l’énigme subsiste, des éclats de voix la parole est restée muette, « La Petite Maison Dans La Prairie » a pris les allures d’une arène néo-romaine. Au bout du tunnel, tout est devenu droit et symétrique, mascarade après mascarade que reste t-il de l’Amour et de l’Art?

Le nombre croissant ces dernières années de vocations artistiques est le reflet du vide qui nous habite. On s’attache au résultat et à la conséquence mais personne ne veut voir l’instant et la cause. Par simplicité de consommation et pour ne pas effrayer les téléspectateurs, les contribuables et les citoyens, on a retiré les coloris de base à la création, à savoir : la méditation, l’ordre, la synthèse, le silence, la sensibilité, la communication, la souffrance, l’humilité, la patience, le courage, la passion, la discipline, l’instinct, le respect et l’intemporalité. Somme des parties intégrantes et matières vivantes dans le mouvement de l’existence de l’individu et de son art. Quelle utopie de croire que l’on peut toucher du doigt la lune sans quitter en premier lieu sa torpeur, ne serait-ce pas sous estimer l’exigence et le dévouement que le soleil demande aux étoiles?

Au cour de cette lessiveuse artistique fabriquée par de brillants animateurs, terrible sera la chute pour ceux qui ont cru « pouvoir faire avec sans jamais avoir vécu sans. » Au XXIe siècle, loin de l’uniformisation et du conformisme de notre monde, des artistes s’éveillent en créant inlassablement au sein de leur demeure, de leur travail et de leur famille. Tantôt bercé par le silence et tantôt nourri par la vie choisie, ils mènent leurs inspirations et leurs expirations dans l’universalité de leurs ouvres.

Il en va ainsi des hommes et des femmes qui se succèdent dans le Palais de Nations; la profondeur, la fraîcheur, la lumière, l’énergie et l’intensité de leur travail sont les garants de l’authenticité de ce qu’ils sont : des individus libres. Pourtant, combien d’entre nous prennent le temps de trouver le cour des choses avant de se revendiquer spécialiste d’un métier ou d’un autre?

Il fut un temps où les mots avaient un sens et une signification, où les couleurs avaient une intensité et un éclat, où les notes avaient un écho et une harmonie, où la terre avait des courbes et des senteurs, où la vie avait un rythme et une constance, où la nature avait la beauté et la grâce, nous en avons décidé autrement, alors qu’il en soit fait selon notre volonté.