UNSpecial N° 620 — Juillet-Août – July-August 2003
 

Le fonds de pension en 6 tableaux

Jean Michel Jakobowicz, ONU

En l’espace de moins de vingt ans notre fonds de pension est passé de 5 milliards de dollars à plus de 20 milliards. Ce qui représente une augmentation respectable. Certes en 2000 le fonds avait atteint la valeur de 26 milliards de dollars pour redescendre en l’espace de quelques mois à 19 milliards, puis remonter en quelques semaines à 23 milliards. Des hauts et des bas vertigineux que les spécialistes nomment volatilité du marché. Cette volatilité s’explique par la forte proportion de nos investissements en bourse. Franchement, et rien qu’entre nous, cela me donne des frissons dans le dos. Pouvoir ainsi “perdre” 7 milliards de dollars, puis en regagner 4, cela a quelque chose de malsain. Mais c’est paraît-il la seule façon de faire vivre notre fonds et de payer nos retraites!

Le taux de rendement cumule, c’est-à- dire tout ce que le fonds a gagné, durant ces 3 dernières années, nous avons perdu 8.6% par an. Durant les 5 dernières années nous avons perdu 1% par an, par contre sur les 20 dernières années nous avons gagné 6.6% par an et sur les 43 ans d’existence, 3.6% par an. Tous ces chiffres sont hors inflation. Franchement n’étant pas un expert je ne saurais juger ces rendements, mais il me semble que certains emprunts d’Etat totalement garantis ont ou avaient des rendements similaires sur une aussi longue période.

En d’autres termes depuis déjà quelques années, les contributions ne paient plus les bénéfices versés. Nous sommes donc obligés de vivre sur nos rentes. Ce qui est tout à fait normal. Le seul problème c’est que certaines années nos investissemnts rapportent, d’autres pas. Mais dans l’ensemble, on peut voir que le versement des bénéfices représente environ 1 milliard de dollars par an. Quand on sait que notre fonds a 23 milliards en caisse, même si le nombre de retraités augmente, nos retraites semblent assurées.

La situation actuarielle est un calcul hyper compliqué qui essaie de donner un air scientifique à ce qui ne l’est pas c’est-à-dire les incertitudes du futur. Il s’agit en gros de deviner sur la base d’hypothèses quant à l’évolution du nombre des retraités, de leur espérance de vie, de l’évolution du coût de la vie et de l’évolution du rendement de nos investissements si ce que nous avons en caisse et aurons en caisse suffira à payer la retraite du dernier ayant droit survivant, c’est-à-dire dans une centaine d’années. Et bien chers amis, ça va. Depuis 1997, il y a carrément trop d’argent, à un moment il y a même eu plus de 4% en “trop”. Alors me direz-vous pourquoi ne pas augmenter les retraites. Simplement par pré caution. Ce qui aujourd’hui est un excédent peut se transformer par les aléas du marché en deficit. En effet, le facteur clé de tous ces calculs c’est la valeur de nos avoir durant les 5 dernières années. Alors si ça baisse ce sont nos enfants qui vont trinquer.

Nous qui croyions que la fonction publique était en voie de disparition, il n’en est rien. Au contraire! En 1994, nous étions 63’813 cotisants et nous sommes maintenant plus de 82’000, soit une augmentation de plus de 20%. Quant au nombre des retraités, il est passé de 37’156 en 1994 à 51’000 en 2002. Donc l’augmentation des ayants droit a été plus faible que celle des cotisants.

Que conclure de tous ces chiffres? Le fonds va bien, mais la prudence est la mère de la sûreté. Attention à nos investissements. De plus, à la différence des systèmes de pension des pays développés qui voient le nombre de leur cotisants diminuer à terme, il semble que ce soit l’inverse qui va se produire. Mais, même si ce n’était pas le cas, nos retraites semblent assurées.