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Et si on n’avait plus d’ordinateurs ?
S. da Silva, UNOG/ICTS
Au même titre qu’une table, une
chaise, des trombones ou des boîtes
pour le courrier, un ordinateur est un
élément qui fait normalement partie d’un
bureau. Ce qui le différencie principalement
des autres éléments, c’est qu’il
peut presque tous les remplacer, quand
le contraire ne se vérifie pas.
L’ordinateur a apporté beaucoup de changements
à notre vie de tous les jours. C’est
aussi le cas dans notre environnement de travail,
avec des modifications dans notre façon
de travailler aux changements relatifs au contact
entre collègues. Nous en avons rencontré
quelques-uns, pour connaître leur avis sur la
question.
Si vous pensez à la manière comment
vous exercez votre activité professionnelle
aujourd’hui et comment vous l’effectuez
auparavant sans ordinateur, que
diriez-vous? Qu’est-ce que cela vous a
apporté? Qu’est-ce que cela vous a
enlevé? Vous sentez-vous plus productif? Et si on n’avait plus d’ordinateurs?
Sonia Billard (UNIDIR)
En ce qui me concerne, l’informatique c’est
l’essence même de mon travail. Dès lors que
l’informatique est adaptée aux besoins, le service
rendu est indéniable et crée une valeur
ajoutée ne serait-ce que par l’élimination des
tâches fastidieuses et répétitives.
Paradoxalement, l’informatique m’a appris
à communiquer. Ainsi pour rallier une équipe
à un projet, pour limiter les réticences aux
changements, la participation de l’utilisateur
dans le débat s’impose. Inclure l’utilisateur
dans le débat, c’est lui permettre d’appréhender
certains concepts que la banalisation de
l’outil informatique et sa simplicité d’utilisation
occultent quelque peu.
L’informatique n’enlève rien de particulier
sauf en cas de dysfonctionnements. Nous tentons
d’utiliser efficacement l’outil informatique
mais nous ne savons plus comment travailler
sans. Nous avons tendance à oublier
que la donnée numérique est volatile et que
dans quelques années certains formats de
données n’existeront plus.
Je suis productive, lorsque mes collègues
ont peu ou pas d’interruption dans leur travail.
Je le suis aussi lorsque l’utilisateur
acquiert une certaine autonomie (identifier
son problème avant de me contacter, participer
à la sécurité des données en faisant un
bon usage des mots de passe, avoir des
réflexes pour dupliquer ses documents, etc.).
Imaginer de travailler sans un ordinateur,
cela serait plutôt de la science fiction. Se
déplacer à la bibliothèque à chaque fois qu’il
faut faire des recherches sur un sujet, quelle
contrainte ! La rapidité et la fiabilité des
moteurs de recherche dégrossissent le travail,
sous réserve de ne pas se laisser entraîner là
où on n’avait pas prévu d’aller mais là, c’est
un autre débat.
A l’UNIDIR, je ne saurais vous dire comment
éditer les publications, préparer les projets
et les colloques de recherches sans l’informatique.
Des traductions sans les bases de
données terminologiques allongeraient les
délais. Des rapports de conférences pas en
ligne sur la toile (web) nous mettraient en
décalage avec l’actualité qui n’attend pas. Des
déplacements sans le télé-travail isoleraient
nos chercheurs du reste de l’équipe.
Maria F. Sevilla (UNECE)
L’ordinateur fait des calculs plus vite que
les calculatrices que nous utilisions auparavant,
ce qui nous permets de travailler plus
rapidement et de produire des rapports dans
un espace de temps plus court. Cela ne nous
exclut pas de devoir contrôler le travail plus
attentivement. En effet, le travail avec l’ordinateur
génère une certaine confiance dans
l’outil et on peut être moins attentif à la qualité
du travail produit. Il est par conséquent,
nécessaire de procéder à une vérification
manuelle du travail.
Il devient plus facile de préparer des rapports,
qui nous sont demandés par des
groupes d’experts, des pays donateurs, ou
d’autres entités tels que la Commission de la
CEE.
L’ordinateur permet de faire plus de travail
en moins de temps. A part la boîte « IN » qui
existe toujours dans le bureau, le courrier
électronique nous délivre des demandes et
des réponses, souvent avec d’autres questions,
qui génèrent un nombre impressionnant
de questions/réponses et des copies souvent
inutiles envoyées à de tierces personnes
pas directement concernées par le sujet.
Peut-être que si nous n’avions pas d’ordinateurs,
le travail redeviendrait plus
raisonnable. Je pense qu’on attend trop des
gens et qu’on pourrait réduire ce stress si on
retournait à une époque où l’ordinateur n’imposait
pas ce rythme. Cependant, il faut
admettre que le rendement serait inférieur.
Peut-être que le nombre de rapports qui nous est demandé pourrait être réduit à des rapports
qui sont vraiment nécessaires et utiles.
Sans ordinateurs, pour assurer une production
similaire, nous devrions recruter plus de
monde ! Cependant, dans des activités spécifiques
telles que la médecine, la perte serait
énorme. Nous serions de retour à la première
partie du siècle XX…
Thierry Potvin (ONU/Service de
l’Information)
J’ai toujours utilisé des outils informatiques
dans mon travail, mais il est clair que pour ce
que nous produisons actuellement, nous aurions
besoin d’un nombre de collaborateurs
beaucoup plus important.
L’utilisation de l’informatique nous permet
de préparer des communiqués de presse dans
des délais très courts. Même si on avait plus
de monde, sans l’informatique , nous ne pourrions
jamais atteindre les délais de parution
actuels. Grâce à Internet, depuis quelques
années, nos recherches sont beaucoup plus
rapides et efficaces, tout comme l’accès aux
bases de données terminologiques de l’ONU
ou d’autres institutions, dans des domaines,
tels que le désarmement ou le maintien de la
paix. L’envoi d’un message électronique au
lieu du contact personnel me semble plus
efficace, puisque les idées doivent être
exposées plus clairement et servent ainsi de
référence future.
S’il n’y avait plus d’ordinateurs, nous devrions
revenir aux anciennes méthodes et à
des délais de production beaucoup plus
longs. De plus, la distribution de nos communiqués
de presse devrait être faite à la main.
Actuellement, quand l’ordinateur tombe en
panne, nous sommes démunis et nous
prenons conscience de comment il nous est
devenu indispensable. C’est le seul inconvénient
en ce qui me concerne.
José Guinea (OCHA)
Je suis du temps des calculatrices avec les
chiffres qu’on sélectionnait déplaçant des
réglettes métalliques. Pour faire un calcul, il
fallait ensuite tourner une manivelle dans les
deux sens. J’ai vécu l’époque de transition
entre le moment où le client avait un visage et
celui où il est devenu un numéro.
L’ordinateur est devenu un outil de gestion
indispensable, un moyen de communication
entre les gens et une source d’information et
de dissémination de la connaissance et de la
culture.
Je peux avoir un indice de productivité plus
élevé pour certaines activités ou grâce à des
applications, telles que les bases de données
ou autres, qui nous facilitent le travail. N’oublions
pas que l’élément le plus important de
ce duo reste toujours l’homme.
Avec l’âge, l’augmentation du nombre de
dioptries a augmenté. L’utilisation sans modération
de l’ordinateur y est probablement
pour quelque chose aussi…
S’il n’y avait plus d’ordinateurs, je pense
qu’on reprendrait la distribution de la presse
écrite dans les bureaux. D’autre part, il m’est
difficile d’imaginer le travail d’aujourd’hui
sans ordinateur, mais je pourrais me passer
de quelques e-mails…
Oot Israbhakdi (CNUCED)
Ce qui apporte l’informatique au fonctionnement
de l’Organisation est sous-estimé !
Certains postes dont certaines tâches ont été
informatisées doivent être redéfinis et ceux
dont leur fonctions devront être informatisées,
doivent être rassurés.
Notre façon de travailler a changé et l’accès
aux informations internes grâce à l’Intranet et
la diminution de l’hiérarchie intermédiaire
grâce aux e-mails ne sont que deux exemples
de ceci.
Le courrier électronique et la consulte de la
toile sont devenus incontournables.
Certains ont toujours peur : de l’informatique,
de l’inconnu, tout simplement de risquer
de perdre leur travail. Les moins jeunes
sont réticents à ré-apprendre à travailler avec
les outils informatiques.
Aujourd’hui, l’informatique est considérée
comme un outil en aval des processus de
décision au lieu d’être en amont, nous intervenons
pour réparer et non pour proposer
des solutions. La conséquence de ceci est: la
dévalorisation de la fonction informatique et
des informaticiens. Nous aimerions être vus
plutôt comme partenaires et pas exclusivement
comme dépanneurs.
Michel Dechen (ONU – Valise
diplomatique)
Le même travail pourrait être effectué sans
ordinateurs, avec plus de personnel ou avec
des délais au niveau de l’enregistrement
manuel des données et risques d’erreurs plus
importants. C’est une question de savoir-faire,
mais aussi de faire savoir, ce qu’on fait à travers
des statistiques qui nous sont souvent
demandées et qui ne pourraient pas être
fournies autrement.
Je n’ai eu que des avantages avec l’entrée
dans le « monde des ordinateurs ». J’ai repris
les bancs de l’école en 1978 pour démystifier
l’informatique et depuis lors, j’ai appris à
raisonner différemment…
Le niveau de productivité a bien sûr
augmenté. Le travail sans ordinateurs ? La
productivité en perdrait un coup. Nous
n’aurions plus la communication immédiate
avec des interlocuteurs proches ou
lointains ainsi que l’accès immédiat à
l’information technico-commerciale disponible
sur Internet.
Que ce soit la peur de perdre son travail,
d’une panne de l’ordinateur, ou d’un
niveau de ‘stress’ trop élevé, l’informatique
suscite toujours et encore certaines
craintes. Elles semblent pourtant
être atténuées, face au confort et à l’efficacité
qui nous procurent aujourd’hui
ces ordinateurs ou autres systèmes
informatisés, qui semblent bien être
venus pour rester, mais dont leur importance
peut dans certains cas être sousestimée.