UNSpecial N° 620 — Juillet-Août – July-August 2003
 

Tech News

Et si on n’avait plus d’ordinateurs ?

S. da Silva, UNOG/ICTS

Au même titre qu’une table, une chaise, des trombones ou des boîtes pour le courrier, un ordinateur est un élément qui fait normalement partie d’un bureau. Ce qui le différencie principalement des autres éléments, c’est qu’il peut presque tous les remplacer, quand le contraire ne se vérifie pas.
L’ordinateur a apporté beaucoup de changements à notre vie de tous les jours. C’est aussi le cas dans notre environnement de travail, avec des modifications dans notre façon de travailler aux changements relatifs au contact entre collègues. Nous en avons rencontré quelques-uns, pour connaître leur avis sur la question.
Si vous pensez à la manière comment vous exercez votre activité professionnelle aujourd’hui et comment vous l’effectuez auparavant sans ordinateur, que diriez-vous? Qu’est-ce que cela vous a apporté? Qu’est-ce que cela vous a enlevé? Vous sentez-vous plus productif? Et si on n’avait plus d’ordinateurs?

Sonia Billard (UNIDIR)
En ce qui me concerne, l’informatique c’est l’essence même de mon travail. Dès lors que l’informatique est adaptée aux besoins, le service rendu est indéniable et crée une valeur ajoutée ne serait-ce que par l’élimination des tâches fastidieuses et répétitives.
Paradoxalement, l’informatique m’a appris à communiquer. Ainsi pour rallier une équipe à un projet, pour limiter les réticences aux changements, la participation de l’utilisateur dans le débat s’impose. Inclure l’utilisateur dans le débat, c’est lui permettre d’appréhender certains concepts que la banalisation de l’outil informatique et sa simplicité d’utilisation occultent quelque peu.
L’informatique n’enlève rien de particulier sauf en cas de dysfonctionnements. Nous tentons d’utiliser efficacement l’outil informatique mais nous ne savons plus comment travailler sans. Nous avons tendance à oublier que la donnée numérique est volatile et que dans quelques années certains formats de données n’existeront plus.
Je suis productive, lorsque mes collègues ont peu ou pas d’interruption dans leur travail. Je le suis aussi lorsque l’utilisateur acquiert une certaine autonomie (identifier son problème avant de me contacter, participer à la sécurité des données en faisant un bon usage des mots de passe, avoir des réflexes pour dupliquer ses documents, etc.). Imaginer de travailler sans un ordinateur, cela serait plutôt de la science fiction. Se déplacer à la bibliothèque à chaque fois qu’il faut faire des recherches sur un sujet, quelle contrainte ! La rapidité et la fiabilité des moteurs de recherche dégrossissent le travail, sous réserve de ne pas se laisser entraîner là
où on n’avait pas prévu d’aller mais là, c’est un autre débat.
A l’UNIDIR, je ne saurais vous dire comment éditer les publications, préparer les projets et les colloques de recherches sans l’informatique.
Des traductions sans les bases de données terminologiques allongeraient les délais. Des rapports de conférences pas en ligne sur la toile (web) nous mettraient en décalage avec l’actualité qui n’attend pas. Des déplacements sans le télé-travail isoleraient nos chercheurs du reste de l’équipe.

Maria F. Sevilla (UNECE)
L’ordinateur fait des calculs plus vite que les calculatrices que nous utilisions auparavant, ce qui nous permets de travailler plus rapidement et de produire des rapports dans un espace de temps plus court. Cela ne nous exclut pas de devoir contrôler le travail plus attentivement. En effet, le travail avec l’ordinateur génère une certaine confiance dans l’outil et on peut être moins attentif à la qualité du travail produit. Il est par conséquent, nécessaire de procéder à une vérification manuelle du travail.
Il devient plus facile de préparer des rapports, qui nous sont demandés par des groupes d’experts, des pays donateurs, ou d’autres entités tels que la Commission de la CEE.
L’ordinateur permet de faire plus de travail en moins de temps. A part la boîte « IN » qui existe toujours dans le bureau, le courrier électronique nous délivre des demandes et des réponses, souvent avec d’autres questions, qui génèrent un nombre impressionnant de questions/réponses et des copies souvent inutiles envoyées à de tierces personnes pas directement concernées par le sujet.
Peut-être que si nous n’avions pas d’ordinateurs, le travail redeviendrait plus raisonnable. Je pense qu’on attend trop des gens et qu’on pourrait réduire ce stress si on retournait à une époque où l’ordinateur n’imposait pas ce rythme. Cependant, il faut admettre que le rendement serait inférieur.
Peut-être que le nombre de rapports qui nous est demandé pourrait être réduit à des rapports qui sont vraiment nécessaires et utiles.
Sans ordinateurs, pour assurer une production similaire, nous devrions recruter plus de monde ! Cependant, dans des activités spécifiques telles que la médecine, la perte serait énorme. Nous serions de retour à la première partie du siècle XX…

Thierry Potvin (ONU/Service de l’Information)
J’ai toujours utilisé des outils informatiques dans mon travail, mais il est clair que pour ce que nous produisons actuellement, nous aurions besoin d’un nombre de collaborateurs beaucoup plus important.
L’utilisation de l’informatique nous permet de préparer des communiqués de presse dans des délais très courts. Même si on avait plus de monde, sans l’informatique , nous ne pourrions jamais atteindre les délais de parution actuels. Grâce à Internet, depuis quelques années, nos recherches sont beaucoup plus rapides et efficaces, tout comme l’accès aux bases de données terminologiques de l’ONU ou d’autres institutions, dans des domaines, tels que le désarmement ou le maintien de la paix. L’envoi d’un message électronique au lieu du contact personnel me semble plus efficace, puisque les idées doivent être exposées plus clairement et servent ainsi de
référence future.
S’il n’y avait plus d’ordinateurs, nous devrions revenir aux anciennes méthodes et à des délais de production beaucoup plus longs. De plus, la distribution de nos communiqués de presse devrait être faite à la main.
Actuellement, quand l’ordinateur tombe en panne, nous sommes démunis et nous prenons conscience de comment il nous est devenu indispensable. C’est le seul inconvénient en ce qui me concerne.

José Guinea (OCHA)
Je suis du temps des calculatrices avec les chiffres qu’on sélectionnait déplaçant des réglettes métalliques. Pour faire un calcul, il fallait ensuite tourner une manivelle dans les deux sens. J’ai vécu l’époque de transition entre le moment où le client avait un visage et celui où il est devenu un numéro.
L’ordinateur est devenu un outil de gestion indispensable, un moyen de communication entre les gens et une source d’information et de dissémination de la connaissance et de la culture.
Je peux avoir un indice de productivité plus élevé pour certaines activités ou grâce à des applications, telles que les bases de données ou autres, qui nous facilitent le travail. N’oublions pas que l’élément le plus important de ce duo reste toujours l’homme.
Avec l’âge, l’augmentation du nombre de dioptries a augmenté. L’utilisation sans modération de l’ordinateur y est probablement pour quelque chose aussi…
S’il n’y avait plus d’ordinateurs, je pense qu’on reprendrait la distribution de la presse écrite dans les bureaux. D’autre part, il m’est difficile d’imaginer le travail d’aujourd’hui sans ordinateur, mais je pourrais me passer de quelques e-mails…

Oot Israbhakdi (CNUCED)
Ce qui apporte l’informatique au fonctionnement de l’Organisation est sous-estimé !
Certains postes dont certaines tâches ont été informatisées doivent être redéfinis et ceux dont leur fonctions devront être informatisées, doivent être rassurés.
Notre façon de travailler a changé et l’accès aux informations internes grâce à l’Intranet et la diminution de l’hiérarchie intermédiaire grâce aux e-mails ne sont que deux exemples de ceci.
Le courrier électronique et la consulte de la toile sont devenus incontournables.
Certains ont toujours peur : de l’informatique, de l’inconnu, tout simplement de risquer de perdre leur travail. Les moins jeunes sont réticents à ré-apprendre à travailler avec les outils informatiques.
Aujourd’hui, l’informatique est considérée comme un outil en aval des processus de décision au lieu d’être en amont, nous intervenons pour réparer et non pour proposer des solutions. La conséquence de ceci est: la dévalorisation de la fonction informatique et des informaticiens. Nous aimerions être vus plutôt comme partenaires et pas exclusivement comme dépanneurs.

Michel Dechen (ONU – Valise diplomatique)
Le même travail pourrait être effectué sans ordinateurs, avec plus de personnel ou avec des délais au niveau de l’enregistrement manuel des données et risques d’erreurs plus importants. C’est une question de savoir-faire, mais aussi de faire savoir, ce qu’on fait à travers des statistiques qui nous sont souvent demandées et qui ne pourraient pas être fournies autrement.
Je n’ai eu que des avantages avec l’entrée dans le « monde des ordinateurs ». J’ai repris les bancs de l’école en 1978 pour démystifier l’informatique et depuis lors, j’ai appris à raisonner différemment…
Le niveau de productivité a bien sûr augmenté. Le travail sans ordinateurs ? La productivité en perdrait un coup. Nous n’aurions plus la communication immédiate avec des interlocuteurs proches ou lointains ainsi que l’accès immédiat à l’information technico-commerciale disponible sur Internet.
Que ce soit la peur de perdre son travail, d’une panne de l’ordinateur, ou d’un niveau de ‘stress’ trop élevé, l’informatique suscite toujours et encore certaines
craintes. Elles semblent pourtant être atténuées, face au confort et à l’efficacité qui nous procurent aujourd’hui ces ordinateurs ou autres systèmes informatisés, qui semblent bien être venus pour rester, mais dont leur importance peut dans certains cas être sousestimée.