Message du Dr. Bernard Kouchner
«On ne veut pas y croire, on ne veut pas se rendre à lévidence,
on respire la tristesse et leffroi des autres: « Tu sais
quoi ? Maryan est mort ! Non ! Cest sa dernière invention
! Non cest pas possible. Eh oui, cest con. Cest injuste
et cest vraiment si stupide mais cest ainsi. Maryan Baquerot
avait échappé à Auschwitz et voilà quil
y a quatre jours, il a mis un genou à terre. On ne sait et on
ne dira jamais assez lironie et la bêtise de cette disparition
qui nous frappe. Maryan est mort, il ne viendra plus vers nous, faussement
sévère, lair de dissimuler une blague idiote, le
ton gouailleur, le regard clair et droit avec cette brutalité
de façade qui masquait la tendresse profonde et linquiétude
permanente de ce garçon dexception. Oui, un homme immense,
un homme de dévouement et dinvention, vient de nous
»
« Moi, je ne peux que répéter devant Lucie, sa mère, devenue douleur et quil appelait tous les soirs, devant Adolphe, admirable, droit comme un arbre devant lhistoire, devant sa femme Viviane et ses deux filles, Maryan et Élodie dont il était si fier, quil fut un homme, et sans doute lhomme le plus extraordinaire que jai jamais rencontré, quil est à mes yeux lesprit même des Nations Unies, et quil en était aussi le mécanicien, car il en connaissait tous les rouages et tous les accidents et il savait tout faire. Il connaissait chacun, il saluait chacun, il senquerrait de son sort personnel et de sa famille, de ses joies et de ses ennuis. On le croyait rogue, il était un obstiné. À Pristina, il fut un magicien, travaillant jour et nuit et prenant encore le temps de rire, de nous faire rire et de nous faire des plats de son invention dans un pays sans cuisine et sans électricité. Cest vrai quil avait une solution pour tous les problèmes comme la dit Sergio, mais pour toutes les solutions il avait un problème Maryan. Et à tous ceux qui lont connu, je voudrais dire que sil nous voit, il doit bien rigoler encore une fois »
(Extraits).