UNSpecial N° 620 — Juillet-Août – July-August 2003
 

Message du Dr. Bernard Kouchner

«On ne veut pas y croire, on ne veut pas se rendre à l’évidence, on respire la tristesse et l’effroi des autres: « Tu sais quoi ? Maryan est mort ! Non ! C’est sa dernière invention ! Non c’est pas possible. Eh oui, c’est con. C’est injuste et c’est vraiment si stupide mais c’est ainsi. Maryan Baquerot avait échappé à Auschwitz et voilà qu’il y a quatre jours, il a mis un genou à terre. On ne sait et on ne dira jamais assez l’ironie et la bêtise de cette disparition qui nous frappe. Maryan est mort, il ne viendra plus vers nous, faussement sévère, l’air de dissimuler une blague idiote, le ton gouailleur, le regard clair et droit avec cette brutalité de façade qui masquait la tendresse profonde et l’inquiétude permanente de ce garçon d’exception. Oui, un homme immense, un homme de dévouement et d’invention, vient de nous… »

« Moi, je ne peux que répéter devant Lucie, sa mère, devenue douleur et qu’il appelait tous les soirs, devant Adolphe, admirable, droit comme un arbre devant l’histoire, devant sa femme Viviane et ses deux filles, Maryan et Élodie dont il était si fier, qu’il fut un homme, et sans doute l’homme le plus extraordinaire que j’ai jamais rencontré, qu’il est à mes yeux l’esprit même des Nations Unies, et qu’il en était aussi le mécanicien, car il en connaissait tous les rouages et tous les accidents et il savait tout faire. Il connaissait chacun, il saluait chacun, il s’enquerrait de son sort personnel et de sa famille, de ses joies et de ses ennuis. On le croyait rogue, il était un obstiné. À Pristina, il fut un magicien, travaillant jour et nuit et prenant encore le temps de rire, de nous faire rire et de nous faire des plats de son invention dans un pays sans cuisine et sans électricité. C’est vrai qu’il avait une solution pour tous les problèmes comme l’a dit Sergio, mais pour toutes les solutions il avait un problème Maryan. Et à tous ceux qui l’ont connu, je voudrais dire que s’il nous voit, il doit bien rigoler encore une fois… »

(Extraits).