UNSpecial N° 620 — Juillet-Août – July-August 2003
 

La visioconférence dans chaque bureau

Interview de Pierre Sola, chef du Groupe
des Télécommunications et
Mark Richards, Responsable du service
de visioconférence

Tout d’abord, une précision, dit-on vidéo ou visioconférence?
Je ne suis pas un expert du Petit Robert mais je pense qu’en français le terme approprié est Visioconférence.

Est-ce facile de faire des visioconférences?
Il suffit d’avoir le matériel approprié et 3 lignes à disposition. Nous utilisons des lignes spéciales dénommées RNIS qui permettent une connexion à des vitesses suffisantes.

Est-ce que cela coûte cher?
Pour un particulier, c’est encore relativement cher, mais pour une entreprise ce n’est pas grand chose. Le matériel de base: écran, caméra et l’équipement spécial qui met tout en forme et qui coûte environ 10’000 dollars; quant aux lignes téléphoniques, elles sont directement connectées au système téléphonique. Nous ne payons par conséquent pas d’abonnement particulier.

Quels sont les principales difficultés que rencontrent les utilisateurs de ce système?
D’un point de vue technique, c’est dans certains cas l’interruption de la ligne téléphonique, ce qui ici à Genève est assez rare. Les difficultés sont plus de caractère humain; si les participants ne se sentent pas à l’aise en face d’une caméra. Dans la plupart des cas, les gens finissent par très vite s’habituer. Et puis, il y a la fatigue visuelle. Passer plusieurs heures devant un écran, même grand, peut être assez fatigant.

Et les avantages?
Essentiellement, il évite aux participants de se déplacer. L’image donne une dimension très différente à une réunion comparée à une conférence téléphonique. Le simple fait de mettre en relation par caméra interposée des groupes de personnes localisées dans des régions géographiques éloignées est un atout en soit.

Ces visioconférences risquent d’être la ruine des compagnies d’aviations?
Non, pas pour l’instant. Dans bien des cas, la visioconférence ne remplace pas une réunion, elle crée une nouvelle opportunité de se rencontrer. Un exemple très récent est celui de l’OMS et l’épidémie de SARS. Des réunions quotidiennes entre experts situés aux quatre coins du monde ont lieu grâce aux visioconférences. Il est certain que sans ce moyen les experts ne se rencontreraient pas aussi souvent. La visioconférence leur permet de progresser beaucoup plus rapidement dans leur recherche.

Combien de lieux pouvez-vous mettre en communication simultanément?
Nous pouvons aller jusqu’à douze, mais notre record a été de neuf. Nous avons un équipement qui permet de gérer des conférences multi-sites.

Comment cela se passe-t-il d’un point de vue visuel?
Il y a un président qui occupe le centre de l’écran et tout autour de son image il y a les salles connectées. Lorsqu’il donne la parole à l’un des autres lieux, c’est l’image de la personne qui parle qui occupe le centre de l’écran. En fait, le système reproduit exactement le déroulement habituel d’une réunion aux Nations Unies.

C’est dur à gérer?
Pas vraiment, il faut un technicien présent en salle qui manipule la caméra et est en relation avec les autres sites en cas de problèmes.

Combien avez-vous de salles de visioconférence au Palais?
Nous n’avons pour l’instant aucune salle vraiment étudiée pour la visioconférence. Nous opérons en général au premier étage au-dessus de la SAFI et au Salon français. Nous sommes en fait en train d’étudier la possibilité d’aménager une salle dédiée à la visioconférence au troisième étage. Mais d’un point de vue logistique, tout notre matériel est mobile ce qui fait que nous pouvons le déplacer dans n’importe quelle salle du Palais. La semaine dernière, nous avons ainsi pu faire une visioconférence avec M. Lamy, le Commissaire européen et la CEE-ONU. Chacun pouvait suivre son intervention sur grand écran et pouvait intervenir en direct.

Mais il pouvait voir toute la salle?
S’il y avait eu suffisamment de caméras oui, mais dans ce cas précis nous n’en avions placé que deux. La multiplication des caméras pose deux problèmes. Le premier est un problème de ressources, une seule personne ne peut pas opérer la totalité de l’environnement. Le second est un souci d’aménagement de la salle, nous ne pouvons souvent pas arrangé la lumière et les sources sonores comme nous le souhaiterions. En fait, lorsqu’une demande est faite, nous essayons de nous fondre dans l’environnement existant afin de ne pas perturber le déroulement de la séance et de rendre l’opération la plus naturelle possible.

On pourrait imaginer tourner un film comme ça?
Pas vraiment, car la définition des images transmises ne sont pas d’une qualité suffisante. On s’en approche malgré tout de manière impressionnante, et si on compare la visioconférence avec les efforts financiers et techniques auparavant nécessaire pour communiquer par voie de satellite, on se rend bien compte de l’évolution qu’il y a eu lieu dans le domaine.

Combien facturez-vous ces retransmissions?
Nos prix sont très compétitifs, puisque nous facturons 200 $ la session pour une visioconférence simple, c’est-à-dire avec un seul site distant. D’ailleurs, de nombreuses organisations utilisent nos services. Un peu moins maintenant vu la diminution des coûts du matériel. Mais malgré tout lorsqu’il faut organiser une session multi-site, nous intervenons à chaque fois.

Comment doit on faire si l’on veut organiser une visioconférence?
Rien de plus simple. Il existe sur l’Intranet de l’ONUG un emplacement qui donne la liste des plages horaires disponibles et un formulaire à remplir pour faire une réservation. On peut aussi s’enregistrer en allant sur notre portail http://telecom.unog.ch; menu « Conferencing ». Des informations concernant nos services en général y sont aussi disponibles.

Est-ce que l’on pourrait imaginer faire des visioconférences par Internet?
C’est assez difficile actuellement. Tout d’abord, à cause de la lenteur de la transmission. Les connexions Internet ne sont actuellement pas suffisamment fiables et stables pour le faire. Mais dans un avenir plus ou moins proche cela devrait être possible, dès lors on franchira une étape supplémentaire.

Quelle est la prochaine étape?
C’est de multiplier ces systèmes pour les installer dans les bureaux eux-mêmes. Ainsi, vous n’aurez plus besoin de quitter votre bureau pour vous rendre à une réunion. Cela ne veut pas dire que je fais la promotion de cette approche tout azimut mais je pense qu’à nouveau ce sont les utilisateurs qui trouveront la manière efficace d’utiliser ce moyen de communication innovateur. Si je veux faire une analogie, je prendrais le cas du téléphone portable qui malgré de nombreux détracteurs a pris la place que l’on connaît maintenant. La visioconférence est un outil et c’est à celui qui l’utilise de le faire à bon escient.

C’est de la science fiction?
Non, c’est pour bientôt !

Interview par Jean Michel Jakobowicz.