Quoi Quest-ce quelle a ma langue de travail ? Bis repetitas
Et de deux Silence, on discrimine!
Rachel El Haloui-Deléglise avec Kifah Bitar
Un brin daudace plus un soupçon de discrétion,
et le tour est joué
LOrganisation des Nations Unies
diffuse, par voie de presse, un appel à concourir afin de recrutement
dinterprètes ayant comme langue principale larabe
et comme deuxième langue de travail langlais, disqualifiant
doffice tout interprète de langue arabe qui na pas
lhonneur de pouvoir ou simplement de vouloir faire
de langlais sa langue de travail active. Les candidats algériens,
marocains, tunisiens, mauritaniens et libanais, ainsi que certains candidats
syriens et égyptiens, ayant le français pour deuxième
langue, sont hors jeu. Dun tour de passe-passe et pour des raisons
que la raison ignore, on a donc voulu rejeter une partie, sinon la totalité
des ressortissants de pays qui sexpriment pourtant dans une des
deux langues de travail officielles.
Ainsi, tout arabophone trilingue
voire quadrilingue que vous soyez, il suffira que vous ayez langlais
en langue passive (3ème ou 4ème langue), pour que vous
ne soyez pas admis à concourir aux côtés de votre
collègue bilingue, mais ayant la langue de Shakespeare pour sésame,
lui.
Déjà en septembre 1999, les discriminateurs avaient
sévi au moyen de la regrettable circulaire administrative (ST/IC/
1999/70). Mais après une courte réflexion, les instances
onusiennes se sont souvenues que le multilinguisme revêtait un
caractère obligatoire résolution de lAssemblée
générale (A/50/11) ! Après avoir été
fermement priés par des missions permanentes concernées,
ils ont courageusement fait marche arrière: ainsi le Secrétaire
général adjoint aux ressources humaines a fait publier
en décembre 99 ladditif (ST/IC/1999/70/add.1) abrogeant
la circulaire de septembre permettant au concours qui suivit en 2001,
déchapper de justesse au protectionnisme. Quoi de plus
normal, pour un examen compétitif !
Ceci
étant, comme ne pas penser que dans la pyramide interprétative,
les francophones ont franchi le seuil dalerte. Voilà sans
doute un macro-chantier législatif et réglementaire relevant
des instances pertinentes telles que le Comité des Conférences,
la cinquième commission, le Coordinateur pour le multilinguisme
ou le Corps commun dinspection.
Cette annonce, rédigée
dans un français irréfutable, insouciante réplique
brève mais sans équivoque de lédit de 1999
: Arabe, langue principale + anglaisse termine par une injonction
de ne postuler que si lon possède les « Qualifications
requises » (sic).
Pour les intéressés, qui
ont la chance dêtre citoyens de pays ayant langlais
pour deuxième langue, voici la date limite: 21 mai 03 pour les
candidats de langue arabe et 23 mai 03 pour les autres (allez savoir
pourquoi.). Au fait, si vous êtes originaire dun pays en
développement et que vous avez des difficultés pour avoir
accès à linternet, cest tant pis pour vous
car le seul moyen que lon propose au travers cette annonce est
une inscription « online ». Ca vous apprendra !
Cette francophono-discrimination
ressemble de plus en plus à une tendance plutôt qua
un fait isolé. Serait-elle inéluctable et réversible
? Quels moyens déployés pour une factuelle et respectueuse
vigilance ? Respectueuse des autres, de soi et par-dessus tout, du droit.
Pourquoi dailleurs ne pas songer à créer un observatoire
indépendant et systématique du plurilinguisme à
lONU ? Faisons tomber ce mur dostracisme. Il nest
guère valorisant pour ceux qui lérigent, que pour
ceux qui bronzent à son ombre et encore moins pour ceux qui en
pâtissent, sans que pour autant lOrganisation ny trouve
une valeur ajoutée.