Mélanie Mercier, née Markowitz
Jean Michel Jakobowicz, ONU
Le second message (3)
Mélanie Mercier née Markowitz, chef
économiste adjoint dans le département
des projections de l’Organisation, est la
cible d’étranges messages qui menacent
ses enfants, Isabelle 8 ans et Benjamin
10 ans.
(Vous pouvez retrouver les deux premiers
épisodes de Mélanie sur le site
Internet de
UNSpecial: http://www.unspecial.org).
Le second message arriva au moment où je my attendais le moins.
Jallais chercher Isabelle et Benjamin chez leur nounou. Mon bus était coincé dans un embouteillage, quand mon portable se mit à sonner. Cest une chose assez rare puisque mis à part ma secrétaire Denise et Léa la nounou, personne dautre na mon numéro. Le temps que je trouve mon appareil et lhorripilante sonnerie sétait tue. Il sagissait dun message SMS étrangement elliptique: «Enfants danger incendie école ! ami4231@hotmail.com .»
Il me fallut plusieurs secondes pour comprendre le sens des mots que je lisais. Quand enfin mon cerveau réussit à mettre le tout bout à bout, mes mains agirent sans mon intervention. Elles appuyèrent spasmodiquement sur le bouton douverture des portes. Et comme rien ne se passait, mes jambes me précipitèrent vers lavant du véhicule. Dans ma panique, je bousculai un jeune homme vêtu dun blouson noir, qui bougonna avant de se replonger dans son journal. Ouvrez, balbutiai-je à la conductrice. Ouvrez, cest une question de vie ou de mort. La femme me regarda dun air étonné. Je devais avoir une telle tête quelle ma immédiatement ouvert la porte sans rien demander.
Je me mis à courir comme une folle. Dinstinct, je me dirigeai vers lécole des enfants. Elle devait bien se trouver à dix minutes de marche. Ma panique était telle quil ne me fallut pas plus de cinq minutes pour y parvenir.
« …Je me mis à courir
comme une folle. D’instinct,
je me dirigeai vers
l’école des enfants… »
A deux cents mètres de lécole, sur la route de Malagnou, je vis quatre voitures de pompiers stationnées sur le trottoir. Un frisson glacé me traversa le corps. Je me mis à courir comme une dératée. Quétait-il arrivé à mes enfants ?
Devant lécole, la première personne que je vis fut le directeur, M. Schmid. Je me précipitai sur lui et avec difficulté jessayai de lui demander où étaient Benjamin et Isabelle. Jétais tellement essoufflée que je ne parvins même pas à articuler un mot.
Rassurez-vous, ce nest rien de grave, me dit M. Schmid! Juste un début dincendie dans les combles. Daprès les pompiers, il sagit dun court circuit. Heureusement les enfants étaient partis depuis pas mal de temps. Sans rien ajouter de plus, il me tourna le dos pour aller discuter avec le capitaine des pompiers qui remplissait une liasse de papiers.
Je tremblais de tous mes membres. Leffort je suppose, mais aussi la peur. Javais limpression dêtre totalement vidée.
Quand elle me vit arriver, la nounou me regarda avec inquiétude.
Ça ne va pas, me demanda-t-elle ?
Si, enfin, je ne sais pas. Avec cette historie dincendie,
je suis toute retournée !
Quel incendie? Me demanda ma fille Isabelle.
« …Chouette, dit
Benjamin! L’école a
brûlé, demain on a congé.
Puis voyant mon air passablement
outré, il ajouta
comme pour sauver la
face: y’a eu beaucoup de
morts? … »
Celui de lécole. Vous nêtes pas au
courant ? Répondis-je.
Chouette, dit Benjamin ! Lécole a brûlé,
demain on a congé. Puis voyant mon air passablement outré,
il ajouta comme pour sauver la face: ya eu beaucoup de morts ?
Non, rien de grave ! Juste un début dincendie dans
les combles.
Alors pourquoi es-tu si pâle? demanda Isabelle.
Jai eu peur pour vous !
Avant de se coucher, mes deux poussins vinrent se pelotonner tout contre moi. De les sentir si chauds, si fragiles contre mon corps me donnait des angoisses. Javais peur pour eux. Une peur viscérale, qui frôlait la panique. Quand ils furent au lit, je me mis à pleurer comme rarement depuis bien longtemps.
Trop cest trop. Je narrivais pas à faire face à tout ce qui se passait ces derniers jours. Les messages, les incendies, les menaces qui pesaient sur mes gosses. Et ce côté terriblement angoissant dêtre seule pour affronter tout ça.
Je ne savais plus quoi faire. Appeler Jérôme, mon ex-mari pour lentendre me dire quil allait tout prendre en main. Appeler la police? Ma mère? Un collègue? Mon collègue David?
Après tout, pourquoi pas David, mon collègue informaticien avec qui je déjeunais chaque jour? Il me connaissait suffisamment pour me prendre au sérieux.
Sans même regarder lheure, je composai son numéro.
Allô ! Cest moi, lui dis-je !
Moi, qui ? Me demanda une voix totalement ensommeillée.
Moi, Mélanie ! Mélanie Markowitz ! Je ne sais pas
pourquoi cest mon nom de jeune fille qui me vint le premier à
lesprit.
Mélanie, à cette heure-ci ! Je ne mattendais
vraiment pas à ça ! A moins, bien sûr, que je ne
rêve !
Non, cest moi Mélanie et sans attendre quil
réponde, je lui déballais toute mon histoire, depuis le
message jusquà lincendie de lécole.
La réaction ne se fit pas attendre. Bouge pas, jarrive, me dit David dune voix cette fois tout à fait réveillée. Ces mots auraient dû me rassurer mais ils eurent un étrange effet sur moi, ils sajoutèrent à ma panique. Je me voyais non seulement envahie par ces messages de menaces, mais en plus ce semi-étranger allait venir chez moi et je ne me sentais pas capable de laccueillir.
« …Je passais une nuit
horrible. Tous les
muscles tendus… »
Non, ce nest pas la peine, nous en reparlerons demain si tu veux. David hésita un instant puis très gentiment me dit: Comme tu veux! Mais surtout nhésite pas, si tu as besoin de moi
Je passais une nuit horrible. Tous les muscles tendus, je restais assise dans le fauteuil du living, avec une peur au ventre comme je nen avais jamais connu. Incapable de penser. Une boule de nerfs prête à exploser.
Le lendemain, je me réveillais bizarrement dans mon lit. Javais
dû à un moment aller me coucher, pourtant je nen
avais aucun souvenir. Mon corps était totalement perclus, mais
javais étonnamment lesprit clair. Une décision
mapparaissait impérative: je devais mettre immédiatement
mes enfants à labri. Puis on verrait. Je téléphonais
à ma mère pour les lui envoyer. Nous étions à
peine à deux jours des vacances de Pâques, ils ne manqueraient
pas bien longtemps lécole.
Toi, tu me caches quelque chose, fut la première chose
que me dit ma mère! Mais non, maman! Jai simplement
beaucoup de travail et je naurais pas le temps de prendre des
congés. Alors comme tu voulais avoir les enfants, je me suis
dit que cétait loccasion ou jamais! A la fin de ma
tirade, il y eut un long silence. Maman, tu es là? Dis-je
la gorge totalement serrée. Oui, me dit-elle, je réfléchissais.
Alors cest daccord? Papa peut venir les chercher
à Genève et je viendrai les reprendre à Paris à
la fin des vacances. Nouveau silence! Oui, finit-elle par dire
comme à contrecour. Mais tu ne môteras pas de lidée
quil y a quelque chose de pas très clair dans toute cette
histoire! Mais maman, puisque je te dis
Cest
daccord, je vais en parler à ton père et je te rappelle.
Mon problème, cest quen temps normal je suis déjà une assez mauvaise menteuse mais avec ma mère je suis une vraie catastrophe. Je ne savais pas combien de temps jallais pouvoir tenir.
En arrivant au bureau, David Garrido était assis dans mon fauteuil.
Quest-ce que tu fais là? Lui demandaisje exténuée.
Je passais voir si je pouvais être utile. Non, David.
Pas tout de suite, jai besoin de réfléchir.
Pas de problème, dit-il en se levant pour sortir. Ah!
Au fait jai trouvé ça, ajouta-t-il, un peu à
la façon de linspecteur Colombo, le spécialiste
des fausses sorties.
Il me tendit un morceau de papier. Cétait la retranscription du premier message que javais reçu dans mon courrier électronique, puis qui avait disparu. Comme as-tu eu ce message, lui demandaije tout à coup inquiète. Peu importe, mais quand tu veux nous pouvons en discuter.
Ma journée se traîna en longueur. Jessayais à plusieurs reprises de joindre David, mais cest sur sa messagerie téléphonique que je tombais. Jétais épuisée. Le soir je rentrais comme un zombie.
A neuf heures jétais au lit, grelottant de froid. Vers onze heures, un coup de fil me réveilla, cétait David. Désolé de te réveiller en pleine nuit, mais je crois que jai du nouveau. Puis sans me laisser le temps de poser une question il me demanda: Quand est-ce que ton père arrive?