UNSPECIAL No 618– Mai -May 2003

ÉDITORIAL
 
A Memorial
Un mémorial

INTERVIEWS – SARS

Le SARS: il faut être vigilant!
A Hanoï, on a oublié que c’est le printemps! 
In Hanoi we forget that it is spring!

SPECIAL SARS

Le Vietnam, premier pays a être parvenu a contrôler l’épidémie du SARS 
WHO extends its SARS travel advice
Microbes, micro-organismes, bactéries, virus et compagnie  
Hopes rise over fight against SARS
How Vietnam beat the bug
Cumulative Number of Reported Probable Cases of Severe Acute Respiratory Syndrome (SARS) 
Preliminary findings of the WHO Shanghai team  

TECH NEWS

Le capital de la connaissance 

Letter

Bravo!

ROSES & CACTUS

PERSONNEL

UN Award 21
UN Federal Credit Union opens liaison office in Nairobi, Kenya  
UNFCU Fact Sheet
Regards sur le Léman
Meditations
Getting Happy with the Rewards King

GLOBE

Problems of ownership for african cultural heritage
Promenade équatoriale
Moscow: Changing face,Unchanging soul
Lutter ensemble contre la pauvreté  
HIV/AIDS: Break the Silence

SERIAL

Mélanie Mercier, née Markowitz 
(French)

(English)



 

 

Mélanie Mercier, née Markowitz

Jean Michel Jakobowicz, ONU

Le second message (3)

Mélanie Mercier née Markowitz, chef économiste adjoint dans le département des projections de l’Organisation, est la cible d’étranges messages qui menacent ses enfants, Isabelle 8 ans et Benjamin 10 ans.

(Vous pouvez retrouver les deux premiers épisodes de Mélanie sur le site Internet de UNSpecial: http://www.uns-pecial.org ).

Le second message arriva au moment où je m’y attendais le moins.

J’allais chercher Isabelle et Benjamin chez leur nounou. Mon bus était coincé dans un embouteillage, quand mon portable se mit à sonner. C’est une chose assez rare puisque mis à part ma secrétaire Denise et Léa la nounou, personne d’autre n’a mon numéro. Le temps que je trouve mon appareil et l’horripilante sonnerie s’était tue. Il s’agissait d’un message SMS étrangement elliptique: «Enfants danger incendie école ! ami4231@hotmail.com

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Il me fallut plusieurs secondes pour comprendre le sens des mots que je lisais. Quand enfin mon cerveau réussit à mettre le tout bout à bout, mes mains agirent sans mon intervention. Elles appuyèrent spasmodiquement sur le bouton d’ouverture des portes. Et comme rien ne se passait, mes jambes me précipitèrent vers l’avant du véhicule. Dans ma panique, je bousculai un jeune homme vêtu d’un blouson noir, qui bougonna avant de se replonger dans son journal. — Ouvrez, balbutiai-je à la conductrice. Ouvrez, c’est une question de vie ou de mort. La femme me regarda d’un air étonné. Je devais avoir une telle tête qu’elle m’a immédiatement ouvert la porte sans rien demander.

Je me mis à courir comme une folle. D’instinct, je me dirigeai vers l’école des enfants. Elle devait bien se trouver à dix minutes de marche. Ma panique était telle qu’il ne me fallut pas plus de cinq minutes pour y parvenir.

A deux cents mètres de l’école, sur la route de Malagnou, je vis quatre voitures de pompiers stationnées sur le trottoir. Un frisson glacé me traversa le corps. Je me mis à courir comme une dératée. Qu’était-il arrivé à mes enfants ?

Devant l’école, la première personne que je vis fut le directeur, M. Schmid. Je me précipitai sur lui et avec difficulté j’essayai de lui demander où étaient Benjamin et Isabelle. J’étais tellement essoufflée que je ne parvins même pas à articuler un mot.

Rassurez-vous, ce n’est rien de grave, me dit M. Schmid! Juste un début d’incendie dans les combles. D’après les pompiers, il s’agit d’un court circuit. Heureusement les enfants étaient partis depuis pas mal de temps. Sans rien ajouter de plus, il me tourna le dos pour aller discuter avec le capitaine des pompiers qui remplissait une liasse de papiers.

Je tremblais de tous mes membres. L’effort je suppose, mais aussi la peur. J’avais l’impression d’être totalement vidée.

Quand elle me vit arriver, la nounou me regarda avec inquiétude.
— Ça ne va pas, me demanda-t-elle ?
— Si, enfin, je ne sais pas. Avec cette historie d’incendie, je suis toute retournée !
— Quel incendie? Me demanda ma fille Isabelle.

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— Celui de l’école. Vous n’êtes pas au courant ? Répondis-je.
— Chouette, dit Benjamin ! L’école a brûlé, demain on a congé. Puis voyant mon air passablement outré, il ajouta comme pour sauver la face: y’a eu beaucoup de morts ?
— Non, rien de grave ! Juste un début d’incendie dans les combles.
— Alors pourquoi es-tu si pâle? demanda Isabelle.
— J’ai eu peur pour vous !

Avant de se coucher, mes deux poussins vinrent se pelotonner tout contre moi. De les sentir si chauds, si fragiles contre mon corps me donnait des angoisses. J’avais peur pour eux. Une peur viscérale, qui frôlait la panique. Quand ils furent au lit, je me mis à pleurer comme rarement depuis bien longtemps.

Trop c’est trop. Je n’arrivais pas à faire face à tout ce qui se passait ces derniers jours. Les messages, les incendies, les menaces qui pesaient sur mes gosses. Et ce côté terriblement angoissant d’être seule pour affronter tout ça.

Je ne savais plus quoi faire. Appeler Jérôme, mon ex-mari pour l’entendre me dire qu’il allait tout prendre en main. Appeler la police? Ma mère? Un collègue? Mon collègue David?

Après tout, pourquoi pas David, mon collègue informaticien avec qui je déjeunais chaque jour? Il me connaissait suffisamment pour me prendre au sérieux.

Sans même regarder l’heure, je composai son numéro.
— Allô ! C’est moi, lui dis-je !
— Moi, qui ? Me demanda une voix totalement ensommeillée.
— Moi, Mélanie ! Mélanie Markowitz ! Je ne sais pas pourquoi c’est mon nom de jeune fille qui me vint le premier à l’esprit.
— Mélanie, à cette heure-ci ! Je ne m’attendais vraiment pas à ça ! A moins, bien sûr, que je ne rêve !
— Non, c’est moi Mélanie et sans attendre qu’il réponde, je lui déballais toute mon histoire, depuis le message jusqu’à l’incendie de l’école.

La réaction ne se fit pas attendre. — Bouge pas, j’arrive, me dit David d’une voix cette fois tout à fait réveillée. Ces mots auraient dû me rassurer mais ils eurent un étrange effet sur moi, ils s’ajoutèrent à ma panique. Je me voyais non seulement envahie par ces messages de menaces, mais en plus ce semi-étranger allait venir chez moi et… je ne me sentais pas capable de l’accueillir.

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— Non, ce n’est pas la peine, nous en reparlerons demain si tu veux. David hésita un instant puis très gentiment me dit: — Comme tu veux! Mais surtout n’hésite pas, si tu as besoin de moi…

Je passais une nuit horrible. Tous les muscles tendus, je restais assise dans le fauteuil du living, avec une peur au ventre comme je n’en avais jamais connu. Incapable de penser. Une boule de nerfs prête à exploser.

Le lendemain, je me réveillais bizarrement dans mon lit. J’avais dû à un moment aller me coucher, pourtant je n’en avais aucun souvenir. Mon corps était totalement perclus, mais j’avais étonnamment l’esprit clair. Une décision m’apparaissait impérative: je devais mettre immédiatement mes enfants à l’abri. Puis on verrait. Je téléphonais à ma mère pour les lui envoyer. Nous étions à peine à deux jours des vacances de Pâques, ils ne manqueraient pas bien longtemps l’école.
— Toi, tu me caches quelque chose, fut la première chose que me dit ma mère! — Mais non, maman! J’ai simplement beaucoup de travail et je n’aurais pas le temps de prendre des congés. Alors comme tu voulais avoir les enfants, je me suis dit que c’était l’occasion ou jamais! A la fin de ma tirade, il y eut un long silence. — Maman, tu es là? Dis-je la gorge totalement serrée. — Oui, me dit-elle, je réfléchissais. — Alors c’est d’accord? Papa peut venir les chercher à Genève et je viendrai les reprendre à Paris à la fin des vacances. Nouveau silence! — Oui, finit-elle par dire comme à contrecœur. Mais tu ne m’ôteras pas de l’idée qu’il y a quelque chose de pas très clair dans toute cette histoire! — Mais maman, puisque je te dis… — C’est d’accord, je vais en parler à ton père et je te rappelle.

Mon problème, c’est qu’en temps normal je suis déjà une assez mauvaise menteuse mais avec ma mère je suis une vraie catastrophe. Je ne savais pas combien de temps j’allais pouvoir tenir.

En arrivant au bureau, David Garrido était assis dans mon fauteuil. — Qu’est-ce que tu fais là?  Lui demandaisje exténuée.
— Je passais voir si je pouvais être utile. — Non, David. Pas tout de suite, j’ai besoin de réfléchir. — Pas de problème, dit-il en se levant pour sortir. — Ah! Au fait j’ai trouvé ça, ajouta-t-il, un peu à la façon de l’inspecteur Colombo, le spécialiste des fausses sorties.

Il me tendit un morceau de papier. C’était la retranscription du premier message que j’avais reçu dans mon courrier électronique, puis qui avait disparu. — Comme as-tu eu ce message, lui demandaije tout à coup inquiète. — Peu importe, mais quand tu veux nous pouvons en discuter.

Ma journée se traîna en longueur. J’essayais à plusieurs reprises de joindre David, mais c’est sur sa messagerie téléphonique que je tombais. J’étais épuisée. Le soir je rentrais comme un zombie.

A neuf heures j’étais au lit, grelottant de froid. Vers onze heures, un coup de fil me réveilla, c’était David. — Désolé de te réveiller en pleine nuit, mais je crois que j’ai du nouveau. Puis sans me laisser le temps de poser une question il me demanda: — Quand est-ce que ton père arrive?