Le SARS: il faut être vigilant !
Interview du Dr. Isabelle Nuttall, médecin,
membre de l’équipe chargée de la lutte contre
l’épidémie de
pneumonie atypique (SARS)
Comment est apparu le virus du SARS ?
On nest pas sûr de la façon dont il est apparu. Une
des hypothèses est que le virus provienne dun animal et
quil ait été ensuite transmis à lhomme.
Mais de toute façon, cela na pas un intérêt
fondamental. Ce qui nous intéresse cest de savoir ce vers
quoi évolue le virus, et en particulier comment il se transmet.
On a pu comparé lépidémie
de SARS à la grippe espagnole ?
Cela na rien
à voir, dans la mesure où la grippe espagnole se propageait
par une contamination aérienne. Il suffisait tout simplement
dêtre dans la même pièce quune personne
malade. Dans le cas du SARS et jusquà preuve du contraire,
le mode de contamination principal est un contact direct de proche en
proche avec des personnes malades. Doù les principaux groupes
à risques que sont le personnel soignant et les familles des
malades. Un autre mode de contamination marginal existe à Hong
Kong, lié vraisemblablement au système des égouts.
Quest-ce que le cas de référence
?
Cest la première personne qui est à
la source de lensemble de la contamination. On a ainsi pu remonter
jusquà la source de lépidémie.
Et les «super contaminateurs»
?
Ce sont des malades qui auraient contaminé un grand
nombre dautres person- nes. Pendant quelques semaines, on a pu
croire que cétait dû à la nature même
du malade ou bien encore à des facteurs environnementaux. En
fait, il apparaî- trait quil sagit beaucoup plus de
malades qui nont pas été isolés suffisamment
tôt et donc qui ont eu le temps dinfecter un grand nombre
de leurs proches. Les recherches se poursuivent néanmoins pour
avoir plus dinformations sur ces cas particuliers.
De nombreuses sources mettent en cause les
autorités chinoises pour leur absence de réactions ou
le manque de transparence face à lépidémie
?
Il est vrai que les autorités chinoises nont
pas réagi assez vite. Elles lont reconnu et se sont engagées
à collaborer avec lOMS. Dans la province de Guangdong (Sud
de la Chine), les cas sont bien notifiés et toutes les mesures
de contrôle de lépidémie sont en place. Il
nen est pas de même dans les autres provinces de Chine intérieure
et les efforts des semaines à venir devront viser à faire
changer cette situation.
Est-ce que lOMS a imaginé différents
scénarios sur lévolution de la maladie ?
Effectivement, lun des scénarios consiste à dire
que la maladie va disparaître assez rapidement avec un bon isolement
des malades infectés. Un autre scénario, plus inquiétant,
serait lié à lexistence de porteurs asymptomatiques,
cest-à-dire des personnes qui ne présentent pas
de symptômes, mais qui malgré tout transmettent la maladie;
là, le danger de voir la maladie se développer serait
beaucoup plus grand. Pour linstant, nous ne pouvons pas tirer
de conclusions.
Les malades qui guérissent le sont
définitivement ?
96% des malades guérissent.
Ils vont bien et rentrent à la maison, mais nous navons
pas encore assez de recul pour savoir sils sont définitivement
tirés daffaire. Apparemment, la réponse est oui.
Les gens sont malades pendant deux à trois semaines, puis ils
récupèrent. Mais ils continuent à être régulièrement
suivis.
Est-ce que ces malades guéris développent
des anticorps ?
Oui ! Et dailleurs il existe des tests
pour les retrouver. Un test à dix jours et un test à vingt
jours.
Quest-ce qui va se passer à
partir de maintenant ?
Tout dabord, nous savons maintenant
quel est le virus qui est à lorigine de cette maladie:
il sagit dun virus de la famille des coronavirus.
Et létape suivante ?
A partir de là, les scientifiques vont pouvoir développer
un test qui va pouvoir permettre de faire le diagnostic de la pneumopathie
à un stade précoce. Par rapport au traitement, ce que
nous pouvons espérer, cest que dans les jours qui viennent
nous puissions établir un protocole un peu plus standardisé
pour le groupe à risques, cest-à-dire pour les 4%
de cas qui ont une issue fatale. Pour linstant, de nombreux essais
ont été faits à partir de corticoïde, de ribavirine,
dimmunorégulateurs de type interféron. Tous ces
traitements vont être examinés de façon très
scientifique pour développer des protocoles plus efficaces qui
pourront profiter à des cliniciens dans le monde entier
Est-ce que certains de ces traitements ont
déjà «sauvé» des malades ?
Jusquà présent, nous navons pas pu démontrer
que lun ou lautre de ces traitements ait eu une efficacité
particulière. Mais cest assez difficile de conclure dans
la mesure où nous avons parfois une évolution positive,
parfois fatale, et nous ne savons pas ce qui se serait passé
si
Il faut surtout ne pas oublier que nous manquons de recul.
Cette maladie nexistait pas il y a quelques semaines de cela !
Nous assistons à du jamais vu.
Est-ce quun virus comme celui du SARS
peut disparaître du jour au lendemain ?
Oui, il peut
séteindre. Cela est déjà arrivé dans
le passé.
Faut-il acheter des masques et des gants
?
Non, sauf si vous êtes en contact direct et proche
avec des malades.
Lors de lAssemblée mondiale
de la santé du 19 au 28 mai 2003 vaut-il mieux prendre des vacances,
puisquun énorme groupe à risques va être rassemblé
au Palais des Nations ?
Non! Les personnes qui vont venir
sont maintenant parfaitement informées sur lépidémie
de pneumopathie atypique et si elles présentaient le moindre
symptôme évoquant la maladie (fièvre, toux, gêne
respiratoire), elles seraient immédiatement isolées.
Est-ce que lon peut imaginer que des
réunions qui accueillent des délégués venant
de pays à forte contamination soient annulées ?
Pour linstant non. Il sagit beaucoup plus de prendre des
mesures de screening au départ que de prendre des mesures
discriminatoires à larrivée. Le risque demeure pourtant
que des personnes prennent lavion en nétant pas malades
et quelles développent la maladie une fois arrivées
à destination. Ce quil faudrait, cest demander à
toute personne venant dun de ces pays qui présenterait
des signes cliniques de sisoler immédiatement.
Le rôle de lOMS dans la lutte
contre cette maladie a été exceptionnel ?
Effectivement.
Cest la première fois que cela se produisait. La réaction
ultra rapide et concertée de lOMS est certainement liée
à la révision du règlement sanitaire international.
Jusquà présent, les pays devaient systématiquement
déclarer uniquement les cas de fièvre jaune, de peste
et de choléra. Avec le nouveau règlement, ils seront encouragés
à déclarer tout événement qui pourrait avoir
un effet sur la santé au niveau international. Dans le cas de
lépidémie de pneumopathie, lOMS a lancé
une alerte globale, afin que tous les pays puissent détecter
de façon précoce les cas et les isoler. LOMS a aussi
mis en place un réseau de cliniciens du monde entier qui travaillent
à une meilleure identification clinique et un réseau dépidémiologistes
qui étudient la transmission de la maladie et un réseau
de laboratoires.
Tout a été mis en ouvre en
très peu de jours ?
Oui, mais le système avait
été préparé depuis longtemps. Ainsi, le
réseau global dalerte qui existe depuis quelque temps,
prévoit que tous les cas soient rapportés à lOMS.
Ainsi, nous sommes au courant de toutes les maladies à potentiel
épidémique telles que la méningite, le choléra
ou Ebola par exemple, dans le monde entier. Nos informations viennent
des autorités locales, mais aussi de la presse. Nous avons un
système de screening des médias du monde entier
qui permet de regrouper toutes les rumeurs existantes au niveau de lOMS
Genève. Ensuite, nous demandons immédiatement aux autorités
sanitaires des pays de vérifier ces rumeurs.
Etes-vous optimiste quant à lévolution
de lépidémie de SARS ?
Vigilant ! Le
gros point dinterrogation actuel, cest la Chine. Tout va
dépendre de ce qui va se développer en Chine.