| UNSPECIAL
No 617 Avril -April 2003
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A moving moment INTERVIEW In the UN everything takes time SPECIAL PAIX PEACE SPECIAL Dear colleagues and
friends PERSONNEL 3 Percent Staff Pay
Hike Voted ROSES & CACTUS GLOBE De la gastronomie
au prêt à manger (French/Chinese) ANNONCE LETTRES TECH NEWS Vers une normalisation de lidentification HUMOUR SERIAL Mélanie Mercier
née Markowitz (French) LAST MINUTE
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Mélanie Mercier née MarkowitzJean Michel Jakobowicz, ONU
Jai passé une nuit horrible. Pas moyen de dormir ! Dans ma tête défilaient tous les « coupables » potentiels, depuis Hubert de la Seine, mon chef : trop bête mais suffisamment vicieux. Le concierge qui me regarde depuis des années avec concupiscence : trop vieux et trop Suisse Allemand pour un truc aussi tordu. Mon ex ? Trop non ce nest pas possible. Je finie par soupçonner le monde entier, y compris la CIA et le deuxième bureau.
Vers 3 heures du matin, une nouvelle question vint télescoper la précédente. Comment lexpéditeur du message avait-il pu savoir que javais oublié de fermer le gaz sans être entré chez moi ? Cétait impossible, à moins quil nait caché des caméras dans mon appartement. A 4 heures du matin je me suis levée pour essayer de trouver ces fameuses caméras. Jai fait comme James Bond, jai regardé partout, derrière les tableaux, sous les meubles, même dans le four à micro-ondes et dans le congélateur. Rien ! Rien ! Rien ! Sinon Mélanie Mercier née Markowitz en T-shit à quatre pattes sur le carrelage. Quest-ce que javais lair bête ! Inutile de vous dire quà six heures du matin quand le réveil a sonné jétais une vraie loque. En plus, rien ne marchait comme je le voulais. Isabelle, ma fille, avait mal à loreille, le lait a débordé et comble dangoisse, le sèche cheveux a fait sauter les plombs. Alors quand mon fils Benjamin a crié pour la cinquième fois : «Maman, je ne trouve pas mes chaussettes !» Jai explosé. Cétait la goutte deau qui fait déborder le vase. En hurlant comme jamais, je lui ai passé un savon mémorable. Les enfants ont pris un profil bas. Benjamin a été habillé
en moins de temps quil ne faut pour le dire. Quant à Isabelle,
son mal doreille a miraculeusement disparu. Avec prudence, elle
sest approchée de moi pour me faire un câlin. Au bureau, jai réussi à éviter Denise ma secrétaire. Je navais vraiment pas envie découter ses jérémiades. Cest la meilleure secrétaire du monde, mais elle ne peut pas sempêcher de se plaindre. Per- sonne ni rien ne trouve grâce à ses yeux, ni les gens, ni le temps, ni la vie, rien.
Mon bureau sentait le renfermé. Jai donc ouvert la fenêtre. Puis je me suis assise. Face à mon écran, jai hésité quel- ques minutes avant dallumer mon ordinateur. Je nétais pas rassurée à lidée davoir à affronter un nouveau message de cet Ami4231. Heureusement, il ny avait rien de bien spécial dans mon courrier. Seul un message de mon chef, me demandait de lui faire parvenir au plus tôt le rapport dAlexander, lun des huit économistes qui travaillent pour moi à la préparation du rapport économique annuel de lOrganisation. Pendant plus dune heure, jai essayé de relire le châpitre sur les investissements quAlexander Radronovi avait écrit, mais cétait tellement nul que jen aurais pleuré. Cest facile lorsque ce quil écrit est com- préhensible, je peux être certaine quil la copié quelque part, bien sûr sans citer ses sources. Et quand jai le malheur de lui faire une réflexion il prend ses airs insup- portables de grand seigneur offensé en massénant toujours la même phrase : Dans mon institut, je dirigeais une équipe de plus de cinquante chercheurs ! Et toc pour la « petite chef adjointe » que je suis. A midi, je suis allée manger comme cha- que jour avec deux collègues, David Garrido et Julia Thornbird. David est informaticien et Julia est traductrice. Les deux seules personnes avec qui je mentends vraiment bien. Mais ce jour-là, je navais vraiment pas envie découter leurs histoires. Tu nas pas lair dans ton assiette, me dit Julia ! Non, cest, rien, je nai pas bien dormi ! Ouh là là, dit David Garrido, tu es cer- taine que ce nest quune question de som- meil ? Ce ne serait pas plutôt un manque damour ? Parce que si cétait le cas, David est là. Et quand David est là, tout sen va! Je ne pus mempêcher de sourire : Non, je tassure, jai un problème de sommeil. Demain ça ira mieux ! Pendant tout le repas, jhésitais à leur raconter mon aventure. Mais je ne sais pas pourquoi je ny parvins pas. Peut-être parce que je les soupçonnais vaguement davoir concocté ce canular. Cétait bien le genre de chose que David aurait pu faire ! non, à la réflexion, il me blague souvent, mais jamais il naurait osé De tout laprès midi, je nai pratiquement rien fait. Je ne parvenais pas à me concentrer. Plus je réfléchissais et plus je maperce- vais avec horreur que je navais personne en qui je puisse avoir vraiment confiance.
Parler à la police ? Je voyais dici un de ces machos goguenards me répondant « Mais ma petite dame, ce message vous a évité un incendie, vous devriez plutôt en remercier son expéditeur ». Il me prendrait sûre- ment pour une folle ! Quant à ma mère je crois que je préférais encore affronter cet ami42312@hotmail.com, plutôt que de lui raconter un seul mot de cette histoire. Jentendais déjà ses hurlements hysté- rique. « Ma pauvre fille je te lavais bien dis. Tu naurais jamais dû te séparer de Jérome. Sans lui, tu es à la merci de nim- porte quel psychopathe sadique. Mais quest-ce que jai fait au Bon Dieu pour mériter ça ?» Non, ce nétait pas la bonne solution ! Il fallait que je me calme et que je réfléchisse posément. Tout dabord relire le message pour voir sil ne contenait pas un indice qui maurait échappé. Je respirais trois fois profondément puis je consultais à nouveau ma boite aux lettres électronique. Après cinq bonnes minutes de recherche, il fallut bien que je me rende à lévidence, le message avait disparu. Je crois que cette découverte ma tout dabord inquiété, puis dune certaine façon, réconfortée. Peut-être, navais-je en fait jamais reçu ce message. Peut-être était-il le produit de mon inconscient. Je me sen- tais comme soulagée. Cest le cœur presque léger que je terminais la correction du chapitre sur les investissements que jenvoyais à mon chef, Hubert de la Seine. Pour le plaisir, jajoutais quelques mots pour expliquer que ce chapitre qui mis à part les deux premières lignes et les quatre dernières avaient été copié dans un rapport du FMI, ne méritait pas dêtre publié. Mais je connaissais déjà la réponse dHubert: « Si le FMI la trouvé bon, cest bien assez bon pour nous, alors maquillez ma chère, maquillez ! » Cest lesprit presque en paix que jallais chercher mes enfants. Et comme une fois de plus le frigo était vide, malgré mes principes, nous finîmes la soirée au Mc Do. Je mendormis brutalement comme une innocente que jétais, sans me douter que la machine infernale avait repris sa lente marche en avant. à suivre
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