UNSpecial N° 616 — Mars – March 2003
 

50e anniversaire du Service des visites guidées à l’ONU, New York

Les regrets: connais pas!

Interview with Ulla Wick-Wintolla,
Service des visites de l’UNOG

Qui était invité à ce 50e anniversaire du service des visites de New York? Essentiellement, les anciens guides. Nous étions à peu près 420 pour la cérémonie. Mais il y avait aussi le banc et l’arrière banc des Nations Unies, avec M. Kofi Annan et M. Shashi Tharoor, l’actuel chef du département de l’information.

Ce service a donc été créé en 1952, mais vous quand y étiez-vous? En 1969, et j’y suis restée cinq ans: deux ans comme guide puis comme superviseur.

Comment êtes-vous entrée à l’ONU? A l’époque, j’allais à l’université de Pennsylvanie et je prenais chaque semaine le bus pour aller au musée à Manhattan. Un jour, j’ai vu le bâtiment des Nations Unies et je me suis dit que ce serait pas mal d’y travailler. J’ai pris mon courage à deux mains et j’y suis entrée. Au garde, j’ai dit que j’aimerais travailler à l’ONU et il m’a envoyée au ser- vice des visites, dans les sous-sols. Une per- sonne m’a posé un certain nombre de ques- tions. A la fin de cette entrevue, je suis rentrée en Pennsylvanie sans grand espoir. Après un certain temps et à ma plus grande surprise, j’ai reçu une lettre qui m’apprenait que j’étais acceptée pour une formation de trois semaines. Après cette période, j’ai passé un examen que j’ai réussi. Il y avait ensuite trois mois d’essai, puis deux années de contrat.

Combien étiez-vous? A l’époque il y avait 60 guides par classe, sur 2 ans soit 120 guides.

Quelle langue utilisiez-vous? Anglais, finnois, allemand, suédois.

Vous faisiez beaucoup de tours? Tous les jours, 4 ou 5 tours. Le tour durait 45 minutes / 1heure. On faisait l’Assemblée Générale, le Conseil de Sécurité, le Conseil économique et social et bien d’autres salles encore.

Ensuite vous y êtes restée comme superviseur? Exactement. Ce travail consistait à organiser les tours de façon à ce qu’il y ait toujours des guides disponibles dans les langues vou- lues. À l’époque, tout se faisait à la main, mais on y arrivait. Il y avait un côté plus «militaire» qui m’obligeait à vérifier la tenue des guides, voir si tous les boutons de leur uniforme étaient bien fermés, les cheveux attachés et les chaussures noires ou bleues. Aujourd’hui, ça parait ridicule, mais à l’époque c’était essentiel. Les guides qui étaient en retard, même de quelques minu- tes, étaient pénalisées. Elles devaient faire la dernière visite du soir!

Vous étiez payé comme à Genève à l’heure? Non. Nous étions fixe terme, fonctionnaires et bien payés à l’époque.

Cela vous a-t-il plu? Énormément. C’était dynamique. Chaque matin, nous avions le « briefing » des der- nières nouvelles que nous devions incorporer dans la visite. Il fallait vraiment être à jour, dire les nouvelles et connaître les dernières résolutions.

Quelques anecdotes? Il y en avait sans cesse. Une fois par exem- ple lors d’une des visites, une dame me demande si je voulais participer à une émission de télévision. Il s’agissait de « To tell the truth ». C’était une sorte de jeu ou trois personnalités célèbres devaient reconnaître parmi trois inconnues laquelle était miss Finlande. Il y avait la vraie miss Finlande, une danoise et moi-même. Deux des person- nalités ont reconnu la vraie miss Finlande, un des candidats a cru que c’était moi.

Est-ce que les visiteurs tombaient parfois sous votre charme? Ça arrivait très souvent. À l’époque je recevais de nombreuses lettres d’amour. J’en ai reçu de toutes sortes de personnes, y com- pris des écoliers. Il y avait aussi des visiteurs qui m’attendaient à la sortie. Une fois même un jeune homme du fin fonds de l’Utah avec un grand chapeau et des bottes de cow-boy a attendu plusieurs heures que je finisse mon service. Puis il m’a fait une coure assidue pendant plusieurs jours. Ses parents m’ont même téléphoné pour m’inviter à venir visi- ter leur ferme. Et puis un jour j’ai rencontré l’âme sur, qui a été attiré par mon accent finlandais… C’est comme ça que je me suis retrouvée en Suisse.

A l’occasion de ce 50 ème anniversaire avez-vous retrouvé d’anciennes collègues? Oui, au moins 25! C’était vraiment très drôle. Nous avions toutes « rajeunies ». cer- taines avaient fait des carrières. D’autres s’étaient mariées et avaient fondé une famille. C’était assez touchant de retrouver tous ces gens!

Etait-ce la première fois que vous retourniez à New York? Oui.

Et vous avez regretté votre vie à New York? Dans un sens un peu! Mais les regrets, ce n’est pas dans mon caractère. J’ai fait ma vie à Genève et c’est comme ça. En plus, il faut bien admettre que la qualité de vie ici est mille fois meilleure qu’à New York. Mais c’est vrai aussi qu’à l’époque j’avais 33 ans de moins!

Interview par Jean Michel Jakobowicz.