UNSpecial No 609– Juillet-aout - July-August 2002
 

La Caisse des pensions à Genève

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Interview by Jean Michel Jakobowicz

Quelle est l’histoire de la Caisse des Pensions à Genève ? 
Le bureau de Genève de la Caisse des Pensions a été créé le 13 mai 1975. Au travers du temps, ses responsabilités se sont graduellement accrues et en 1990, une étude de consultants a recommandé d’en développer activement le rôle. Ainsi, Genève est responsable actuellement de 15 des 18 organisations affiliées comme l’OMS, le BIT, l’IAEA, l’IMO, l’UNIDO, l’UNESCO… Et de 9 grands bureaux des Nations Unies tels que l’ESCWA, L’ECA, l’UNEP… La proximité géographique, la maîtrise de plusieurs langues européennes, la meilleure connaissance des dispositifs administratifs nationaux et des conditions de vie de la région pour les retraités, facilitent l’administration des dossiers et permettent effectivement de mieux assister les participants en postes et les retraités résidant dans notre région. L’objectif est de donner à Genève la responsabilité de l’Europe, de l’Afrique et du Moyen-Orient. Nous gérons maintenant quelque 40% des participants, 32 000 personnes sur un total de 80 000. Quant aux retraités s’adressant à notre bureau, ils représentent environ 13 000 personnes sur les 48 000 prestations mensuelles versées par la caisse. L’objectif est de couvrir depuis ici l’ensemble des organisations et bureaux des Nations Unies ayant leur siège en Europe, Afrique et Moyen Orient et de servir et assister les retraités résidant dans ces mêmes régions. Sur cette base, nous aurions la responsabilité d’administrer près de 50 % des participants de la Caisse et de mettre en place leur prestation.

Combien de personnes êtes – vous dans le service ? 
Nous sommes actuellement 21 avec deux sections: Celle des Participations, Prestations et Cotisations avec 13 personnes, Celle des Finances et Systèmes informatiques avec 6 personnes, une assistante administrative et moimême.

Que signifie administrer ?
Notre rôle est d’accompagner chaque employé des organisations internationales, dès l’instant où il entre dans la Caisse des Pensions jusqu’au moment où il va quitter son emploi: c’est l’entrée dans la Caisse, la validation, la restauration, l’explication des implications et des options devant divers actes administratifs, comme par exemple un congé sans solde, une interruption d’emploi. C’est aussi de fournir des estimations des droits au moment du départ, le préparant au mieux à effectuer ses choix devant un système de pensions qui, tout en étant de qualité, demeure inévitablement complexe du fait de son besoin de couvrir des situations très diverses, tant pour ce qui est du lieu de l’emploi du participant, que celui qu’il choisira comme résidence pour sa retraite. Notre rôle de conseil sur les différentes options, sur les avantages et les inconvénients de ces options en fonction de ce que l’individu nous indique est grand et a de larges implications. Il y a un partage avec le futur retraité qui nous confie une partie de sa vie, ses attentes, ses craintes, ses espoirs, en quelque sorte une certaine intimité s’établit et bien plus qu’une tâche professionnelle, c’est une relation humaine souvent forte qui se crée. Il nous explique sa vie, nous le conseillons afin qu’il émette ses choix, qui conditionneront largement sa vie future et nouvelle de retraité. Sur la base de ses choix, nous avons donc la responsabilité de déterminer son droit et celui de le payer. Payer son droit, c’est soit lui verser la première mensualité de sa pension et de l’inclure dans le «pay- roll», mensuel de la Caisse, de verser, s’il la choisi, sa somme en capital, soit d’effectuer un versement de départ au titre de la liquidation des droits.

Lors de la décision de partir, quel choix faire, «somme en capital» ou pas ? 
Pour effectuer ce choix, divers éléments sont à prendre en compte. Il y a des éléments techniques, qui sont de notre ressort et que nous partageons avec le bénéficiaire. Mais durant notre dialogue avec lui, nous soulignons également l’importance des éléments personnels et, s’il le souhaite, ce qui est fréquemment le cas, nous considérons ensemble tous ces divers aspects afin de définir ce qui constituerait le meilleur choix dans son cas personnel. 
Dans les éléments techniques, deux sont prédominants:
D’une part, il faut savoir que toute personne résidant en Europe – à l’exclusion du cas bien connu de l’Autriche – devra payer un impôt sur le revenu sur la base de sa pension mensuelle. En conséquence, sa charge fiscale sera singulièrement réduite s’il diminue sa pension mensuelle d’un tiers en prenant la somme en capital. Ceci est un élément financier positif. En fait, la même situation se rencontre également dans la majorité des autres pays en dehors de l’Europe.

- D’autre part, la prise de la somme en capital ne réduit pas le montant de la pension de survivant (e) qui demeure égal à 50% de la pension totale – avant somme en capital – Ceci constitue une protection pour la famille.

Si notre client exprime l’intention de prendre une somme en capital – soit le maximum de 1/3, soit une somme plus faible – nous lui suggérons alors, sur la base du montant restant de sa pension mensuelle, de se demander si, selon ses besoins, son train de vie, ses habitudes… il pense que cette pension sera adéquate, en fait s’il pense qu’il pourra faire face à ses besoins réguliers. Nous le sollicitons sur sa façon de dépenser, de gérer l’argent. Dans un tel choix, le nombre d’années de contributions entre en jeu: si la personne a beaucoup d’années de service, elle pourra plus certainement prendre une somme en capital, la pension mensuelle restante étant alors assez importante. Nous éveillons notre interlocuteur à ce que va être dorénavant sa vie, la nécessité de planifier en fonction de son revenu – pour beaucoup d’entre nous essentiellement constitué de la pension versée par notre Caisse. Certains se posent la question de savoir si la somme en capital constitue un bon choix financier, considérant que s’ils vivent plus longtemps que l’espérance vie moyenne des participants et bénéficiaires de la Caisse, soit environ 83 ans – espérance de vie entrant dans la détermination de la somme en capital – ce choix n’est financièrement pas favorable à terme. A cette considération, je répondrai que, par delà les aspects financiers, le fait d’avoir la vie, pensant à tous ceux de nos collègues décédés très tôt après le départ à la retraite, constitue en soi un bien plus grand avantage et que les considérations financières deviennent alors bien dérisoire. La solidarité devant la vie est une considération qui, je l’espère, demeurera toujours une valeur prioritaire.

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Et alors, la «filière dollar» ou la «filière locale»? 
La filière dollar, c’est la stabilité dans cette monnaie et l’indexation de la pension sur la base du mouvement de l’indice des prix à la consommation des Etats Unis. C’est un système excellent pour tous ceux qui résident dans un pays où le dollar à une importance prédominante ou qui ont des dépenses régulières en dollars. Nous pouvons bien sûr verser la pension filière dollar dans une autre monnaie. Dans ce cas, nous utiliserons le taux comptable des Nations Unies du mois précédant chaque trimestre et votre pension variera tous les trois mois, vers le haut ou vers le bas, suivant donc l’évolution du marché des changes. Pour un retraité vivant, par exemple en Suisse ou dans un pays européen, où la majorité de ses dépenses sont en monnaie locale – francs suisses ou euros – ces fluctuations peuvent être dérangeantes, voire difficiles à vivre si le taux trimestriel chute de façon importante. Là intervient alors la filière locale. L’option de la filière locale, c’est la stabilité de la pension dans la monnaie du pays de résidence et l’indexation sur la base du mouvement de l’indice des prix à la consommation de ce pays. C’est un système qui offre la sécurité et la tranquillité d’esprit. Vous connaissez d’avance le montant de votre pension du mois suivant, dans la monnaie dans laquelle vous allez la dépenser. La détermination de la filière locale s’effectue sur la base du taux de change moyen des 36 derniers mois précédant votre retraite. Il est un fait que, selon la valeur de cette moyenne au moment du départ et du taux trimestriel, il peut être préférable de commencer votre retraite sous la filière dollar puis, lorsque le taux trimestriel chuterait en dessous de votre taux moyen, de basculer à la filière locale. Nous vous conseillerons, tant au moment du départ que lorsque vous envisageriez d’opter pour la filière locale.

A quels problèmes êtes-vous confrontés avec les fonctionnaires et les retraités ? 
La plupart des fonctionnaires ont une méconnaissance des mécanismes de la caisse, de ses options, ce qui nécessite, et de façon accrue à l’approche du départ, des discussions, des conseils. Nous nous assurons que ceux-ci soient fournis par des fonctionnaires de la Caisse aux compétences professionnelles larges et avec un sens du contact humain très développé. C’est pourquoi ces tâches sont confiées aux chefs de sections et à leurs autres administrateurs.

Cela est-il dû à la complexité du système ?
Oui aussi, car c’est un système qui doit fonctionner de façon équitable partout dans le monde et cela ne peut pas être simple. Les retraités résident dans des pays à monnaies différentes, avec un pouvoir d’achat différent, et des cultures différentes. Il y a donc une complexité additionnelle inhérente au raisonnement de chacun et à la nature du client. Notre rôle est de nous mettre à la portée de ces personnes et, ce qui est important, de ne pas vendre un article tout fait «Caisse des Nations Unies» mais d’être à l’écoute afin de bien percevoir leurs nuances, leurs provenances, leurs destinations, leurs environnements, et de proposer l’approche qui nous semble la meilleure pour elles et non pas un cliché tout prèt «filière dollar» ou «filière locale», voire même pension viagère au lieu d’un versement pour solde de tout compte plus attractif dans certaines circonstances.

Pour un retraité, qu’elles difficultés se présentent ? 
Tout d’abord, c’est le choix du lieu de résidence puis le choix de la filière dollar ou locale. Ce deuxième aspect est un peu facilité maintenant avec l’euro, offrant 12 pays entre lesquels les retraités peuvent avoir une mobilité et la facilité d’une même monnaie. De plus les taux d’inflation tendent à converger, et le pouvoir d’achat à s’harmoniser. Ensuite, certains se demandent ce qu’ils vont faire avec leur somme en capital. Dans ce domaine le conseil est délicat, notre rôle est avant tout de mettre en garde contre les risques d’investissement à taux de rendement extraordinaires. Nous invitons à limiter les risques; «gérez en bon père de famille». N’oubliez jamais qu'il s’agit de votre pension, gagnée au travers de nombreuses années et censée vous servir toute la vie durant.

Et par rapport aux impôts ?

Comme nous l’indiquions lors du choix de la somme en capital, quasiment tous les pays ont un système fiscal taxant la pension mensuelle. Toute matière fiscale est délicate et complexe et ce domaine n’est pas de notre responsabilité ni compétence. Toutefois nous partageons volontiers les informations vérifiées qui nous parviennent. Par exemple, en France, en Suisse, la pension mensuelle est sujette à l’impôt sur le revenu mais la somme en capital ne l’est pas. Seul les fruits de l’investissement de cette somme le sont. Chacun doit en fait s’assurer des règles fiscales applicables dans le pays de résidence de son choix.

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La pension est – elle la même dans tous les pays européens ? 
 Oui, sous la filière dollar, quel que soit le lieu où l’on prend sa retraite, la pension est la même en dollar. Le bénéficiaire choisissant, soit de recevoir des dollars et de les convertir lui même au taux du marché, soit de nous demander d’effectuer la conversion, dans ce cas au taux trimestriel des Nations Unies. Sous la filière locale, dont nous avons déjà parlé plus haut, et qui a été créé pour donner le même pouvoir d’achat quel que soit le lieu de résidence, il se peut effectivement que la pension soit plus forte d’un pays à l’autre. En effet lorsque le pays de résidence a un coût de la vie plus élevé que celui de la base du système, c’est-à- dire New York, la pension sous la filière locale bénéficie d’un différentiel de coût de la vie. Mais il n’y a actuellement que 2 pays remplissant ces conditions ; le Japon et Hong Kong. En conclusion la pension est actuellement la même dans tous les pays d’Europe. Notez qu’il n’y a jamais d’ajustement négatif de la pension dollar si le coût de la vie de votre pays de résidence devait être plus faible que celui à New York.

A quand l’évaluation sur internet ?

Dans 15 jours, mi-juillet 2002. L’objectif est me mettre à disposition sur le site de la Caisse: www.unjspf.org un système d’estimation permettant, en entrant certains paramètres personnels, de connaître ses options et le montant de la pension pour une date de départ au choix.