UNSpecial No 609– Juillet-aout - July-August 2002
 

Hommage de M. Kamel Morjane, Haut Commissaire Assistant pour les Réfugiés

In memoriam de Jamel Ben Yahmed

Lu le jeudi 13 juin 2002 par Madame Heuzé pendant la cérémonie de recueillement

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Chers Amis, Les obligations professionnelles m’empêchent d’être avec vous à Genève pour rendre un dernier hommage à un collègue, un compatriote, un ami, un frère. Jamel Ben Yahmed était un peu tout cela pour plusieurs d’entre nous.

C’est d’ailleurs la seule et unique raison qui me permet, avec l’aimable complicité de Marie Heuzé, de vous faire parvenir en ces circonstances douloureuses un modeste témoignage d’amitié à la mémoire de Jamel.

Ma pensée est avec vous et surtout avec ses enfants et son frère Taoufik qui est présent à cette cérémonie que j’imagine simple et grave à la fois, à l’image de notre cher disparu. Même si nous ressentons tous la même peine pour cette perte injuste et imprévue, permettez-moi de leur dire, ainsi qu’à toute la famille, notre sympathie attristée et notre solidarité sincère dans la terrible épreuve qui leur est imposée et que nous partageons pleinement.

Jamel est parti pour un monde qu’on dit meilleur, comme à son habitude, discret et silencieux en se moquant presque de ce monde où il nous a laissés, un monde qui ne l’a pas épargné et qu’il savait cruel et injuste.

Je le vois de l’autre côté du chemin scrutant notre profond désarroi et lançant un regard critique et amusé à tous les détails de nos actes.

C’est ainsi qu’il était: sérieux et détaché à la fois. Il avait sa conscience et ne s’occupait que rarement de celle des autres. Cette dernière importe peu en fait, du moment que la nôtre ne transige pas; Jamel était intransigeant avec les autres et avec lui-même.

Il était gentil, ouvert et tolérant, j’allais dire comme tout Tunisien, mais rigoureux et précis comme tout intellectuel formé à l’école de Descartes. C’est pour cela que ses positions et ses analyses avaient souvent un brin de pessimisme imposé par le doute méthodique qui l’habitait et qu’Aldo Moro appelait le pessimisme de l’intelligence.

Toutes ces qualités lui ont permis de se hisser très haut dans la profession qu’il a choisie dure et exigeante, mais aussi et surtout dans le respect, l’estime et l’affection que lui portaient tous ceux qui ont eu la chance de le connaître et de le fréquenter.

Il me donnait toujours l’impression d’appartenir à cette catégorie d’Hommes pour qui le boulot est important mais ne représente pas tout.

Il avait des valeurs, il était curieux de nature et s’intéressait à plein d’autres choses de la vie. Savait-il qu’il allait la quitter très tôt? On ne le saura évidemment jamais, mais quelle importance! Allah a voulu ce qu’il a voulu et “Allah n’est pas obligé” comme dirait un grand auteur africain.

Il nous manque cruellement, même si on croit en Dieu et au destin tracé que nul et personne ne peut changer. Jamel, malgré sa disparition, restera vivant dans nos cours et nos pensées.

Puisse son âme reposer en paix et puisse le Tout-Puissant l’accueillir dans son infinie miséricorde et donner à ses proches, et surtout à ses enfants jeunes et fragiles, réconfort, force et courage dans cette terrible épreuve.

Je vous remercie.