UNSpecial No 609– Juillet-aout - July-August 2002
 

Il n’y a pas de mauvais élèves…

Stéphane MICHAUD

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Une seule pédagogie, aussi bonne soit-elle, ne peut correspondre à tout le monde. Il y a donc à différencier les approches pédagogiques en fonction des besoins de l’enfant. Il faut, pour cela, considérer chacun comme un individu unique. A partir de là, parents et enseignants établissent ensemble le cadre éducatif qui est le plus approprié aux besoins de l’enfant. Dans le jargon des enseignants, cela se nomme la différenciation pédagogique.

Pour poser le cadre adéquat, il est bien entendu nécessaire de connaître l’enfant au-delà de ses capacités d’élève. C’est pour cette raison que la vie sociale au sein de l’école doit être très développée. Il est important de faire en sorte que chacun trouve sa place dans le groupe, qu’il se sente respecté dans sa différence, qu’il se sente appartenir à une communauté qui a ses propres projets, qu’il ait envie de participer à la vie de classe et qu’il fasse confiance aux autres. Si l’enfant se sent bien dans son école, s’il a envie d’y venir, s’il met du sens à ce qu’on y fait, alors on peut commencer à travailler la dimension scolaire de belle manière.

Tous les enfants sont capables de réussir leur scolarité primaire. Il n’existe pas de mauvais élèves, il n’y a que des mauvais enseignants. L’enfant qui comprend pour quelles raisons on lui demande de fournir tel effort intellectuel, manuel ou physique, l’enfant qui comprend que cela lui rendra service dans sa vie de tous les jours (A quoi sert la lecture, l’écriture, le calcul ?), cet enfant-là sera alors partie prenante dans les apprentissages et les problèmes annexes comme la discipline s’amoindriront en conséquence. Pour cela, il est nécessaire – toujours en amont du travail scolaire – de discuter, d’argumenter, de considérer les enfants comme des individus à part entière et de leur offrir les meilleures conditions possibles pour développer leur sens critique.

L’école doit être un terrain de découvertes, d’ouverture au monde. L’idée est d’ouvrir des portes aussi variées que l’éveil aux langues, la géométrie, l’environnement, les arts plastiques, la philosophie. Et de susciter chez l’enfant l’envie d’aller explorer tous ces domaines ainsi que d’y trouver du plaisir. Chacun sait quelque chose que son voisin ne sait pas. En classe, les savoir-faire individuels doit être valorisés et partagés par le groupe pour que, progressivement, chacun se rende compte qu’il a quelque chose à donner et à recevoir. Loin d’être redoutées, les erreurs sont exploitées car elles constituent la source de réflexions, d’argumentations, d’expériences qui mènent finalement à des compétences plus solides car mieux intégrées.

En évitant de donner des réponses toute faites l’enseignant aide l’enfant à construire son autonomie. En l’accompagnant dans sa démarche, il lui montre qu’il le considère comme un chercheur capable, face à une situation nouvelle, de tâtonner, de formuler des hypothèses, de les vérifier et de théoriser ce qui a été découvert. L’enseignant encourage l’enfant, l’aide à ne pas se décourager, le stimule en lui donnant quelques clés mais reste le plus discret possible dans le processus de conscientisation des apprentissages.

L’auteur est à Ecole active de Malagnou, Depuis trente ans, l’école active fait partie du paysage socio-éducatif genevois. Elle offre ainsi une proposition d’éducation dans laquelle les enfants ne font pas ce qu’ils veulent mais veulent ce qu’ils font.