UNSpecial N° 608 — Juin – June 2002
 

Le coup de gueule de Rachel

Rachel El Haloui-Deléglise

Sortie, des pays de merveilles, il se trouve que j’avais envie de pousser un coup de gueule. Pour les non-francophones, qui ont la gentillesse de bien vouloir faire l’effort de lire cet article, voici la définition de «coup de gueule»: éclat de voix.

Voilà, tous les ans l’OMS puis le BIT envahissent nos parkings. Il est fort à parier que dans leurs magnifiques bâtiments, leurs locaux ne soient bien plus exigus que les nôtres. Il ne faut pas perdre de vue, même si cela nous est souvent inconfortable, que le Palais des Nations est le plus grand centre de conférences du monde.

Donc, nos chers envahisseurs prennent place au début des beaux jours. Le premier jour, nos mines réjouies ne peuvent quasiment pas dissimuler cette excitation qui nous empare de revoir nos collègues «annuels». Mais vers midi, l’harmonie se rompt, et nos mines

deviennent déconfites car nous n’avons plus de places pour manger dans nos restaurants favoris. Alors, nous nous mettons au régime, après tout avant l’été ce n’est pas si mal... Quelques kilos en moins! Chouette, la bonne affaire.

Malheureusement le lendemain, l’invité tant attendu, que nous souhaitions recevoir avec tout le prestige qu’il se doit et lui offrir généreusement la chambre d’ami, s’installe dans votre lit. Ainsi, de ce plaisir de recevoir vos lointains collègues, nous passons au dépit de ne plus pouvoir nous garer devant notre propre maison. Il n’est même pas possible d’amadouer notre propre sécurité qui donne raison à cet «ennemi de parking autorisé» (sic). Après 30 minutes de recherche, nous finissons pas nous garer, mal, mais nous garer quand même. Je souhaiterais au passage rendre hommage à la patience des agents de la sécurité de l’ONU (...). Nous souffrons tous de cette situation, surtout quand on s’aperçoit que les parkings attribués à nos collègues ne sont pas toujours tous occupés. Néanmoins, cela étant dit, il n’y a aucune raison pour que l’on se gare sur les pelouses.

Saviez-vous que nous avons, à l’Office des Nations Unies à Genève, cinq charmants garçons qui s’évertuent au prix d’efforts considérables à faire en sorte que le parc du Palais demeure ce merveilleux écrin de verdure. Nos jardiniers* se prénomment: Arnaud, Dario, Emmanuel, Eric et Pierre et mettent tous leurs cours et leur temps à flatter nos yeux et nos sens, communiant ainsi avec une Dame nature souvent capricieuse. Il est de notre devoir de respecter et la nature et leur travail trop sou- vent méconnu ou oublié.

J’ajouterai que nos collègues de l’OMS et du BIT ne sont là que pour faire leur travail! Ils sont les bienvenus car ils sont aussi chez eux. Et c’est là mon coup de gueule: je voudrais HURLER ma colère envers tous les fonctionnaires qui font fi du travail des jardiniers, des moutons et de la nature; ceux qui n’ont pas conscience du bonheur qu’ils ont de travailler dans un milieu aussi extraordinaire, au point qu’ils sont prêts à détruire les jardins de l’ONU pour arriver quelques minutes plus vite au bureau. Croyez-moi, soyez cool, si vous dites à votre chef que vous avez dix minutes de retard parce que vous n’avez pas trouvé de place, il vous croira car lui-même aura tourné comme une hélice avant de se garer, à moins qu’il se soit garé sur la pelouse!

*Nos jardiniers sont assistés de deux Olivier, Patrick, Sérafin etc. d’une entreprise externe qui ne ménagent pas non plus leur peine.