Le coup de gueule de Rachel
Rachel El Haloui-Deléglise
Sortie, des pays de merveilles,
il se trouve que javais envie de pousser un coup de gueule. Pour
les non-francophones, qui ont la gentillesse de bien vouloir faire leffort
de lire cet article, voici la définition de «coup de gueule»:
éclat de voix.
Voilà, tous les ans lOMS puis le BIT envahissent nos parkings. Il est fort à parier que dans leurs magnifiques bâtiments, leurs locaux ne soient bien plus exigus que les nôtres. Il ne faut pas perdre de vue, même si cela nous est souvent inconfortable, que le Palais des Nations est le plus grand centre de conférences du monde.
Donc, nos chers envahisseurs prennent place au début des beaux jours. Le premier jour, nos mines réjouies ne peuvent quasiment pas dissimuler cette excitation qui nous empare de revoir nos collègues «annuels». Mais vers midi, lharmonie se rompt, et nos mines
deviennent déconfites car nous navons plus de places pour manger dans nos restaurants favoris. Alors, nous nous mettons au régime, après tout avant lété ce nest pas si mal... Quelques kilos en moins! Chouette, la bonne affaire.
Malheureusement le lendemain, linvité tant attendu, que nous souhaitions recevoir avec tout le prestige quil se doit et lui offrir généreusement la chambre dami, sinstalle dans votre lit. Ainsi, de ce plaisir de recevoir vos lointains collègues, nous passons au dépit de ne plus pouvoir nous garer devant notre propre maison. Il nest même pas possible damadouer notre propre sécurité qui donne raison à cet «ennemi de parking autorisé» (sic). Après 30 minutes de recherche, nous finissons pas nous garer, mal, mais nous garer quand même. Je souhaiterais au passage rendre hommage à la patience des agents de la sécurité de lONU (...). Nous souffrons tous de cette situation, surtout quand on saperçoit que les parkings attribués à nos collègues ne sont pas toujours tous occupés. Néanmoins, cela étant dit, il ny a aucune raison pour que lon se gare sur les pelouses.
Saviez-vous que nous avons, à lOffice des Nations Unies à Genève, cinq charmants garçons qui sévertuent au prix defforts considérables à faire en sorte que le parc du Palais demeure ce merveilleux écrin de verdure. Nos jardiniers* se prénomment: Arnaud, Dario, Emmanuel, Eric et Pierre et mettent tous leurs cours et leur temps à flatter nos yeux et nos sens, communiant ainsi avec une Dame nature souvent capricieuse. Il est de notre devoir de respecter et la nature et leur travail trop sou- vent méconnu ou oublié.
Jajouterai que nos collègues de lOMS et du BIT ne sont là que pour faire leur travail! Ils sont les bienvenus car ils sont aussi chez eux. Et cest là mon coup de gueule: je voudrais HURLER ma colère envers tous les fonctionnaires qui font fi du travail des jardiniers, des moutons et de la nature; ceux qui nont pas conscience du bonheur quils ont de travailler dans un milieu aussi extraordinaire, au point quils sont prêts à détruire les jardins de lONU pour arriver quelques minutes plus vite au bureau. Croyez-moi, soyez cool, si vous dites à votre chef que vous avez dix minutes de retard parce que vous navez pas trouvé de place, il vous croira car lui-même aura tourné comme une hélice avant de se garer, à moins quil se soit garé sur la pelouse!
*Nos jardiniers sont assistés de deux Olivier, Patrick, Sérafin etc. dune entreprise externe qui ne ménagent pas non plus leur peine.