UNSpecial N° 608 — Juin – June 2002
 
English
Maria Dweggah, WHO

Cette année, la journée internationale du travail s’est déroulée – encore une fois – sous la pluie. Mais celle-ci n’a pas réussi à décourager les milliers de gens qui ont défilé pour protester contre les politiques locales et mondiales d’exclusion qui portent atteinte à leur vie et à leur dignité.

Le thème pour cette année était: «Unissons-nous contre les exclusions». Il répond à toute une série de préoccupations diverses, parmi lesquelles les droits de la personne, l’écologie, la mondialisation, la pauvreté, l’environnement, l’injustice sociale, les droits des chômeurs, les sans-papiers, les contrats précaires… Une fois encore, dans un élan de solidarité, les fonctionnaires internationaux de la place – OMS, UIT, OIM, OMM, BIT, OMPI, CERN, ONU, ICC se sont joints aux travailleurs de Genève pour manifester ensemble.

Salika Wenger, membre du Parti du Travail suisse et fondatrice du syndicat EQUITE, et invitée d’honneur de l’association du personnel de l’OMS, a prononcé un discours dans lequel elle a rappelé au public présent que «les problèmes des temporaires nous touchent tous et que les soi-disant «Fixed- term» ne sont pas à l’abri des iniquités et des abus, car eux aussi, sont des temporaires». Compte tenu de la tendance actuelle vers des emplois de moins en moins «fixe», elle a invité les «Fixed- term» à plus de solidarité.

Suite aux buffets offerts par les associations du personnel de l‘OMS et l’UIT, les fonctionnaires se sont rassemblés au Parc des Nations pour la marche vers le centre ville.

Discours de S. Wenger

«EQUITE» s’est constitué au début du mois d’octobre 2001 à la demande d’un groupe d’hommes et femmes de l’UIT, du BIT, de l’OMS et de l’ONU. D’une dizaine de personnes, nous sommes rapidement passés à plus d’une centaine et il n’est pas un jour sans que des personnes prennent contact avec nous pour nous connaître et nous rejoindre. L’une de nos particularités est que nous sommes un syndicat indépendant des organisations internationales car nous dépendons de la législation suisse, ce qui nous permet de garantir à nos adhérents une stricte confidentialité des données les concernant d’une part, et une totale liberté à l’égard des hiérarchies et directions d’autre part. Nous sommes donc un syndicat autonome qui défend les droits des travailleurs temporaires des Organisations internationales. »

«Comme vous le savez sans doute, les apparences peuvent être trompeuses et les mêmes organisations qui défendent les droits humains, qui parlent du travail décent ou du droit à la santé, pratiquent une politique du personnel digne du 19e siècle: travail sur appel, prestations sociales aléatoires, reconduction en chaîne de contrats qui peuvent être d’une demi-journée, discrimination du genre, de nationalité et j’en passe. Les conséquences de cette politique de l’emploi sont le harcèlement et le mobbing induits par la toute puissance des chefs de services qui, en l’absence d’une véritable réglementation contraignante, se com- portent comme des petits barons avec tout l’arbitraire que cela comporte.»

« J’imagine qu’il y a parmi vous des fonctionnaires permanents ou « Fixed- term » qui pensent que tout ce que je raconte maintenant ne les concerne pas… J’aimerais beaucoup que ce soit le cas. Malheureusement, la politique menée par les directions va dans le sens de la suppression des permanents au profit de fonctionnaires travaillant avec des contrats à durée déterminée et dans ce cas peu importe la durée de ces contrats. Ils ont une fin.»

«Je veux donc dire à tous ceux qui se croient hors d’atteinte que se mobiliser et se solidariser avec les travailleurs temporaires maintenant, c’est aussi défendre son emploi de demain.»

«Alors qu’aujourd’hui nombre de législations du travail dans le monde réaffirment que la norme est le travail à durée indéterminée et l’exception le travail temporaire, les organisations internationales continuent d’engager des temporaires pour des tâches permanentes en arguant que c’est moins cher et plus flexible… Difficile d’être plus clairs et cyniques.»

«C’est pourquoi EQUITE s’est donné pour tâche de mettre fin à ces pratiques avec comme première revendication l’égalité de traitement entre toutes les catégories de salariés des organisations internationales:

«En ce jour de 1er mai 2002, il n’est pas inutile de rappeler à tous la définition du travail décent donnée par le Directeur général du BIT: « Un travail qui répond aux aspirations élémentaires des individus, non seulement en matière de revenu mais aussi en matière de sécurité pour eux et leur famille, et ce, sans discrimination ni harcèlement d’aucune sorte et en garantissant une égalité de traitement entre hommes et femmes.»

 

English translation

The first of May is an ideal moment to present a new union. Our is called EQUITE and its aim is to defend the legitimate rights of those who are the most poorly treated in the international organizations – the temporary staff.

EQUITE was created in October 2001 at the request of a group of men and women at the ITU, the ILO, WHO and the UN. From a dozen people we have grown to more than one hundred and not a day goes past when someone does not call us to learn about and join our movement.

What makes us different is that we are a union that is independent of the international organizations. We come under Swiss law which allows us to guarantee to our members strict confidentiality of information and total freedom in relation to management and hierarchy. EQUITE is an autonomous union which defends the rights of temporary staff in international organizations.

Another thing that makes us different is that our claims are not the fruit of the deliberations of technocrats cut off from the job market but rather the deliberations of those actually concerned ie the staff themselves.

As you know, appearances can be misleading and those same organizations which defend human rights, which promote decent working conditions or the right to health, practise a personnel policy worthy of the 19 th century: work on call, haphazard social benefits, repetitive renewal of false temporary contracts – sometimes of half a day, gender and nationality discrimination and many other abuses. The consequences of such an employment policy are harassment and mobbing induced by all-powerful managers who, in the absence of properly applied rules, behave like minor despots with all the arbitrariness that this implies.

I imagine that some of you, fixed term international civil servants, may think that this does not concern you and I would very much like this to be the case. Unfortunately, policy today is going in the direction of fewer and fewer permanent contracts and more and more contracts of limited duration and in this situation, it matters little if you are on a so-called fixed term contract. It has an end.

I urge all those who believe that they are not themselves in danger to show solidarity and to join with those on temporary contracts. It is a way of defending your employment tomorrow.

While today, much employment legislation in various countries is making contracts of unlimited duration, rather than temporary contracts, the norm, the international organizations continue to recruit people on a temporary basis to perform tasks which are permanent, arguing that this is cheaper and more flexible. It would be hard to be clearer and more cynical than this.

Which is why EQUITE has as its aim the ending of these practices and as its first demand: equal pay for work of equal value for all categories of salaried staff in the international organizations. This means:

On this day, the first of May 2002, it is still useful to remind ourselves of the definition of decent work as provided by the Director General of the ILO. “Work which responds to the elementary aspirations of individuals, not only in terms of salary but also in terms of security for themselves and their families, and this without discrimination nor harassment of any kind and in guaranteeing equal treatment between men and women.”