LOIM au XXe siècle


M. Brunson McKinley a été éluDirecteur
général de lOIM en juin 1998 et a pris ses fonctions le 1er
octobre de la même année. Depuis lors, M. McKinley sest efforcé
de renforcer la capacité de lOIM à servir les migrants et
les gouvernements.
M. McKinley est venu à lOIM après une
carrière diplomatique au service des Etats-Unis qui la conduit en
Italie, en Chine, au Viet-Nam, au Royaume-Uni et en Allemagne. Il a été
le premier ambassadeur américain de lère post-Duvalier en
Haïti. Dès 1990, il sest spécialisé dans les questions
dasile et de migration et sest impliqué dans de nombreuses
initiatives dimportance majeure au nom du Gouvernement américain.
De 1995 à 1998, il a été Coordonnateur humanitaire des Etats-Unis
pour la Bosnie.
M. Brunson McKinley est né en 1943. Il a étudié
les langues classiques aux Universités de Chicago et dHarvard. Il
parle anglais, français et allemand et a étudié lespagnol,
litalien, le chinois et le vietnamien. Il est marié et père
de deux grands enfants, un fils et une fille.
Le cap du 11 millionième
migrant assisté par lOIM a été franchi en 2000.
Après avoir mené des opérations dans le monde entier pendant
un demi-siècle, lOIM est devenue la principale organisation internationale
ouvrant au côté des migrants et des gouvernements à la recherche
de solutions humaines aux problèmes de migration. Fondée en 1951
avec un statut dorganisation intergouvernementale ayant pour mission dassurer
la réinstallation des réfugiés, des migrants et autres personnes
déplacées dEurope, lOIM a acquis aujourdhui une
autre dimension, reflétant le large éventail dactivités
quelle effectue dans le monde entier pour gérer les flux migratoires.
(Extraits du site Internet de lOIM, adresse:)
UN Special: Monsieur le Directeur Général,
pourriez-vous ajouter pour les lecteurs de UN Special, quelques mots sur les buts
de votre organisation ?
M. Brunson
McKinley:
Notre Organisation est en plein développement.
Dans ce contexte de période post guerre froide, les questions sont posées
en termes de migrations et développement. Leur corollaire est la problématique
des droits humanitaires des migrants, des questions socio-économiques ainsi
que la libéralisation dans le contexte de la globalisation. Nous avons
certes toujours un rôle très important à jouer dans les situations
durgences, de guerres, et envers les réfugiés. Cependant nos
efforts sorientent de plus en plus sur laspect économique des
problèmes des migrants et leurs solutions, en tenant des intérêts
des différents gouvernements concernés et des migrants eux-mêmes.
Quen
est-il des moyens dont vous disposez ?
Nous sommes une
organisation en voie dexpansion, elle est constituée de 91 Etats
membres, et dune quarantaine dEtats observateurs. LOIM compte
approximativement 3000 collaborateurs en son sein, dont un nombre restreint à
Genève (une centaine). Il y a aussi ce grand projet dindemnisation
des travailleurs forcés de lère nazie (une autre centaine
de fonctionnaires). La grande majorité de nos collaborateurs est sur le
terrain, cest à dire dans nos différents bureaux (au nombre
de 158), étant donné que cela change de jour en jour. Nous travaillons
essentiellement «sur commande», sur des projets et des programmes.
Ces projets sont axés sur les intérêts et les nécessités
des migrants et des gouvernements, Nous sommes de plus en plus universels et polyvalents,
parce que les besoins des migrants et gouvernements sont en pleine croissance
et évolution.
Que pensez-vous des dialogues
migratoires régionaux de lOIM, plus particulièrement pour
la Méditerranée occidentale ?
Les
dialogues migratoires régionaux constituent un volet important de notre
activité. LOIM a aidé et facilité lorganisation
de dialogues régionaux entre les gouvernements concernés dans diverses
parties du monde (Amérique Centrale, Asie du Sud-Est, Afrique Australe.).
A ce sujet, nous avons un début prometteur pour la Méditerranée
Occidentale: au mois doctobre de cette année à Tunis, nous
aide- rons la Tunisie à organiser une conférence ministérielle
(les 5 + 5: les 5 pays du Maghreb et les 5 pays de la rive Nord de la Méditerranée.
Ces 10 pays sont reliés entre eux par tout un réseau de flux migratoires
avec leurs aspects positifs et leurs problèmes.
Quel
est le rôle de lOIM dans létablissement de normes internationales
en matière de migration ?
Historiquement, lOIM
nest pas une organisation normative, cest à dire que nous ne
sommes pas fondés comme le HCR sur une convention qui a un statut légal
international. Notre action est surtout basée sur des programmes et des
services aux migrants et gouvernements. Cependant, maintenant nous faisons face
à de plus en plus dévénements. Dans un passé
récent, les migrations étaient plus ou moins couvertes par la Convention
pour les réfugiés ou celle relative aux travailleurs migrants, mais
de nos jours la situation a changé, la majorité des migrations ont
des causes économiques. Cette nouvelle situation met en évidence
des lacunes importantes concernant les droits des migrants. Lun de nos rôles
est justement de pallier cette insuffisance et daider à trouver des
solutions justes et équilibrées.
Comment
voyez-vous les relations inter-agences dans le cadre daction de lOIM
?
Les relations inter-agences sont bonnes, nous travaillons
avec le BIT, lOMC, lOMS, le HCR. Actuellement lOIM et lOMC
essaient délargir le champ de leur collaboration concernant les personnes
qui migrent au sein des organisations et sociétés internationales
dans le cadre de leur travail ou à titre personnel. Cest un domaine
très vaste.
Selon vous, quels sont les
changements survenus dans le dialogue sur la migration après les événements
du 11 septembre 2001 ?
Il y a un certain durcissement que
je crois provisoire. Le mouvement des personnes est plus strictement réglé,
cela crée un climat tendu ou les gens nenvisagent pas de la même
façon la migration, mais pour moi, cest une période assez
provisoire. Jespère que tout rentrera dans lordre très
bientôt.
Pouvez-vous nous dire quelques mots sur le programme de LOIM relatif aux compensations pour les travailleurs forcés victimes du nazisme ? LAllemagne a décidé le 12 août 2000 la création de la Fondation «Mémoire, responsabilité et avenir». (Les fonds de cette Fondation allemande, qui sélèvent à un total de 10 milliards de marks, seront versés à parts égales par le Gouvernement allemand et par un certain nombre dentreprises allemandes. Cette fondation est chargée de dédommager financièrement les personnes qui ont été réduites en esclavage et soumises au travail forcé, ainsi quà certaines autres victimes de linjustice nationale socialiste (nazie).
Extraits
du site Internet de «Indeminisation du travail forcé» à
ladresse: http://www.compensation-for-forced-labour.org/)
Les Polonais, tchèques et autres européens, des personnes âgées,
étaient faciles à contacter puisquils étaient toujours
dans leurs pays respectifs en Europe. Les autres travailleurs forcés sont
des personnes qui ont migré. LOIM a été approchée
afin de retrouver et dinformer ces personnes et leur donner la possibilité
de réclamer, de soumettre leurs demandes dindemnisation et sils
sont qualifiés, dêtre indemnisés. Cest ce travail
que nous fai- sons. Ce qui est intéressant à noter, cest que
la plupart du temps ces mêmes personnes ont déjà été
en relation avec nos services il y a 50 ans. A cette période, cétait
de gens déplacés en Europe des suites de la seconde guerre mondiale.
Ils cherchaient un nouveau foyer parfois sur dautres continents et des pays
lointains comme le Brésil, lAustralie, le Canada, etc.
Quel
est le rôle de lOIM dans les situations de crises (lAfghanistan,
lAfrique, le Moyen Orient et lAmérique
latine) ?
Dans les situations de crise, lOIM fait son devoir,
cest-à-dire faire face aux besoins et intérêts souvent
spécifiques et différents pour chaque crise. Cependant, les points
communs sont doffrir des refuges aux personnes déplacées qui
essaient déchapper aux dangers qui les guettent durant cette période
difficile pour eux. Après la fin de la crise et le retour au calme, habituellement
ces personnes décident de rentrer chez elles. Nous intervenons également
à ce moment-là afin de les assister à retrouver leurs foyers.
Et puis il y a toute la gamme de programmes post-conflictuels: la démobilisation
des combattants, assistance aux communautés afin de diminuer limpact
de la guerre, rétablissement de laccès aux services essentiels
à la vie en société tels que leau, les écoles,
les hôpitaux...
Comment voyez-vous le
futur de lOIM ?
Je crois que lOIM aura un grand
rôle à jouer, car la migration est déjà un phénomène
important dans le monde. De plus en plus de pays commencent à légiférer
afin de mettre en place des systèmes de régulation relatifs aux
migrations. LAllemagne prépare actuellement une nouvelle législation
concernant limmigration de travailleurs. Ce sera peut-être un modèle
pour beaucoup dautres pays. Je crois que la migration sera un élément
important durant les prochaines décennies.
Et
enfin, quelle serait votre conclusion ?
Je dirais que les migrations
ont été importantes dans le passé et le seront davantage
dans le futur. Dans cette perspective, je pense et jespère que les
Etats, gouvernements, institutions intergouvernementales concernés seront
à la hauteur de ce défi, quils sauront le gérer efficacement
et humainement dans lintérêt de tous.
Interview par M. Kamel Ait-Ahmed.