UNSPECIAL No 607– Mai - May 2002
 

L’@robase

Sérgio da Silva, ONU/SSE

UNS-60756-01.jpg 224x220

@Si on nous demande quel est l’élément commun entre un escargot, une oreille et un bâton de cannelle, on risque bien de se perdre en conjectures avant d’en trouver la réponse. Et pourtant, elle est bien simple, puisqu’il s’agit de noms utilisés dans différents pays pour désigner le signe @. Les traces du signe @ nous font remonter jusqu’au Moyen-Âge où il aurait été utilisé par les moines copistes comme raccourci entre les mots des manuscrits de l’époque, par mesure d’économie. Ce signe représenterait l’abréviation de la préposition latine «ad» qui veut dire: à, chez, vers. On le retrouvera ensuite au XIIème siècle dans les comptes des marchands florentins pour symboliser une unité de mesure: l’amphore, qui fut aussi utilisée par les Vénitiens.

A partir du XVIIème siècle, on aurait commencé à utiliser @ dans les documents officiels des Cours d’Europe pour désigner «à l’intention de…».

Au XIXème siècle son usage se répand aux Etats-Unis par des commerçants, qui annotaient le prix des marchandises sur des bouts de papier ou des ardoises, tel que: «2 chairs @ $20». La généralisation de son usage fait que l’on retrouve ce symbole sur des claviers les machines à écrire telles que l’Underwood vers 1895.

Fin 1971, l’ingénieur américain Ray Tomlinson envoie le premier message électronique de l’histoire depuis son ordinateur, à un autre connecté au réseau Arpanet, précurseur d’Internet. Ce réseau permettait la connexion d’une vingtaine d’ordinateurs dans des universités et des centres de recherches aux Etats-Unis, une quinzaine de lieux et quelques centaines d’utilisateurs. Il décide alors d’utiliser le symbole @ pour séparer le nom du destinataire de celui qui identifie l’ordinateur où se trouve la boîte de réception du message:
tomlinson@bbn-tenexa Ci-dessus, la première adresse électronique, le courrier électronique venait de naître!

On peut bien imaginer que les vitesses de transmission de ces messages par des modems était bien loin des 56kbit/s qui sont la norme de base actuelle et qui étaient environ 200 fois moins rapides.

Vers le milieu des années 80, les informaticiens et les étudiants ont propulsé le courrier électronique vers le futur et, finalement dans les années 90, les navigateurs Internet ont mis la messagerie électronique à la portée de tous.

Selon «International Data Corporation», en 2000 il y avait 505 millions d’adresses électroniques et en 2005 il devrait il y en avoir quelque 1,2 milliard qui devraient échanger 36 milliards de messages par jour. Ray Tomlinson était alors loin d’imaginer, il y a 30 ans, comment l’arobase allait autant se faire connaître partout dans le monde, indépendamment de la langue, de la culture et de la signification qu’on voulait bien lui donner, pour devenir l’élément indispensable de toute adresse électronique.

Exemples de quelques noms donnés au symbole @ dans plusieurs pays du monde

Allemand Queue de singe (klammeraffe) Anglais At, at sign Arabe Dans (fi) Bulgare Petit singe Coréen Escargot (dalphaengi) Danois «a» avec une trompe d’éléphant (snabel «a») Espagnol Arroba (unité de mesure) Finnois Signe du miaou (miukumauku), queue de chat (kissanhänta) Français Arobase, «a» commercial, escargot Grec Caneton (papaki) Hébreu Shtrudel (type de pâtisserie), escargot (shablool) Néerlandais Queue de singe (apestaart) Hongrois Ver de terre (kukac) Bahasa Indonesia Le son «u» (uh) Italien Escargot (chiocciola) Japonais At mark (atto maaku) Lithuanien Le signe du courrier électronique Chinois Mandarin Petite souris Norvégien Queue de cochon (grisehale) Polonais Singe (malpa), petit chat (kotek) Portugais Arroba (unité de mesure) Roumain At (la) Russe Petit chien (sobachka), singe (obezjana) Serbe Singe Slovaque Hareng roulé (zavinac) Slovène Queue de singe (afna) Suédois «a» avec une trompe d’éléphant, bâton de/brioche à la cannelle (kanelbulle) Tchèque Hareng roulé (zavinac) Thaïe Ver de terre (ai tua yiukyiu) Turc Oreille (kulak), rose.