Politique sociale et développement
Jacques Baudot
Jéprouve un grand plaisir à présenter cet ouvrage de Jean-Michel Collette. En moins dune centaine de pages, il réussit à nous brosser un panorama clair, complet, rigoureux et très divertissant dune facette importante de lhistoire intellectuelle de lEurope occidentale. Cest lhistoire de ceux qui ont compris, dès le XVIIème siècle, quil serait intellectuellement gratifiant et politiquement utile dobserver et de mesurer les conditions de vie des gens.
La curiosité intellectuelle et lesprit
novateur quil fallait au XVIIème siècle pour mesurer
les niveaux de vie des seigneurs temporels et spirituels ainsi
que des villageois, des pauvres, des simples
soldats et des vagabonds, il les faut aujourdhui
pour comprendre et mesurer des phénomènes tels que la mondialisation
économique et financière, la concentration manifeste du
pouvoir entre les mains dune nouvelle classe internationale et les
conditions de vie des chômeurs et des laissés-pour-compte
de différentes villes du monde. Nous avons besoin de nouvelles
typologies des groupes sociaux, qui tiennent compte des différences
non seulement de revenus, mais aussi de sécurité et despoir
en un avenir meilleur. Il y a certainement un gros travail à faire
dans ces domaines et dans beaucoup dautres.
Mais les concepts fondamentaux et les données de base sont-ils
suffisamment remis en question? Y a-t-il suffisamment déchanges
entre le travail des philosophes et des sociologues et celui des statisticiens
et dautres fonctionnaires nationaux et internationaux sur la conception
et la quantification de la pauvreté, par exemple? Pourrait-on poursuivre
le travail conceptuel et statistique sur la distinction de Rowntree entre
la pauvreté matérielle et spirituelle,
distinction réaffirmée en termes de besoins
par le Sommet mondial pour le développement social, tenu à
Copenhague en mars 1995?
Les enquêteurs sociaux et réformateurs
sociaux dont il est question ici étaient émus, souvent
révoltés, par la misère rencontrée dans les
ménages quils étudiaient. Ils fournissaient des données
brutes et de très sérieuses analyses à lélite
au pouvoir et au public instruit et bienveillant pour les en informer.
Bien que Jean-Michel Collette nait pas pu, faute despace,
traiter cette question, il ne nierait probablement pas que ces écrits
aient contribué à faire adopter des mesures et à
faire progresser les sociétés
dEurope occidentale au cours de ces trois siècles. Car des
progrès énormes ont été accomplis, du moins
pour ce qui est du confort matériel. La communauté mondiale
dans son ensemble, en particulier les organisations internationales du
système des Nations Unies, a besoin aujourdhui de recevoir
les mêmes services et de subir les mêmes pressions de la part
dintellectuels et de scientifiques soucieux du bien commun. On pourrait,
là aussi, donner de nombreux exemples de ce genre defforts.
Mais ils sont terriblement insuffisants.
Jean-Michel Collette a initialement rédigé son essai dans le contexte du Séminaire de Copenhague de 1999 pour le progrès social, organisé par le Ministère danois des Affaires étrangères. Définir, mesurer et observer le progrès social et le recul social, tel était le sujet de ce séminaire. Le compte rendu paraîtra dans quelques mois. LUNRISD, de son côté, a beaucoup travaillé sur les statistiques et les indicateurs, y compris les indices globaux, surtout dans les années 70 et 80. Un institut dont la rigueur intellectuelle et limagination politique ne sont plus à démontrer pourrait utilement reprendre ce travail en en renouvelant lapproche. Les lecteurs des pages suivantes seront certainement davis que lentreprise en vaut la peine.
Extraits de la préface de louvrage.