UNSpecial N° 603 — Janvier – January 2002
 

D’où vient cette étrange matière?

F. Subiger, UNOG

Sur notre table, tous les jours, devant notre vue et dans le scintillement des lumières des villes, le verre s’illumine et laisse passer la lumière, comme pour mieux nous accompagner; mais depuis quand le verre existe-t-il?

Il faut remonter le temps de plusieurs millénaires pour trouver des témoignages; principalement des récipients, des cuves en terre cuite ou bien, de différents mélanges formés, séchés et cuits, auxquels nos lointains ancêtres ajoutaient un vernis épais qui contenait certains sables afin d’obtenir une finition lisse et brillante. En fait, cet aspect brillant tant recherché était assez compliqué à reproduire avec exactitude car on a découvert des pots de toutes les formes, des services à boire ou des mesures et bien d’autres tentatives qui montrent encore des difficultés apparentes à copier, donc à reproduire ce brillant, cet émail antique si spécial. A cette étape historique, nous ne reconnaissons pas ce qui devint, bien plus tard, le verre transparent.

Selon les plus anciens écrits encore accessibles, plusieurs textes mentionnent, et attribuent à la découverte du verre (natif), une cause accidentelle: « …des pêcheurs qui faisaient des feux près des plages de sable avaient, à certaines occasions, constaté que des pierres et des matières diverses agglomérées par le foyer, avaient produit de petits éclats brillants et dont des chercheurs de ces temps reculés devinèrent alors que certains sables pouvaient provoquer l’apparition de ces éclats brillants.»

A la lecture des copies de ces récits lointains, je me remémore une remarque d’un journaliste et écrivain, Monsieur Barbey d’Aurevilly, qui disait: «Les sciences dans lesquelles on n’est pas versé et qu’on pénètre seulement par échappées, sont les plus beaux poèmes possibles pour l’imagination des hommes.»

Ainsi, pour ne pas parler que de science, le verre et ses développements, son évolution, la maîtrise de ses fabrications au cours des siècles; tout ceci nous démontre une créativité sans cesse renouvelée. Au moyen-âge, les verres soufflés et assemblés apparaissaient. Ils présentaient encore des imperfections comme des bulles, des épaississements ou des colorations inattendues, etc.

Mais, continuons notre échappée pour redécouvrir à notre époque, parmi d’autres, une ville rendue célèbre, avec un port, transit obligé, dans laquelle de nombreux ateliers de verrerie s’installèrent vers la fin du moyen-âge.

Venise est connue pour ses gondoles,ses canaux et bien d’autres choses, mais encore et surtout pour ses verreries. En visitant un atelier (à Murano), on peut y voir un souffleur au travail. Cet artisan prendra un morceau informe de pâte grisâtre, sombre, et comme par magie, de ses gestes empressés autour de cette pâte blanchie au feu, tenue au bout de sa baguette, il fera naître un objet; souvent une petite carafe, un cheval ou un autre animal. C’est un instant inoubliable qui résume tant d’efforts et d’évolutions de cet art qu’est la verrerie; on conçoit aussi l’émerveillement des styles en regardant les créations de designers tels que Lalique ou Gallé. Les Musées de certaines verreries sont magnifiques et renferment cette âme, cette impression unique qui nous parle d’art ou qui nous suggère si sagement ce qui est beau.