UNSpecial N° 602 — Décembre – December 2001
 

Sorcières, à vos fourneaux … pour entretenir les feux de l’amour

Au pays d’Eros

Marie-Christine Priser Prost (ONU)

Aphrodite fit don aux hommes de l’amour, et de quelques moyens pour l’entretenir. Il faut manger de la viande de moineau et de pigeon, mâcher de la menthe. Les Grecs puisaient l’ivresse dans le bon vin et consommaient de l’amanite tue-mouche. Les hommes les plus réservés deviennent des amants sans complexe. Je vous conseille les fleurs d’orchidée. Orchis, fils d’un satyre et d’une nymphe, fut tué lors d’une orgie dionysiaque et ressuscita sous la forme d’une orchidée. Sa racine à deux bulbes valut à la fleur le nom d’orkhidion («petites testicules»). Les Grecs réduisaient ces bulbes en farine, imités plus tard par les Arabes. On peut aussi les confire ou les utiliser en infusion.

Au pays de l’Orient

Les Arabes ont repris la poudre d’orchidée et la mélangent à des épices et du miel pour en faire une recette pleine de douceurs. Le haschich et l’opium ouvrent les portes du désir mais on déconseille leur usage prolongé. Pour prévenir l’impuissance il faut manger des œufs, du poisson, du mouton cuit à l’anis, au cumin et au fenouil, des pistaches, des truffes, des testicules d’animaux, de la peau du sac intestinal du chameau.

Au pays des sorcières du Moyen-Age, pour donner vigueur aux hommes, la chair du nouveau-né est accommodée de pavot et la racine de mandragore, censée pousser au pied des gibets est recommandée. Les sorcières utilisent aussi des solanacées toxiques: jusquiame, belladone, stramoine. Dans les cahiers de mes aïeules, mes chères vieilles sorcières, j’ai retrouvé des recettes de végétaux contenant de la morphine pour combattre la fatigue du mâle: laitue, nénuphar, pavot. Pour assurer une belle descendance, voici quelques ingrédients à incorporer dans une salade à l’intention de votre cher et tendre: quelques grammes de mouche cantharide, du distillat de fourmi, évitez les herbes des eunuques (glaïeul, houblon, tilleul).

La Route des Epices

De Marco Polo à Colomb, de Cortez à Pierre Poivre de nouvelles recettes ont été élaborées grâce aux épices des Indes et du Mexique: poivre, cardamome, piment rendent votre époux voluptueux, ardent.

Le gingembre et le galanga (en infusion 10 g de racine séchée pour 1 l d’eau) provoquent des bouffées de chaleur et un afflux de sang. Dans certains pays, les femmes se parent d’une ceinture de racines de gingembre pour réveiller les ardeurs de leur époux. Le galanga est cultivé surtout en Chine du Sud et en Thaïlande où il parfume curry et soupes.

Le girofle, boutons d’un arbre répandu aux Moluques, à la Réunion, à Madagascar et aux Antilles stimulent les circuits nerveux et les perceptions sensorielles à boire en infusion: 1 cuillère à café de clous dans une tasse d’eau bouillante, pendant 5 minutes ou encore mieux mélangé à d’autres épices dans du vin chaud.

La moutarde, en Inde elle est le symbole de la fécondité. Ses graines réduites en poudre, mélangées à de l’eau, du vinaigre et d’autres aromates (fenouil, estragon, poivre vert…) excitent l’odorat et le goût. Piquante, la moutarde provoque un afflux de sang artériel. A consommer avec modération, pour ses effets irritants!

La noix de muscade, du muscadier, arbre originaire d’Asie du Sud-Est employée dans certaines liqueurs est un aphrodisiaque olfactif. Elle stimule les sens et déclenche le désir. «Ces noix sataniques» disaient les puritains au Moyen-Age.

Le piment, «fleur de la terre qui pousse en nos entrailles le grand feu combattant des amours impitoyables» chantait au XVII e siècle le poète arabe Azzedine Mokhtar. Il en existe d’innombrables variétés.

Le safran, selon Homère le lit de Jupiter était composé de lotus, de jacinthe et de safran. Le médecin grec Dioscoride le préconisait pour «exciter l’amour». A Rome, le safran avait la répu- tation de corrompre les vestales. Pistil séché d’une variété de crocus, c’est l’épice la plus chère du monde. Elle tient son pouvoir aphrodisiaque de deux alcaloïdes coquins, la safranine et la crocine. On assaisonnera les plats d’une pincée de safran juste avant de servir. Le safran renferme aussi une puissante hormone végétale, le phytostérol.

La vanille, ses gousses sont les fruits d’une liane de la famille des orchidées, originaire du Mexique. La vanille est un aphrodisiaque encéphalique, c’est-à-dire influant sur le système nerveux central. On l’utilisera en cuisine mais aussi dans l’eau du bain. La marquise de Montespan parfumait ainsi l’eau de son bain. Est-ce cela qui décida Louis XIV a créer des plantations de vanille à La Réunion?

Voici quelques plats privilégiés par des femmes de l’histoire

Gabrielle d’Estrées mitonnait des filets de loup aux truffes et aux écrevisses à Henri IV. Diane de Poitiers servait à Henri II du brouet d’anguille. La Du Barry préférait pour Louis XV des rognons et des crêtes de coq au vin rouge.

(Tiré de Cuisines au bout du monde, La route des épices).

Quel est votre plat préféré?

Envoyez votre recette à Jean-Michel Jakobowicz.