Le téléphone: un coup de chapeau
Combien de personnes travaillent au service du téléphone? Nous sommes 22, pour environ 10000 téléphones installés et 4000 demandes de déménagement chaque année, le tout réparti dans cinq bâtiments: le Palais des Nations, le Bâtiment ICC où loge une partie de lUNCC, la Maison Internationale de lEnvironmenent, le Palais Wilson et les bureaux de lUNESCO/BIE Avenue des Morillons.
4000 déménagements chaque année?
En fait, les déménagements incluent ceux effectués pour le service des conférences afin doffrir des moyens de communication aux délégués. Ainsipour chaque grande conférence nous avons de nouveaux clients qui viennent puis repartent une fois la conférence terminée.
Ces 22 personnes travaillent uniquement à installer les téléphones?
Non, pas du tout! Linstallation des téléphones est laspect le plus connu de nos activités, cest la partie visible de liceberg. Il y quatre personnes qui soccupent du standard, trois qui soccupe du trafic des fax, un service qui gère les relations avec la clientèle. Les parties les moins connues sont certainement celles qui se développent le plus: la partie gestion du réseau téléphonique, celle liée au développement de lIntranet et à la visioconférence. Dans ce dernier domaine, nous venons de réaliser une grande première, celle de mettre sur pied un réseau de visioconférence connectant un grand nombre de missions permanentes à Genève avec le Palais des Nations. Ce service est basé sur le Geneva Diplomatic Community Network (GDCNet) lancé par lUIT et maintenant opérationnel.
Interview de Pierre Sola Chef du groupe des télécommunications
Il permet à toute mission équipée dun Webcam sur un ordinateur et dune connection au GDCNet détablir une liaison de visioconférence avec plusieurs sites équipés de systèmes de visioconférence traditionnels, et ceux nimporte où dans le monde pour peu que le service soit disponible dans le pays. Nous comptons beaucoup sur lévolution de ce nouveau service et avons déjà effectué un premier test concluant entre la Mission permanente de lItalie, le Palais des Nations et lUIT.
En quoi consiste la « gestion du réseau téléphonique»?
Afin dobtenir les prix les moins chers, nous avons connecté quatre opérateurs, qui en permanence changent leurs tarifs. Nous avons donc un système qui fait que lorsque vous composez un numéro, que ce soit en France, au Brésil, ou en Chine, un ordinateur va choisir en fonction du code du pays, lopérateur le moins cher. Nous avons ainsi plus de 800 codes enregistrés dans une base de données pour des pays ou des villes quil faut sans arrêt mettre à jour, chaque opérateur ayant son tarif par code enregistré. Lutilisateur ne saperçoit pas de lopération qui se fait automatiquement. Mais cela nous permet de faire pas mal déconomies.
Comment cela se passe-t-il concrètement?
Vous composez votre numéro, disons pour la Pologne. A peine avez-vous terminé de le composer que lordinateur choisit le tarif le plus avantageux, donc lopérateur le moins-disant. Votre coup de téléphone est orienté vers le réseau voulu qui peut très bien passer par lAustralie, pour atteindre Varsovie et vous avez votre correspondant. Toute lopération ne prend que quelques secondes.
Passer par lAustralie pour atteindre la Pologne!
Cela peut paraître étrange mais actuellement les distances ne veulent plus rien dire. Ainsi, pour vous donner un exemple, cela coûte moins cher de téléphoner à New York quen France voisine. En plus, il nest pas certain que pour deux appels successifs au même numéro, lappel prenne la même route.
Et la qualité du son!
Cela na aucun impact sur la qualité du son. Nous choisissons avant tout de grands opérateurs qui gèrent leur propre réseau. Cela nous donne une garantie de qualité, ce nest que lorsque votre appel arrive dans le pays de destination quil est relayé par le réseau de lopérateur local. Dans le cas où malgré tout des problèmes de qualité viennent à se produire, nous basculons vers lopérateur second moins-disant afin de tester une autre route. Si le changement est concluant, nous intervenons auprès du premier opérateur pour quil améliore laqualité de ses connections et faisons lopération inverse quand le problème est résolu.
A combien se monte notre facture de téléphone chaque mois?
Pour les communications téléphoniques à partir de téléphones fixes et mobiles, à environ 200000 francs qui représentent un volume denviron 10000 appels sortants par jour. Au total, nous enregistrons plus de 40000 appels chaque jour entre ceux qui arrivent, ceux qui partent et les appels internes. Tout appel confondu, cela représente 15 millions de minutes par an, soit environ vingt minutes par jour et par fonctionnaire. Loriginalité des Nations Unies par rapport aux entreprises privées en Suisse, cest quune entreprise même multinationale va avoir du trafic téléphonique entre ses clients en général suisses et avec ses filiales ou maisonmère, donc essentiellement des appels locaux et vers des destinations bien connues. LONU a un trafic qui se dirige
sans cesse vers les quatre coins du monde, même si une part importante de ce trafic est destinée à New York. Cela rend délicat le choix de lopérateur qui devra être apte à acheminer des appels vers les points les plus reculés du monde de manière satisfaisante.
Et les téléphones portables?
Cest un domaine en pleine expansion. Le problème est quil ny a pas dapproche homogène à ce nouveau mode de communication. Mais nous espérons dici peu émettre un appel doffre auprès des divers opérateurs pour obtenir des prix plus avantageux. Pour linstant, cest un système qui reste très cher entre cinq et dix fois plus cher que le téléphone fixe. Mais à terme, il y a beaucoup de chances pour que de nombreux fonctionnaires de lONUG aient des téléphones portables en plus des téléphones fixes, avec tout ce que cela peut comporter comme problèmes: pertes des appareils, changement de propriétaire sans que nous en soyons informés. La gestion de ce type dappareil risque dêtre fort complexe.
Que sont devenues les dames du téléphone?
Les dames du téléphone ont été très nombreuses à une époque, leur métier a changé dans le mesure où les gens reçoivent la plupart du temps des appels directement sans transiter par elles. Donc, leur métier a changé; elles ont plus un rôle dinformation, que celui de passer les communications. Les gens qui les appellent, sont en général des personnes qui assez souvent ne savent pas à qui ils veulent parler, mais plus du sujet qui les intéresse. Elles ne sont plus maintenant que quatre; quant aux autres, elles ont été redéployées. Ainsi, lune dentre elles soccupe avec succès du graphisme de notre page intranet, dautres de la facturation, dautres encore sont au service clients
Y a-t-il plus de visioconférences depuis les événements du 11 septembre?
Oui, mais le phénomène ne date pas du 11 septembre. Ces dernières années, nous avons eu une augmentation exponentielle des visioconférences. A lheure actuelle, cest quelque chose qui est complètement rentré dans les mœurs. Lidée de la visioconférence nest pas de
remplacer les contacts directs mais plutôt de créer de nouvelles opportunités de travail. La visioconférence permet dintégrer tout à fait naturellement à une réunion, des personnes se trouvant sur un autre continent. Cest essentiel pour une organisation telle que les Nations Unies.
Et un écran sur chaque téléphone?
Le téléphone avec écran-télé, cest la visiconference. En fait, cest ce que lon peut déjà faire grâce au PC. Les petites caméras que lon place sur le PC coûtent trois fois rien. Et comme lon peut dores et déjà établir des liaisons téléphoniques par Internet, le tour est joué. Le seul problème est la qualité du son et le décalage de limage. Lapplication dans le monde professionnel nest pas encore faite, car les contraintes sonttrop importantes. Mais dici à quelques années, voire quelques mois, ces difficultés devraient être résolues et alors ce type déchange deviendra monnaie courante. Cela fait partie de la convergence des télécommunications vers le monde informatique. Les équipements deviennent intimement liés et la puissance de calcul que lon trouve maintenant sur le bureau de chacun permet de rêver à de multiples applications. Le trafic Internet de lOffice a explosé ces dernières années.
Y a-t-il des concertations entre les responsables télécom des OI de Genève?
Nous sommes effectivement quasiment tous en contact. Chaque contrat passé par lONUG est accompagné dune clause stipulant que tout autre OI genevoise peut se joindre à nous et bénéficier des mêmes conditions. Je participe aussi à des réunions biannuelles pendant lesquelles les responsables télécom des OI comme le PNUD, UNICEF ou UNESCO entre autres, partagent leur expérience et discutent de sujets chauds du moment. Il est essentiel dans ce domaine de ne pas refaire la roue à chaque fois. Dans le cadre du travail quotidien, nous essayons davoir une approche non monopolistique de la situation, afin de conserver la motivation nécessaire à faire évoluer les services rendus.
Quel avenir pour le téléphone?
Un avenir formidable. Tout dabord, avec le téléphone portable, tout le monde devient joignable à tout moment, même trop selon certains. La visioconférence qui se vulgarise permet de communiquer dune manière très conviviale. Je passe sur dautres points sur lesquels nous travaillons, comme la transmission de programme sur lInternet ou le développement de serveurs vocaux. Le problème auquel nous sommes de plus en plus confronté, cest que le téléphone est de plus en plus considéré comme un acquis, au même titre que leau courante ou lélectricité. On narrive pas à envisager une situation dans laquelle le téléphone ne fonctionne pas. Et pourtant cest une lutte de chaque instant pour que tout se passe bien. Et là je dois dire que mon équipe est vraiment formidable. En décrochant votre téléphone au Palais et en ayant la possibilité de discuter avec un collègue à lautre bout du monde, peu de gens serendent compte que cela est rendu possible grâce aux 22 personnes qui travaillent avec moi. Et pour cela, je leur tire un grand coup de chapeau.
Propos recueillis par Jean Michel Jakobowicz.