UNSpecial N° 601 — Novembre – November 2001
 

La Caisse commune face à la crise des marchés financiers: situation et perspectives

Caisse commune des pensions

Bernard Cochemé

Les Bourses connaissent depuis plusieurs semaines une crise marquée par une forte baisse des actions et par une très grande volatilité des cours; Cette situation suscite de nombreuses questions et aussi des inquiétudes de la part des participants et des bénéficiaires sur les répercussions de ces évolutions sur la Caisse commune dont les actifs sont placés sur les marchés financiers. Le présent article a pour but de faire le point en présentant tout d’abord les faits et ensuite en évoquant les perspectives possibles.

Commençons par les faits; les cours des actions sur la plupart des places boursières ont connu des baisses prononcées comme il ne s’en était plus produites depuis le crash de 1987, il y a bientôt quinze ans. L’indice Dow Jones des plus grandes valeurs industrielles a ainsi perdu 15,8 % au cours du troisième trimestre 2001; L’indice Standard & Poor’s des 500 plus grandes sociétés a quant à lui perdu 15%, et le Nasdaq 30,6%. Depuis le début de l’année 2001, ces trois indices des marchés financiers américains ont accusé des baisses respectivement de –18%, – 21% et – 40%. Sur les places financières européennes, la tendance a été du même ordre de grandeur, qu’il s’agisse de la Bourse française (indice CAC 40: -31%), allemande (indice DAX: -33%) ou britannique (indice FTSE: -21%); Les valorisations boursières ont retrouvé les niveaux du début de l’année 1998, éliminant ainsi pratiquement toute la richesse créée au cours des trois dernières années. Une large partie de ces baisses est consécutive aux attentats qui ont frappé les Etats-Unis le 11 Septembre dernier; Néanmoins, ces évènements tragiques et leur fort impact sur de nombreux secteurs économiques se sont produits dans une période de ralentissement déjà marqué de la croissance dans la plupart des pays, et d’interrogations sur les risques de récession. Après avoir atteint des sommets au printemps de l’année 2000, les Bourses se sont depuis lors orientées à la baisse et de façon accélérée dans la seconde quinzaine du mois de septembre.

La valeur globale des actifs de la Caisse commune a suivi la même tendance, favorable jusqu’en Mars 2000, lorsque ses actifs ont atteint une valorisation record, puis progressivement baissière; Leur valeur boursière a baissé de 6,1% au cours du troisième trimestre 2001 et de 14% au cours des trois premiers trimestres de l’année 2001. Ces chiffres montrent que la Caisse n’a pas été épargnée par l’évolution défavorable des marchés boursiers, mais qu’elle l’a été toutefois dans des proportions bien moindres.

L’explication de cette bonne résistance à la baisse tient au fait qu’une partie seulement des placements est en actions (de l’ordre de 54%), le reste étant investi en obligations (environ 28%), en immobilier (5%) et en titres monétaires (13%). Sur la base des analyses des gérants financiers de la Caisse et des conseils prodigués par les membres du Comité des Investis-sements, l’allocation des actifs a été adaptée afin de prendre en compte les perspectives peu prometteuses de certains marchés et, plus généralement, les incertitudes croissantes sur le sens des évolutions; La part des liquidités a ainsi été significativement accrue, pour atteindre un niveau que la Caisse n’avait plus connu depuis 1991; ce type de placement à caractère monétaire, certes faiblement rémunérateur, a néanmoins été considéré comme « un parking » temporaire et sans risque, et bien adapté, compte tenu des circonstances, pour la gestion d’une partie des réserves de la Caisse, en attendant mieux.

La question est maintenant de savoir si la performance négative réalisée depuis un an et demi est susceptible d’affecter la capacité de la Caisse à payer les prestations. La réponse est aujourd’hui sans ambiguité: la Caisse a les moyens de faire face à ses engagements et ceci pour plusieurs raisons qui tiennent toutes à la façon dont elle est gérée;

A court terme, c’est-à-dire chaque mois de cette année et au cours des prochaines années, le montant des cotisations encaissées est, et restera, suffisant pour couvrir l’essentiel des prestations à verser, la différence pouvant être comblée, si nécessaire, par les actifs liquides que la Caisse détient. Autrement dit, la trésorerie est normalement assurée par les flux réguliers des contributions.

Mais la Caisse ne se contente pas seulement d’équilibrer ses recettes et ses dépenses pour l’année en cours; Elle constitue des réserves pour l’avenir; son objectif est de couvrir à tout instant, et donc dès maintenant, l’ensemble de ses engagements qui correspondent aux droits à pension et autres prestations des participants actuels ainsi qu’aux pensions des retraités et autres ayants-droit. Le montant des réserves dont la Caisse doit disposer à cette fin, fait l’objet de calculs périodiques, réalisés par son actuaire et vérifiés par un Comité d’actuaires indépendants. La Caisse dispose aujourd’hui de réserves importantes et suffisantes conformément à son objectif et à ses règles de gestion.

Ces réserves sont placées sur les marchés financiers. En raison de la forte hausse des marchés au cours des dernières années, la valeur des réserves de la Caisse a dépassé le montant jugé nécessaire pour couvrir la totalité de ses engagements à court, moyen et long terme, et il en est résulté un surplus. Ce surplus évalué à 0.36% des rémunérations soumises à cotisation de retraite en décembre 1997 a fortement augmenté et il a atteint 4.25 % en décembre 1999. Il est important de bien comprendre que ce surplus n’est pas utile à la Caisse pour la couverture de ses dépenses puisque leur montant aussi bien à court terme qu’à long terme est déjà pris en compte, avant que soit constaté le surplus.

Le surplus ne sert que comme stock tampon; il permet par exemple d’imputer le coût (car il s’agit pour la Caisse de dépenses supplémentaires) d’une évolution favorable de l’espérance de vie au-delà des hypothèses déjà retenues par les actuaires, de financer sans hausse des cotisations l’amélioration décidée par le Comité Mixte de certaines prestations ou encore, d’imputer de fortes variations de valeur des actifs financiers, ce qui peut se produire en situation de crise financière majeure et durable. Dans cette dernière hypothèse, les réserves joueraient alors à plein leur rôle d’amortisseur avant que le cas échéant l’équilibre à long terme de la Caisse ne commence à être mis en cause.

C’est précisément parce que sa gestion est très largement tournée vers le financement des prestations qu’elle aura à payer dans de nombreuses années, que la Caisse, assurée de son équilibre de trésorerie à court terme, a une vision à long terme de sa performance financière;

Le calcul des engagements est réalisé tous les deux ans (mais d’autres fonds de pension retiennent souvent une périodicité plus longue, de l’ordre de quatre ans) et la comparaison avec la valeur de ses placements financiers (évalués après diverses corrections et selon une méthode prudente) se fait à ce moment là. Le dernier calcul a été effectué en décembre 1999; le prochain aura lieu en décembre de cette année 2001.Ce sera l’occasion de procéder à des ajustements sur l’évaluation des engagements, et parallèlement, sur la base de la valeur des actifs à ce moment là, de calculer le nouveau montant du surplus.

A titre indicatif, une analyse réalisée l’an dernier par l’actuaire a abouti à la conclusion que la Caisse pouvait faire face à une chute temporaire de 40% de la valeur boursière de ses actifs financiers sans que son équilibre à court et long terme en soit affecté.

Evidemment, nul ne peut prédire quelle sera la valeur des actifs de la Caisse en fin d’année 2001, mais sur la base de la valorisation actuelle et par comparaison avec celle de 1999 qui a servi de base de calcul pour les actuaires, il est possible de conclure que le surplus a baissé mais n’a pas disparu. Jusqu’à présent il a rempli son rôle d’amortisseur de façon satisfaisante.

Dans un monde en mouvement, il est logique que les paramètres de la Caisse bougent également; Ce constat ne doit pas être perçu comme inquiétant. Il permet de rappeler et souligner l’importance du rôle de surveillance et de pilotage réalisé par les organes de décision de notre Caisse.

L’auteur est Administrateur / CEO de la Caisse commune des pensions du personnel des Nations Unies.

(Achevé de rédiger le 2/10/2001).