UNSpecial N° 601 — Novembre – November 2001
 

Exposition du 6 décembre 2001 au 31 janvier 2002

Musée de la Bibliothèque des Nations Unies

Alexandra Swetzer

A cette fin de l’Année Internationale du Dialogue entre les Civilisations, la Finlande nous invite à entrer dans l’univers du célèbre architecte Alvar Aalto. Depuis 1998,centenaire de sa naissance, d’importantes et prestigieuses rétrospectives ont retracé son œuvre, qui a non seulement marqué l’architecture, mais également le design, comme ses créations en verre ou la fameuse chaise Paimio en bois lamellé cintré créée en 1929, traçant la voie pour tout un siècle de création nordique.

Cette exposition pourtant est la première en son genre, consacrée aux bibliothèques – une partie de l’œuvre de Aalto importante mais pourtant peu connue.Elle a pu être réalisée grâce aux efforts conjoints de la Bibliothèque de l’Office des Nations Unies à Genève et son Directeur, M. Pierre Pelou; le Musée et la Fondation Alvar Aalto et son Directeur, M. Markku Lahti; la Haute école d’arts appliqués à Genève ainsi que la Mission permanente de la Finlande à Genève et son Ambassadeur, S.E. M. Pekka Huhtaniemi. Dans le cadre de cette exposition, une conférence sera proposée par M. Vilhelm Helander, architecte, professeur et autorité reconnue en Finlande, sur Aalto et son époque.

A travers les objets exposés sur les bibliothèques dessinés par Aalto, on peut suivre l’évolution de son style, depuis la première bibliothèque qu’il dessine à Viipuri, en 1927 – bien que d’inspiration fonctionnaliste, elle comporte déjà des éléments qui marqueront tout son œuvre ultérieur, comme des espaces ouverts à plusieurs niveaux, inspirés des gradins de l’amphithéâtre ou du Bouleutérion de l’antiquité – jusqu’aux œuvres tardives, expressionnistes, comme la bibliothèque du Monastère de Mount Angel aux Etats-Unis, asymétrique, en forme d’éventail segmenté entrecoupé par des puits de lumière, ou le centre culturel de Kokkola, sa dernière œuvre, jamais réalisée.

Aalto voyait l’architecture comme un «jeu de formes libres et de surfaces en mouvement», adaptés aux besoins humains. Plaçant l’homme au centre du concept, il a crée des intérieurs «comme des paysages», ne négligeant aucun détail dans l’aménagement intérieur, que ce soit l’éclairage qui doit respecter «l’anatomie de l’œil humain», ou les meubles.

Cette exposition permet aussi de comprendre son approche holistique de l’architecture. Elle sert, d’une part, à créer des lieux intégrés à leur environnement (architecture dite «organique»), comme la Maison Nordique à Reykjavik qui est née autour de l’étang qui domine le site, et à servir d’interface entre la nature et le paysage urbain, comme la Bibliothèque de Rovaniemi. D’autre part, Aalto concevait l’architecture comme unesource de progrès social et un vecteur de démocratisation; la bibliothèque devient un lieu de rencontre entre les hommes et les livres et un espace culturel accessible à tous. D’ailleurs, un bon nombre de ses bibliothèques s’intègrent dans des lieux culturels et publics polyvalents: ainsi la bibliothèque de Seinaj^ki fait partie d’un complexe autour d’une place centrale réunissant mairie, théâtre, église, centre culturel. A Wolfsburg, ville industrielle allemande dont le paysage et la vie urbains sont dominés par l’usine Volkswagen, Aalto crée, dans les années 50, un centre culturel polyvalent qui reflète bien cette volonté de démocratisation: la bibliothèque s’y insère dans un complexe intégré à son environnement urbain et industriel, touten abritant des espaces verts, des salles de théâtre, une école de musique, des espaces culturels pour enfants.

S.E. M. Pekka Huhtaniemi, Ambassadeur, Représentant de la Finlande, nous explique comment s’est réalisée l’exposition Alvar Aalto: «En réalité, l’idée vient de M. Pelou, qui dans les années septante, au Centre Georges Pompidou, avait déjà organisé une exposition sur Aalto. Il m’a approché avec la proposition d’organiser, dans le cadre du Dialogue entre les Civilisations, une exposition sur les bibliothèques d’Aarto. J’ai été conquis par cette idée et j’ai contacté le Musée et la Fondation Alvar Aalto à Jyväskylä. D’autre part, une professeur à la Haute école d’arts appliqués à Genève, finlandaise, s’est proposée d’associer son école à ce projet en se chargeant de la conceptualisation de l’exposition. Un concours fut organisé et le projet a été emporté par une jeune étudiante croate qui a proposé un concept basé sur la présentation sous forme de cinq maquettes et cinq modules en forme de rayonnages à livre – d’où le titre – de cinq aspects de l’œuvre d’Aarto, dans un environnement dominé par le bois et la lumière, éléments chers à l’architecte.

L’expérience a été enrichissante pour tout le monde.

Elle a été onéreuse, également, et je tiens ici à remercier les autorités genevoises et en particulier Mme Martine Brunschwig-Graf, car sans leur généreux soutien financier, ce projet n’aurait pas pu se réaliser.

Après le Palais des Nations, cette exposition deviendra itinérante et il y a des projets pour la Suisse alémanique, l’Italie, les Etats-Unis. Elle aura ainsi contribué positivement à la réputation à l’école d’arts appliqués; pour la Fondation Alvar Aalto, cela a été une nouvelle expérience, une ouverture sur une nouvelle forme de collaboration avec les écoles.

Ce projet et sa réalisation sont le résultat de ce dialogue entre les civilisations. Non moins que dix nationalités étaient représentées lors du concours; la lauréate, Dunja Stani, est originaire de Croatie. Aalto, lui-même, était un architecte universel, qui a puisé nombreuses références dans d’autres civilisations audelà de sa Finlande natale, pour laisser un héritage qui continue d inspirer des futures générations d architectes, aux quatre coins du monde.»