UNSpecial N° 598 — Décembre – December 2001
 

Pauvre Noblemaire

«Avec toutes ces réformes c’est un miracle si l’ONU existe encore!» Ainsi parlait une collègue en apprenant la 12345ème réforme des ressources humaines que va nous apporter cet été. Et elle a raison! Il n’y a pas un seul de nos gestionnaires qui n’ait rêvé de voir son nom associé à LA RÉFORME ultime et définitive de la gestion du personnel des Nations Unies. Pourtant un point commun demeure entre toutes ces réformes, c’est qu’elles flottent à mille lieues du sol et ignorent totalement la réalité des faits. Et quand, par malheur, les représentants du personnel veulent dire leur mot, la concertation tourne court: «C’est à prendre ou à laisser».

Avec le cru 2001 et ce que prépare la Commission de la fonction publique internationale (CFPI), on a envie de dire «Pouce, je ne joue plus!» Une fois de plus, on nous rebat les oreilles avec des mots tels que «rotation», «mobilité», «délégation d’autorité»… avec, cette fois, l’invention géniale de la CFPI de sup- primer tout contrat permanent pour ne donner que des contrats d’au maximum six ans, non renouvelables, sauf pour un noyau dur qui resterait à vie. Tout cela pour faire plaisir à certains États membres qui n’appliquent pas ce principe dans leur propre fonction publique.

Quand on sait que la moyenne d’âge des professionnels qui entrent dans l’Organisation est de 42 ans et de 35 ans pour les services généraux, que pour trouver un jeune informaticien de valeur, il faut actuellement lui proposer un D-2 – et encore avec perspective de carrière – et qu’un tiers des jeunes P-3 quittent l’Organisation au bout d’un an, on croit rêver en prenant connaissance de cette pénultième réforme. Réveillez-vous, Mesdames, Messieurs, ouvrez votre télé, lisez le journal ou au moins parlez avec votre concierge, mais je vous en supplie, adaptez-vous au monde réel et non au monde théorique de quelques consultants en mal de contrats. Ce n’est pas en rabâchant les vieux leitmotivs que vous changerez les faits.

L’Organisation vieillit et elle n’est plus compétitive sur le marché de l’emploi.

D’ailleurs, pourquoi un jeune viendrait-il travailler à l’ONU alors que dans le privé on lui offre beaucoup plus d’argent et une perspective de carrière? Pourquoi un jeune viendrait-il s’embourber dans les tracasseries administratives qu’inventent nos bureaucrates de haut rang?

Pauvre Noblemaire, toi qui disais en décembre 1920 qu’il fallait offrir aux fonctionnaires de la Société des Nations les meilleures conditions d’emploi possible si l’on voulait attirer des fonctionnaires américains ou ceux de l’empire britannique. Nous sommes bien loin du compte. Peut-être pourrais-tu quitter un instant ta dernière demeure pour venir inspirer de tes sages principes nos réformateurs perpétuels dont la devise semble être: «pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué?».

Le rédacteur en chef, Jean Michel Jakobowicz.