Pauvre Noblemaire
«Avec toutes ces réformes cest un miracle si lONU existe encore!» Ainsi parlait une collègue en apprenant la 12345ème réforme des ressources humaines que va nous apporter cet été. Et elle a raison! Il ny a pas un seul de nos gestionnaires qui nait rêvé de voir son nom associé à LA RÉFORME ultime et définitive de la gestion du personnel des Nations Unies. Pourtant un point commun demeure entre toutes ces réformes, cest quelles flottent à mille lieues du sol et ignorent totalement la réalité des faits. Et quand, par malheur, les représentants du personnel veulent dire leur mot, la concertation tourne court: «Cest à prendre ou à laisser».
Avec le cru 2001 et ce que prépare la Commission de la fonction publique internationale (CFPI), on a envie de dire «Pouce, je ne joue plus!» Une fois de plus, on nous rebat les oreilles avec des mots tels que «rotation», «mobilité», «délégation dautorité» avec, cette fois, linvention géniale de la CFPI de sup- primer tout contrat permanent pour ne donner que des contrats dau maximum six ans, non renouvelables, sauf pour un noyau dur qui resterait à vie. Tout cela pour faire plaisir à certains États membres qui nappliquent pas ce principe dans leur propre fonction publique.
Quand on sait que la moyenne dâge des professionnels qui entrent dans lOrganisation est de 42 ans et de 35 ans pour les services généraux, que pour trouver un jeune informaticien de valeur, il faut actuellement lui proposer un D-2 et encore avec perspective de carrière et quun tiers des jeunes P-3 quittent lOrganisation au bout dun an, on croit rêver en prenant connaissance de cette pénultième réforme. Réveillez-vous, Mesdames, Messieurs, ouvrez votre télé, lisez le journal ou au moins parlez avec votre concierge, mais je vous en supplie, adaptez-vous au monde réel et non au monde théorique de quelques consultants en mal de contrats. Ce nest pas en rabâchant les vieux leitmotivs que vous changerez les faits.
LOrganisation vieillit et elle nest plus compétitive sur le marché de lemploi.
Dailleurs, pourquoi un jeune viendrait-il travailler à lONU alors que dans le privé on lui offre beaucoup plus dargent et une perspective de carrière? Pourquoi un jeune viendrait-il sembourber dans les tracasseries administratives quinventent nos bureaucrates de haut rang?
Pauvre Noblemaire, toi qui disais en décembre 1920 quil fallait offrir aux fonctionnaires de la Société des Nations les meilleures conditions demploi possible si lon voulait attirer des fonctionnaires américains ou ceux de lempire britannique. Nous sommes bien loin du compte. Peut-être pourrais-tu quitter un instant ta dernière demeure pour venir inspirer de tes sages principes nos réformateurs perpétuels dont la devise semble être: «pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué?».
Le rédacteur en chef, Jean Michel Jakobowicz.
