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Commentaires sur l’impact de la crise financière mondiale actuelle
sur la Caisse commune des pensions du personnel des Nations Unies,
par M. Bernard Cochemé, Administrateur de la CCPPNU

La crise financière actuelle, causée à l’origine par la déconfiture magistrale des prêts hypothécaires dits « sub-prime », a affecté de façon significative les marchés financiers mondiaux et menace sérieusement la croissance économique globale. Des rapports récents mettent aussi en évidence la réduction importante du volume des liquidités, avec un impact négatif sur les marchés du crédit et les systèmes bancaires, entraînant la faillite, le rachat et la nationalisation de plusieurs institutions financières de premier plan. Les marchés du travail n’ont pas échappé à la crise et ont aussi commencé à donner des signes de faiblesse.

Cette crise provoque, dans le monde entier, de graves préoccupations au sein des fonds de pension et autres investisseurs institutionnels dont un grand nombre ont vu plonger la valeur de leurs portefeuilles.

La Caisse commune des pensions du personnel des Nations Unies (CCPPNU) se trouve dans une meilleure situation que la plupart des fonds de pension pour survivre à la crise. Sa capacité à honorer les paiements de ses prestations de pensions demeure totalement intacte. A cet égard, il est important que les participants de la Caisse, les bénéficiaires et les autres parties intéressées comprennent le fonctionnement des mécanismes et sauvegardes divers mis en place au fil des années pour protéger la Caisse des pensions des effets potentiels de la volatilité des marchés financiers. Ces mécanismes sont brièvement décrits ci-dessous et se rapportent aux questions pertinentes que se posent beaucoup d’entre vous.

 

1) Quel impact la récente tempête financière a-t-elle eu sur la Caisse ?

Il est indubitable que la récente tempête subie par les marchés financiers a eu un impact sur le portefeuille des placements de la Caisse. Lors d’une communication faite le 17 septembre, le Représentant du Secrétaire général pour l’investissement des actifs de la Caisse a observé que le marché des actions avait baissé de 21,9 % depuis le début de 2008. Au cours de la même période la valeur globale des titres détenus par la Caisse avait perdu 12,2 %. Plus récemment, début octobre 2008, la valeur du portefeuille de la Caisse (32 milliards de dollars US) était inférieure de 10 milliards à sa valeur la plus élevée jamais atteinte, fin octobre 2007, ou encore 9 milliards de moins que la valeur boursière enregistrée fin décembre 2007 (41,4 milliards de dollars).

Au cours de son existence la Caisse a connu des périodes où la volatilité des marchés a eu un impact sur la valeur des actifs de la Caisse. Chaque fois, cependant, l’impact a été temporaire et le portefeuille a rebondi et continué à croître. Comme le montre le tableau ci-dessous, le portefeuille de la Caisse a baissé de 4 milliards de dollars pendant la crise financière de 2000-2001. Toutefois, dès 2002, le marché a connu un rebondissement long et durable jusqu’à fin 2007. Le tableau illustre l’évolution de la valeur boursière des actifs de la Caisse au 31 décembre de chaque année (pour 2008, la valeur indiquée correspond à celle du 8 octobre 2008).

 
 

Il faut garder à l’esprit que les décisions touchant aux investissements de la Caisse sont prises et continueront à l’être en fonction de stratégies et objectifs à long terme tels que définis par le Secrétaire général après consultation du Comité des Placements de la Caisse et en tenant compte des observations et suggestions formulées par le Comité mixte. Comme le montre le tableau ci-dessous, cette stratégie à long terme a été très efficace. C’est ainsi que sur les quarante dernières années (c’est à dire depuis 1960) le portefeuille de la Caisse a généré un rendement moyen réel (inflation déduite) de 4,4 %. Ce taux a dépassé l’objectif de 3,5% de rendement réel retenu pour l’évaluation actuarielle de la Caisse.

 
Taux de rendement annuels composés des placements sur différentes périodes
s’achevant au 31 mars 2008

31-mars-08

  3 ans 5 ans 10 ans 15 ans 20 ans 25 ans 48 ans

Rendement nominal

11.6 14.6 7.9 9.4 9.3 10.9 8.8

IPC États-Unis

3.4 3.0 2.8 2.7 3.1 3.2 4.2

Rendement réel (corrigé de l’inflation)

7.9 11.2 4.9 6.5 6.1 7.5 4.4
 

2) La tempête actuelle des marchés met-elle la Caisse des pensions en danger ?

En raison de la nature même de la Caisse qui couvre les participants sur une très longue période, pendant la durée de leur carrière de même que pendant leurs longues retraites et même après leur mort (le paiement des pensions se poursuit à vie avec les conjoints survivants) il convient, pour répondre à cette question, de l’examiner de deux points de vue : le court terme et le long terme.

A court terme, la Caisse n’est pratiquement pas affectées par la situation actuelle du marché et je n’ai aucune crainte en ce qui concerne les liquidités nécessaires au paiement des pensions. Le revenu annuel de la Caisse découlant des contributions (1.672 millions de dollars en 2007, comprenant le transfert, en un seul versement, des 48,6 millions de dollars d’actifs de l’Organisation internationale des migrations, après son adhésion en qualité de nouveau membre) couvre généralement la plus grande part du paiement des prestations (1.655 millions de dollars en 2007).

 
 

La différence entre le revenu des contributions et le paiement des prestations est très faible comparée à la valeur boursière du portefeuille (elle représente beaucoup moins de un pour cent de celle-ci) et ressort du tableau ci-dessus. Cette différence est aisément couverte par les valeurs liquides du portefeuille. Une source supplémentaire de ressources immédiatement disponibles se trouve dans le revenu des dividendes et des intérêts reçus. Cette situation permet à la Caisse de pratiquer une politique d’investissement à long terme, car elle n’est pas contrainte de vendre ses placements en actions, obligations ou en immobilier pour faire face à ses besoins de trésorerie à court terme. A l’évidence, c’est là la caractéristique positive d’un plan de pension à prestation définies entièrement financé et non encore à maturité tel que la Caisse des pensions des Nations Unies.

Toutefois, à long terme, une grande volatilité des marchés ou un rendement médiocre et continu du marché financier peuvent potentiellement avoir un effet négatif sur la Caisse. Cet effet peut être important si, sur plusieurs années - pas seulement quelques semaines ou quelques mois - le taux de rendement à long terme du portefeuille devait tomber en dessous du taux de 3,5% pris en compte dans les projections actuarielles. Si cela devait se produire, la Caisse a mis en place des mécanismes de gouvernance qui lui permettraient de prendre les dispositions requises pour assurer l’équilibre actuariel et la solvabilité à long terme de la Caisse.

 

3) Comment la Caisse peut-elle éviter de potentielles difficultés financières ?

Comme cela a déjà été mentionné, la Caisse présente un excellent bilan en matière de gestion de ses placements. En outre, elle a mis en place au fil des années de solides mécanismes de gouvernance qui lui permettent de mesurer de très près et régulièrement le rendement de ses investissements, de même que la relation entre ses engagements (passif) d’une part et le revenu provenant des contributions et les réserves (actif) d’autre part. Ceci permet qu’un équilibre approprié soit maintenu aussi bien dans le court terme que dans le long terme.

L’une des techniques utilisées par la Caisse pour s’assurer de sa solvabilité à long terme est de procéder à une étude de gestion actif-passif. Ce type d’ étude aide la Caisse à déterminer une allocation de ses actifs optimale à long terme, à définir une doctrine appropriée sur le risque tolérable et à améliorer la compréhension de l’impact des décisions relatives aux investissements-clés et aux ratios de solvabilité sur l’état financier et la performance financière de la Caisse. L’étude de gestion actif-passif réalisée en 2007 a testé de façon indépendante les résultats de l’évaluation actuarielle de la Caisse, l’allocation de ses investissements entre catégories d’actifs et le taux de couverture des engagements : l’étude a conclu que la méthode d’évaluation actuarielle était correcte, que la diversification des actifs était robuste et que la Caisse était stable et bien financée.

Un autre élément important dans le processus de gouvernance est le rôle joué par le Comité d’Actuaires et le Comité des Placements. Ces deux comités composés d’experts dans leurs disciplines respectives, fournissent au Secrétaire général et au Comité mixte un avis professionnel indépendant en matière de questions actuarielles et d’investissements.

En outre, conformément aux dispositions réglementaires de la Caisse, une évaluation actuarielle doit être réalisée périodiquement. La plus récente, réalisée au 31 décembre 2007, a mis en lumière un surplus actuariel pour la sixième fois consécutive (comme on peut le voir dans le tableau ci-dessous). La dernière évaluation a pris en compte les charges supplémentaires correspondant à l’allongement de l’espérance de vie que révèlent les tables de mortalité révisées de la Caisse. Il s’agit là de résultats très positifs qui donnent la preuve de la situation actuarielle forte de la Caisse.

 
 

4) La situation financière de la Caisse est-elle sûre ?

Oui, la situation financière de la Caisse est sûre. L’Assemblée générale des Nations Unies a maintenu, depuis des années, les quatre critères qui guident les placements des actifs de la Caisse. Ces quatre critères sont : profitabilité, sécurité, liquidité et convertibilité. Du fait de sa nature authentiquement internationale, la Caisse a aussi adopté une politique globale de diversification de ses investissements (par catégories d’actifs, par régions, par monnaies, par secteurs, etc.) L’application prudente de ces critères a permis à la Caisse d’accumuler avec les années des réserves importantes qui sont investies sous la responsabilité fiduciaire du Secrétaire général des Nations Unies dans des catégories d’actifs très diversifiés avec un horizon de gestion à très long terme.

Achevé de rédiger le 10 octobre 2008

 
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