Entretien : Brice Lalonde
FRÉDÉRIC BALLENEGGER, UNS, NEW YORK
Brice Lalonde, Coordonnateur exécutif de la Conférence de l’ONU sur le développement durable, Rio+20
Brice Lalonde, vous avez été militant, candidat à l’élection présidentielle, ministre, aujourd’hui vous représentez le Sommet de l’ONU sur le développement durable Rio+20. Quel regard portez-vous sur ce parcours?
J’ai cherché à rester fidèle à une seule cause. Il faut servir un idéal, quel que soit l’endroit, quelles que soient les conditions.
Mon baptême politique a eu lieu en 1968. Cohn-Bendit était à Nanterre, moi à la Sorbonne, et c’est à ce moment-là que j’ai appris les techniques de l’activisme, de la prise de parole, et surtout qu’une société peut être fragile et s’écrouler. Beaucoup de choses ont changé en France et dans le monde, à ce moment-là. Et puis un an après, on a marché sur la Lune. J’ai compris que, pour moi, il n’y avait qu’une seule cause, la plus belle qui soit. La citoyenneté planétaire était là, devant nos yeux, pour la première fois ! Nous avons vu la Terre si belle, mais en même temps petite dans l’immensité de l’univers. Limitée. Le monde s’est agrandi quand on a découvert l’Amérique. Il s’est tout à coup rétréci quand l’Amérique a découvert la Lune.
Kennedy parlait de Nouvelle Frontière, faisant référence à la limite historique entre les colonies américaines et les territoires indiens. Où est la Frontière aujourd’hui?
La prochaine frontière, c’est qu’il n’y ait plus de frontière. Nous en sommes aux Etats-continents et à la planète entière. Westphalie, c’est fini. Il faut une citoyenneté planétaire, pour que les décideurs politiques ne portent pas préjudice aux intérêts de la planète. Au quotidien, c’est parfois difficile à faire accepter.

Dans une conférence, vous avez cité une étude suédoise selon laquelle l’humanité a franchi trois des sept limites qui lui permettent de vivre dans la biosphère. Où sont les freins?
J’ai une formation d’archéologue. Imaginons la fin du paléolithique : les chasseurs-cueilleurs ayant trop chassé, les ressources se sont faites rares, les écologistes de l’époque ont du réclamer des quotas de mammouths… Et les hommes ont inventé l’agriculture. On a inventé l’économie verte et un rapport à la nature différent, déjà !… L’humanité s’en est toujours sortie. Dans l’Antiquité, on croyait que le rôle de la politique était de lutter contre l’entropie, la dissolution, que l’âge d’or était derrière et l’âge de fer devant. Moi, je suis héritier des Lumières, je crois au progrès, à la volonté, à l’action collective. Il ne faut pas rebasculer aujourd’hui dans le pessimisme politique. La planète compte aujourd’hui plus de jeunes et plus de scientifiques que jamais dans l’histoire. On trouvera des moyens pour faire face.



