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Inventons la transition écologique pour sortir de la crise

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NICOLAS-ÉMILIEN ROZEAU

Nicolas Hulot

Entretien avec Nicolas Hulot, président de la Fondation pour la Nature et l’Homme (FNH).

 

L’Amazonie, le réchauffement climatique, l’agriculture, les enjeux de l’eau, la pollution… Comprenez-vous qu’il soit difficile de saisir comment tous ces phénomènes et toutes ces évolutions abstraites vont changer nos vies de tous les jours ?
Dans une société soumise à un grand nombre de difficultés quotidiennes, nous considérons que nos préoccupations sont plus importantes que les menaces d’ordre écologique. La crise nous semble soit éloignée dans le temps, soit éloignée dans l’espace. Toute la difficulté de cet exercice est l’antagonisme entre le long terme et le court terme. Cependant, je considère que la crise écologique nous affecte déjà. Prenez simplement le prix du pétrole qui touche des gens déjà en difficulté économique. Nous nous focalisons sur les taxes, mais dès qu’une ressource devient rare le premier effet est l’augmentation de son coût. Pour nous en Occident, tant qu’il y a des stocks, l’économie peut continuer, sauf qu’il y a un moment où nous arriverons au bout de toutes les réserves énergétiques. Mais nous avons du mal à le croire.

Puisque le temps politique n’est pas celui de la nature, est-ce qu’il est réaliste de penser que les intérêts des Etats peuvent coïncider avec les besoins vitaux de la planète ?
Le changement de regard ne se décrète pas. Le jour où la communauté politique se rassemblera sur ces enjeux écologiques qui sont aussi humanitaires, nous avancerons dans ce domaine parce que nous nous sentirons mobilisés. Malheureusement, nous sommes toujours dans des postures politiques d’un autre âge. Il faut dire que dans un monde où tout s’accélère et où il y a une réactivité permanente, les politiques sont prisonniers du court terme. C’est pourquoi au niveau de la France, de l’Europe, et du monde, nos institutions doivent se doter d’instruments de pilotage pour servir une grille de lecture du long terme. Je pense qu’il faut dissocier les deux gouvernances : celle du court terme et celle du long terme. L’analyse et la prise en compte de l’évolution écologique demandent du recul et pas de précipitation. Ce temps pour la planète et ses ressources n’est pas compatible avec le monde politique qui est toujours dans le réactif et rarement dans le prospectif.

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Current Issue - May 2013

Photo: © WHO
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