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Quand Paris nous conte Lutèce

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JOËLLE MENETREY, OMS

Lutèce

Il est de ces moments privilégiés où le destin choisit de nous gâter triplement. Lors de notre envol pour l’île de Célèbes nous devions faire escale à Paris, occasion rêvée de rencontrer nos amis parisiens qui nous concoctèrent une journée découverte surprenante dans leur chère capitale, mettant en marche la machine à remonter le temps.

 

Nous sommes à Lutèce, au Ier siècle de notre ère, dans les vestiges gallo-romains de l’un des plus grands amphithéâtres jamais répertoriés de cette époque. À l’arrivée des gladiateurs dans l’arène, des cris où se mêlent encouragements et invectives montent de la cavea saturée. Sous les pieds des 15 000 spectateurs, trois cages d’où bondissent les fauves.

Les Arènes de Lutèce étaient composées de trente-cinq gradins en pierre calcaire de la région (quelques-uns ont subsisté en dépit des invasions barbares) laissant place côté Est à une scène de théâtre creusée de neuf niches, pour une meilleure acoustique, où se jouaient des représentations dramatiques. Les hommes se mesuraient aux fauves dans l’arène centrale. Les arènes furent témoins de joutes tant spirituelles que physiques jusqu’aux grandes invasions du IIIe siècle qui forcèrent la population à se réfugier dans l’île de la Cité ; les pierres de taille de l’amphithéâtre servirent alors à en édifier l’enceinte.

LutèceLes ruines des arènes recueillirent des sépultures, puis le site fut petit à petit remblayé, jusqu’à son effacement complet au XIIIe siècle lors de l’édification de l’enceinte de Philippe Auguste, plongeant dans les ténèbres de l’oubli pour six siècles.

Les travaux de traçage de la rue Monge par Théodore Vacquer dévoilèrent les premiers vestiges des Arènes de Lutèce en 1869. En 1883, le terrain appartient à la Compagnie générale des Omnibus, qui le destine à la construction d’un dépôt de tramways ; mais Victor Hugo et Victor Duruy, au sein de la Société des Amis des Arènes, obtiennent la préservation du site par le Conseil municipal de Paris, qui en fait l’acquisition. Les constructions de la rue Monge empêchant leur mise au jour complète, les arènes n’ont pas changé depuis leur restauration par l’architecte Jules Formigé en 1917. Entre 1960 et 1970, elles furent le point de ralliement des Bretons de Paris lors de la procession du Pardon de Saint-Yves. Les joueurs de pétanque ou de football y ont maintenant pris leurs quartiers.

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Current Issue - May 2013

Photo: © WHO
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