FAO – Que serait l’agriculture sans le rôle fondamental joué par les femmes dans le monde ?
Marcela VILLARREAL, Directrice de la Division de la Parité, de l’équité et de l’emploi, FAO

Marcela VILLARREAL
Les femmes jouent un rôle décisif dans l’agriculture, que ce soit dans les pays développés ou en développement.
En doutez-vous ?
L’agriculture est le secteur d’emploi le plus important pour les femmes économiquement actives dans la majorité des régions en développement. Sans leur contribution, l’insécurité alimentaire, déjà importante dans certaines zones de la planète, serait encore bien plus grave. Le rôle des femmes dans l’agriculture moderne n’est pas suffisamment reconnu par la population ou par les gouvernements. C’est dans cette perspective que l’Assemblée générale des Nations Unies a établi la Journée internationale des femmes rurales, proclamée le 15 octobre de chaque année, sur la base de la résolution 62/136, en décembre 2007. Celle-ci reconnaît le « rôle et l’apport décisifs des femmes rurales, notamment autochtones, dans la promotion du développement agricole et rural, l’amélioration de la sécurité alimentaire et l’élimination de la pauvreté en milieu rural ». Cette journée souligne l’importance de l’implication de la femme rurale dans la production alimentaire, ainsi que le soutien décisif qu’elle apporte à sa communauté. Elle renforce la Journée internationale des femmes, commémorée chaque année le 8 mars pour célébrer les droits des femmes.
Ceci est d’autant plus important que, comme l’a affirmé le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, il est nécessaire de s’engager à « faire le maximum pour donner plus d’importance aux droits, aux besoins et aux aspirations des femmes rurales dans les préoccupations internationales ». En plus de participer activement aux diverses activités agricoles, les femmes rurales assurent de nombreuses fonctions familiales essentielles en prenant soin, entre autres, des enfants, des personnes âgées et du foyer.
Bien que de nombreux progrès aient été effectués en matière d’égalité hommes-femmes,beaucoup reste encore à faire. Que ce soit en termes de droits – ceux-ci sont trop souvent bafoués, en matière de statuts ou de conditions de travail, la reconnaissance du rôle des femmes en milieu rural est loin d’être acquise. Dans de nombreuses régions du monde, la législation en vigueur et les traditions, privent les femmes de toute prise de décision et d’accès aux terres et au crédit afin, notamment, de se procurer des intrants agricoles. Les femmes rurales sont aussi discriminées en matière d’accès à l’éducation et à la santé et pour ce qui est de l’égalité salariale. Les femmes rurales travaillent souvent gratuitement sur des terres familiales qui appartiennent à leur époux ou leur famille. Elles demeurent donc « invisibles » en tant qu’agricultrices à part entière et ne bénéficient que d’une faible reconnaissance sociale. Leur contribution à la production agricole est donc sous-estimée, les terres appartenant en grande majorité aux hommes. Puisqu’il n’est pas pris en compte, le travail des femmes est ignoré, alors qu’il est fondamental pour la survie des communautés. Pire, en Afrique, dans les pays en conflits, les femmes sont soumises à de nombreux risques lorsqu’elles vont travailler dans les champs car l’éloignement de leur lieu de travail les expose à des violences sexuelles, physiques et psychiques. La Commission de l’Assemblée générale des Nations Unies sur la condition de la femme, travaille activement sur ces questions depuis quelques années déjà, ceci dans le cadre de l’examen de thématiques prioritaires.



